
Sorti le 13 août 2008
Après un Batman Begins décevant, Nolan sort ce deuxième opus qui est attendu comme le Messie par de nombreux cinéphiles, et pas seulement les accrocs aux comics. En misant sur une atmosphère résolument plus proche de Frank Miller que d’un exotisme à la Schumacher, Nolan place la barre bien haut (encore une fois), et adopte des points de vue bien sombres et machiavéliques. Alors, Dark Night, mieux que Batman Begins?
La grosse faiblesse du Begins provenait de l’absence de méchants charismatiques. Avec un Ra's Al Ghul totalitaire et un Epouvantail (Cillian Murphy)coiffé d’un sac de patate, l’opposition ne volait pas haut pour le justicier de Gotham. Mais cette fois-ci, il se retrouve face au Joker, et là, le niveau grimpe vertigineusement. Tout a déjà été dit sur la prestation d’Heath Ledger, et pourtant, ça ne gâche en rien la surprise de sa performance tout simplement bluffante. Son Joker est unique, et il est impossible de le comparer avec celui de Jack Nicholson d’abord; ensuite, il est impossible de le comparer avec n’importe quel autre bad guy du cinéma. Heath Ledger insuffle une telle dose de cynisme et de cruauté dans son personnage qu’il en fait incontestablement le plus passionnant du film. L’aura de Batman s’en trouve amoindrie, et celui qui assure le spectacle est bien ce psychopathe hors norme.

Le rythme de Dark Knight est donc plus abouti que celui du Begins, puisque Nolan prend le temps de poser des personnages forts qu’il développe au fur et à mesure. Celui d’Harvey Dent est aussi captivant, Aaron Eckhart offrant une dimension véritablement tragique à cette figure symbolique du Bien. On aura rarement assisté au cinéma à un tel revirement, à une telle métamorphose, tant physique que psychologique, et Dent résume à lui tout seul une tragédie grecque.
Les personnages du Joker et d’Harvey Dent sont donc les plus réussis, et celui de Batman reste presque en retrait. Il est moins captivant que sa Némésis, même si la dualité Bruce Wayne/ Batman est écrite avec soin. Le lieutenant Gordon est toujours de la partie, ainsi que Lucius Fox, ou encore Rachel Dawes (jouée par Maggie Gyllenhaal qui remplace Katie Holmes).

L’atmosphère est très proche de celle du premier, et Nolan développe encore une veine plus axée polar que science-fiction. Le braquage du début est en cela une grosse réussite, parvenant à étonner dans un exercice pourtant classique du cinéma. La mise en scène de Nolan s’accorde bien à son sujet policier, et les scènes d’action sont plus réussies que dans le premier.
Peut-on alors parler de chef-d’œuvre, ou encore d’adaptation parfaite d’un comics? Pour ma part, je répondrais non, ce Dark Knight offrant à la fois un méchant tout simplement exceptionnel, brillant par la qualité de sa cruauté et de son absence de limites. Et lorsqu’il n’est pas à l’écran, le manque se fait justement ressentir, faisant redescendre la tension et le génie jusqu’à sa prochaine apparition. The Dark Knight est une œuvre indéniablement réussie, mais qui doit énormément au regretté Heath Ledger.

