ClicAnimaux.com - Cliquer pour Donner
salem center

mardi 20 mai 2008

AMERICAN VIRGIN: TETE (2006)


Sorti le 15 mai 2008


Le premier arc de la série de Steven T. Seagle vient de paraître chez Panini, et cette production Vertigo délaisse les super-héros pour se concentrer sur la vie d’un jeune prédicateur de 21 ans prônant l’abstinence jusqu’au mariage. Beau gosse doué d’influence, Adam Chamberlain voit son existence toute tracée par Dieu, qui le réserve pour sa petite amie Cassie, en Afrique depuis 2 ans pour une mission humanitaire. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes catholiques, mais un événement de taille va remettre en question toutes les bonnes résolutions du jeune puritain…
American Virgin est une série composée de 23 épisodes. Le premier tome intitulé Tête fait référence à la manière de penser d’Adam, qui ne raisonne vraisemblablement pas avec sa bite… Elevé dans un environnement dévoué à Dieu, il est une figure emblématique de la communauté catholique et son énergie n’a d’égale que sa foi en Dieu. La critique du puritanisme américain se fait donc de l’intérieur, en suivant le parcours de ce jeune homme éduqué pour servir son créateur.
Si la charge est relativement facile, Seagle s’en acquitte d’une manière qui n’est pas simplement vindicative. La mère d’Adam et son compagnon sont construits comme des personnages secs et recherchant le pouvoir, ce qui est finalement assez caricatural. Mais la croyance d’Adam est telle qu’elle force parfois le respect, et que le héros du récit apparaît comme une victime parfaite d’un bourrage de crâne intensif. Sa foi est réellement une force pour lui, et même s’il rate des putains d’occasion de s’éclater, il reste focalisé sur son point de vue et s’y tient, ce qui est en soi une certaine marque de courage.
American Virgin s’attaque donc au puritanisme effréné qui gangrène les Etats-Unis, mais il souligne aussi la fascination que peut provoquer ce mouvement. L’existence assurée qui attend les croyants est un rempart contre la peur de l’inconnu; mais elle est fonctionne également comme un vase clos qui enferme tous ces joyeux croyants. Et l’ouverture sur le monde qui attend Adam va lui faire tourner violemment la tête…
Accompagné de sa soeur Cyndi qui est aux antipodes de la personnalité d’Adam, il se rend en Afrique afin de comprendre ce qui a bien pu se passer. Le périple prend des airs de voyage initiatique où Adam remet ses convictions en question. Sa découverte du continent africain est un véritable choc culturel, et les découvertes personnelles qu’il va y faire vont l’affecter au plus haut point. American Virgin commence comme une satire féroce et caustique, et prend en chemin une tournure nettement plus dramatique. La personnalité assurée d’Adam vacille, et c’est dans cette perte d’équilibre qu’il commence à se trouver véritablement. Tout l’intérêt de ce comics réside dans les tiraillements entre ses convictions très ancrées et ses pulsions qui menacent de le faire exploser. Adam est un pur produit catholique, façonné par une mère vampirique, et qui commence à se rendre compte que tout ça n’est peut-être pas aussi vrai que ce qu’il croyait.
Les dessins chaleureux de Becky Cloonan collent bien à l’aspect caustique du début, et ils créent un décalage intéressant lorsque la tournure se fait plus sombre. Comme si le soleil brillait toujours, même lorsque la vie d’un homme se brise. Ce premier volume met en place une réflexion intéressante, et suit des personnages bien écrits que j’ai hâte de retrouver dans les prochains arcs (Going down,Wet, Around the World et Sixty-nine)…

dimanche 18 mai 2008

PUNISHER 10: PUNISHER PRESENTE BARRACUDA (2007)



Sorti le 15 mai 2008

Première page: Barracuda remonte sa braguette avec une expression satisfaite sur le visage, tandis qu’une (ou un) prostituée s’en va stoïquement. « … Et la nuit fait que commencer, putain. », annonce-t-il joyeusement. En une case, le ton est donné.
Ce Punisher 10 a pour particularité l’absence totale de Frank Castle. Mais la relève est largement assurée par le phénomène Barracuda, qui lui volait déjà la vedette dans Punisher 8. Créé par Garth Ennis et Goran Parlov, cet individu peu recommandable va se lancer dans une quête de pognon afin de pouvoir financer sa chasse au Punisher. Il faut dire que ce dernier l’avait laissé pour mort dans Punisher 8... Heureusement pour les lecteurs, ce personnage génial a survécu, et il a donc pu être le héros de cette mini-série en 5 épisodes! Si vous appréciez les récits décalés et qui explosent toutes les limites (Garth Ennis est ni plus ni moins le père du Preacher, avec Steve Dillon!), ce récit devrait vous satisfaire!
On peut regrette le côté opportuniste du titre, puisque le Punisher ne fait pas l’ombre d’une amorce d’apparition. Surtout que les titres des épisodes valent leur pesant de cacahuètes, comme Une bouche est une bouche ou Baptisé avec un couteau de boucher. Ca met direct dans l’ambiance, et ça sent bon le sexe et la tripaille! Et à tous les niveaux, Punisher présente Barracuda tient ses promesses en mettant en scène le colosse black en pleine révolution sur l’île de Santa Morricone… Barracuda va devoir s’acquitter d’une mission assez particulière, puisqu’il est chargé par un mafieux d’initier son fils au crime. Le seul problème, c’est que le petit Oswald est un gringalet qui n’a absolument rien en commun avec les gangsters à la Scorsese
Ennis va très loin dans l’humour noir, en offrant une galerie de personnages tous complètement barrés: un ex-compagnon d’armes travesti, un prêtre pédophile, une ex-star du porno (détentrice du record de doubles anales en 24 heures), un mafieux sosie de Christopher Walken, ou encore le fameux Oswald que Barracuda appellera affectueusement Hémo… Cette mini est un concentré de fun se basant sur une trame mafieuse, qui permettra de faire exploser les poncifs et de redéfinir le concept même de cool attitude. Face à Barracuda, Samuel Jackson risque de faire pâle figure…
Avec sa gueule d’ours et FUCK écrit sur ses dents, Barracuda est un phénomène. Bourré d’humour et toujours prêt à en découdre, il pourrait s’apparenter à une version délirante du Punisher. Les dialogues d’Ennis attestent de cette optique très libérée du personnage et de l’univers dans lequel il évolue. Quelques exemples, avec l’avertissement au prêtre: « T’amuse pas à lui faire le catéchisme ou y pourrait bien y avoir du sang sur ta soutane. », ou en réponse à l’expérience des doubles anales: « J’ai plus jamais chié solide après. »
L’entente entre Ennis et Parlov fait des merveilles, et les dessins du Croate possèdent toute l’énergie nécessaire à ce personnage hors norme. C’est dans une ambiance colorée et chaude que Barracuda se fait son petit trip sud-américain, et avec ses agents du FBI aux visages concernés, ses bandes de racaille à baffer, le bestiaire de ce numéro offre un plaisir régressif ravageur. On est là dans la contre-culture avec deux grands C, et c’est franchement jouissif de lire un comics de cet acabit. Pour ceux qui sont allergiques aux super-héros, il faut signaler qu’il n’y a pas une seule cape ou un moule-burne, et vous pouvez y aller sans risque.
Il n’y a plus qu’à espérer que le personnage fasse encore une fois sensation, et que d’autres séries suivent…

samedi 17 mai 2008

PUSHER 3 (NICOLAS WINDING REFN, 2005)



Nicolas Winding Refn clôt sa trilogie en 2005 avec un film qui se concentre cette fois sur la figure très particulière de Milo, le trafiquant serbe qui apparaissait déjà dans les deux premiers opus. S’il était un élément essentiel dans Pusher, il n’en était pas le personnage principal. Ce qui est chose faite avec ce Pusher 3, sorti juste un an après le 2.
Le premier Pusher était un coup de poing féroce, et le second était bien en-deça. Que dire de ce troisième épisode, qui commence pourtant sous les meilleurs auspices? Le fait de retrouver un personnage emblématique de la saga, dont la personnalité bien trempée était un élément essentiel de la réussite du premier, est en soi une bonne chose. On retrouve donc Milo dans une journée très chargée, puisqu’il doit organiser une fête pour les 25 ans de sa fille. Mais il va devoir gérer un problème de trafic bien emmerdant, et cette journée qui devait être placée sous le signe de l’amusement va rapidement déraper…


Le principe que Refn applique à ses Pusher est le même: un individu qui fait dans les affaires illégales et qui se retrouve dans la merde. Frank pour le premier, Tonny pour le second, Milo dans le troisième. La routine est connue, Refn change de personnage et de situation. Mais le problème majeur du film est le même que pour le second: le rythme. Pusher est un film tellement maîtrisé et tendu que ses suites semblent avoir été réalisées par un autre metteur en scène. Non pas qu’il n’y ait pas quelques moments intéressants, mais le tout est noyé dans une ambiance nettement moins travaillée. Dans Pusher 3, Refn parvient quand même à créer quelques séquences stressantes, mais atténuées par un scénario qui laisse retomber la pression. Et c’est dans le dernier acte que tout bascule dans le sordide et le malsain.


Dans Pusher, la violence était une composante nécessaire, et sa mise en scène était crue mais jamais gratuite. Dans Pusher 3, Refn dépasse largement cette limite pour tomber dans un gore outrancier qui dessert complètement le film. La figure de Milo, sorte de Parrain serbe de la vieille école, est joué avec beaucoup de charme par Zlatko Buric, mais le personnage perd toute son aura avec le dénouement du film. Quand Nicolas Winding Refn dressait le portrait impitoyable d’un loser pris malgré lui dans une spirale de violence avec le personnage de Frank, il exploitait des thèmes psychologiquement forts qu’il exprimait quasiment sans dialogues. Toute la subtilité de ce film brut reposait sur l’aspect sous-jacent de cette psychologie. Refn tenté de poursuivre ça avec ses deux suites, mais le résultat est beaucoup plus bancal.
Ce troisième épisode est lui aussi un pétard mouillé, et ne parviendra pas à retrouver la force viscérale du premier. Les retrouvailles avec Radovan, l’homme de main impitoyable du premier, ne vont ouvrir que sur une boucherie bien dégueulasse. La motivation de Pusher 3 semble se résumer à ce dernier acte créé pour choquer, et qui ne possède aucun intérêt. De l’ambiance glauque et stressante du premier opus, on est arrivé en trois films à quelque chose de vide et malsain. Une déchéance qui ne frappe pas que les personnages…