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mercredi 6 août 2008

L’INCROYABLE HULK (LOUIS LETERRIER, 2008)


Sorti le 23 juillet 2008


Les exécutifs de Marvel ont décidé de purement et simplement oublier le film d’Ang Lee, au vu de ce qu’ils appellent un échec commercial (avec 245 millions de dollarsà travers le monde, le terme est tout relatif...). Exit donc l’équipe originelle, c’est à une refonte du géant vert que l’on a droit. Techniquement, L’incroyable Hulk est une suite puisque l’action reprend là où s’était arrêté celle de Hulk, mais le générique nous montre une genèse différente du monstre vert. Le personnage est nettoyé de toute trace de son passage dans les mains d’Ang Lee, et le procédé s’apparente bien a du steampunk pour rester poli!
Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner, c’est une idée plutôt réjouissante, et le charisme de l’acteur permet de donner corps à ses peurs enfouies dans une première partie très Jason Bourne. Comme dans le film d’Ang Lee, le colosse de jade n’apparaît pas tout de suite, et l’intrigue à base de chasse à l’homme est plutôt bien développée.


Mais passée cette première partie, un fait significatif se fait ressentir: le long métrage d’Ang Lee revient sans cesse en tête, et la comparaison entre les deux films est obligatoire. Et malheureusement, celle-ci se fait au détriment de la nouvelle équipe. Il n’y a qu’a voir comment sont traitées les relations entre les personnages; à peine esquissées chez Leterrier, elles étaient approfondies dans un schéma psychanalytique chez Ang Lee. La richesse de l’écriture de James Schamus n’a rien a envier à la pâleur de celle de Zak Penn, et L’incroyable Hulk déroule son récit avec une absence d’enjeux dramatiques évidents. La relation entre Bruce et la belle Betty Ross n’atteint pas le quart de l’intensité amoureuse développée dans Hulk, et la mise en scène y est pour beaucoup: là ou Ang Lee maîtrisait le registre intimiste et émotionnel d’une manière plus qu’évidente, Leterrier survole tout ça et préfère se concentrer sur les scènes d’action. Avec la série des Transporteur et Danny the Dog à son actif, il est vrai qu’il est davantage spécialisé dans l’imagerie dynamique, ce qui n’est pas une critique en soi. Mais l’absence de fond conséquent porte préjudice à cette suite qui s’en retrouve réduite à enchaîner des morceaux d’action sans puiser dans le registre émotionnel.


Visuellement, Hulk n’est pas aussi expressif que dans le film d’Ang Lee. Le personnage est certes réussi, mais il manque toujours cette pointe d’humanité que Lee a mis en avant dans son œuvre, et qui lui donne cette aura si particulière. Ici, Hulk combat un adversaire de poids en la personne de l’Abomination (Tim Roth est plutôt bon!), et les fanboys devraient se réjouir de ce clash des titans, seul petit bémol au premier film, qui lui n’offrait pas de véritable ennemi au géant vert. L’Abomination s’annonce bien effrayant, mais le combat tant attendu ne débouche au final que sur une démonstration de SFX informatiques qui ont vite fait de fatiguer la rétine. Tout comme pour le reste du film, l’impact n’est pas viscéral, mais purement visuel et superficiel.
Bref, si Marvel pouvait à son tour faire oublier ce deuxième opus et rappeler Ang Lee pour un troisième épisode, ce serait une solution plus que satisfaisante. Il faut rappeler que l’association Eric Bana- Jennifer Connely faisait des étincelles, et qu’Edward Norton et Liv Tyler ne parviennent pas à les égaler. Et Hulk est simplement l’un des meilleurs films de super-héros qui ait vu le jour.

jeudi 26 juin 2008

HULK (ANG LEE, 2003)



On peut trouver ses films précédents fades et ennuyeux, mais le choix d’Ang Lee sur le projet Hulk reste néanmoins intéressant. Si son Tigre et Dragon était bien loin d’être la quintessence du cinéma de Hong-Kong et si ses plus anciennes pellicules comme Salé sucré sont d’un profond ennui, le fait de lui donner les commandes de ce blockbuster est à la fois surprenant et prometteur. Le traitement aura au moins le mérite d’être original avec cet homme habitué à des registres plus intimistes que spectaculaires.
En ce sens, Ang Lee part dans la même direction que le couple Stan Lee- Jack Kirby lors de la genèse du personnage de comics en 1962. L’impact psychologique de l’apparition de cette créature est aussi important que les dégâts matériels et les combats titanesques qu’elle va provoquer. Mais la naïveté teintée de propagande américaine en pleine guerre froide laisse place dans le métrage d’Ang Lee à des drames intimistes mêlés à des velléités militaires actualisées.
La genèse même du monstre souligne cette approche à la fois frontale et délicate du sujet. Dans le comics, Hulk était né de l’explosion d’une bombe Gamma qui avait tout d’une vision apocalyptique, manifestation vivante du danger atomique. Dans le film, l’irradiation de Bruce Banner se passe dans le labo d’une école, et seules trois personnes assistent à la scène. Un choix scénaristique évitant le spectaculaire mais cadrant davantage avec le combat personnel qui va s’engager entre les deux entités Banner-Hulk. Ce qui est préfiguré dans le générique avec ses manipulations génétiques va progresser jusqu’aux répercussions psychologiques qui en résultent. Et c’est là que le film d’Ang Lee trouve son redoutable angle d’attaque: Hulk en tant que manifestation physique de l’inconscient de Banner. Le combat du jeune scientifique n’en est que plus palpitant et ses liens avec sa collègue Betty Ross n’en sont que plus fragiles.


Hulk est en quelque sorte un film psychanalytique, centré sur les effets du refoulement de souvenirs traumatiques et sur la volonté inconsciente de se retrouver face à ses démons. Les carences émotionnelles de Banner et sa constante retenue vont finir par céder pour révéler toutes ses frustrations et toute sa colère. Les cadrages serrés des acteurs et une écriture fluide nous immiscent sans peine dans cette aventure humaine, mais Ang Lee n’occulte pas pour autant le potentiel spectaculaire de son sujet; et si la relation Bruce-Betty est des plus touchantes, les apparitions de Hulk restent bien fracassantes.
Les scènes de combats contre l’armée sont visuellement bluffantes et voient le géant vert démonter des tanks et des hélicoptères, bondir à travers les étendues désertiques ou encore détruire une rue de San Francisco avec la puissance d’un tremblement de terre. Les effets spéciaux sont excellents et le réalisme de ces scènes est parfait, allié à l'excellente partition de Danny Elfman.


Eric Bana est parfait dans le rôle de Bruce Banner et parvient à faire ressentir les émotions troubles qui agitent son personnage; Jennifer Connely est comme d’habitude excellente et insuffle une fragilité désarmante au personnage de Betty Ross, lui conférant un rôle bien plus important que son personnage dans le comics originel. Sam Elliott est la copie conforme du général Ross au poil de moustache près. Seul le personnage du père de Bruce Banner est irritant; ce vieux scientifique dégénéré joué par Nick Nolte est l’incarnation de l’assoiffé de pouvoir aigri, et Nolte en fait des caisses. Mais ce personnage est nécessaire dans le récit puisque l’accent est mis sur les relations père-fils et père-fille, Bruce affrontant son père dans un combat quasi-oedipien et Betty affrontant son général de père pour s’affranchir de son autorité et trouver sa liberté.
Hulk est une œuvre majeure combinant efficacement le spectaculaire et le microscopique, passant de la colère à la douceur avec une facilité désarmante; le traitement visuel proche de la BD n’a rien d’artificiel et les split-screens ou les fondus renforcent les liens entre les personnages et les séquences. L’exemple de l’écran partagé entre le général Ross et sa fille, puis la partie du général chassant celui de sa fille souligne sans ambiguïté cette soumission à laquelle elle est encore contrainte. Ces détails visuels sont nombreux et parsèment le film comme autant d’indices inconscients, obéissant à la théorie des rêves déguisant le réel pour tenter de le rendre conscient.


A l’heure où L’incroyable Hulk s’apprête à envahir les écrans, il faut signaler à ceux qui ne le savent pas que le film de Louis Leterrier s’affranchit complètement de celui d’Ange Lee, les producteurs préférant oublier son succès mitigé. Il me paraissait important d’en reparler justement, car même s’il n’a pas rapporté assez de dollars, Hulk est un film génial qui ose s’aventurer dans des directions rarement explorées pour un blockbuster. Et en plus, c’est fait avec énormément de talent.

samedi 8 mars 2008

AVENGERS L’INTEGRALE: 1965 (STAN LEE, JACK KIRBY)


Créés en 1963, les Vengeurs sont la deuxième super-équipe à voir le jour après les Fantastiques en 1961. S’éloignant des aventures familiales de ces derniers, Stan Lee et Jack Kirby vont réunir des héros hauts en couleurs, qui vont unir leurs forces afin de conjurer le Mal. Le 2ème volume de cette collection contient les épisodes 12 à 23 (le premier réunissait les épisodes de 1963 et 1964), et cette deuxième année va déjà être riche en rebondissements.
A peine mise sur pied, la super-équipe va en effet être totalement bouleversée dès le 16ème épisode. Composée de Captain America, Iron Man, Thor, Giant-Man et la Guêpe, l’équipe va être totalement remaniée en gardant Captain America comme leader. Exit les héros reconnus, et place à 3 anciens vilains passés dans le bon camp: Œil-de-Faucon, Vif-Argent et la Sorcière rouge. Le changement est radical, et les relations houleuses entre les trois hommes vont contraster avec l’habituelle bonne entente qui régnait auparavant dans l’équipe.
Stan Lee avait envie de mettre en avant des personnages jusque-là secondaires, et il souhaitait donner une seconde chance à ces anciens criminels. Ce choix scénaristique va donner une nouvelle dynamique au groupe, qui perd en stabilité mais gagne en suspense. Les questionnements personnels se font plus vifs, notamment pour Cap qui se demande s’il peut encore accomplir ce qu’il avait fait durant la seconde guerre mondiale. Les critiques constantes d’œil-de-Faucon et de Vif-Argent l’atteignent en plein, et il se remet alors en question.



Pourtant les Vengeurs ne vont pas chômer, et devront faire face à des menaces autrement plus dangereuses, comme le Minotaure, Swordsman ou encore Power Man (rien à voir avec Luke Cage!). Malgré les disputes, cette nouvelle équipe va relativement bien s’en sortir au combat, et les pouvoirs respectifs vont bien se compléter. Œil-de-Faucon est un archer exceptionnel, Vif-Argent est une réponse au Flash de DC, et la Sorcière rouge est une experte de la magie.
Des épisodes possédant la naïveté habituelle des comics 60’s, avec des approximations qui en font à la fois la faiblesse et le charme. Le dessinateur Jack Kirby est sollicité sur d’autres titres, et il va progressivement laisser sa place à Don Heck. Le travail de ce dernier est souvent décrié, mais je trouve qu’il possède un dynamisme qui reste dans la continuité de son prédécesseur. La différence avec les comics actuels est évidente, tant dans le scénario que dans la finesse du dessin; mais il est bon de se replonger de temps à autre dans cette période émergente où la naïveté est secondée par une véritable motivation de la part des auteurs. Une ère pas encore mercantile, même s’il faut bien vendre!
En tout cas, ces 12 épisodes, même s’il sont parfois plombés par des moments trop mélo (lorsque la Guêpe est blessée notamment), possèdent la même aura qui caractérise ces comics novateurs et appelés à exploser par la suite!


mardi 15 janvier 2008

SPIDER-MAN L’INTEGRALE 1971 (STAN LEE, JOHN ROMITA Sr., ROY THOMAS, GIL KANE)


Les années 70 prennent le pas et le ton devient plus rude dans les comics, et Spidey n’échappe pas à la règle. Les 12 épisodes réunis ici sont un condensé de l’atmosphère alarmiste de l’époque et de la paranoïa ambiante. Le Tisseur doit affronter des ennemis coriaces, mais aussi de graves problèmes qui le touchent lui et ses amis…
L’ancrage réaliste d’Amazing Spider-Man ne fait aucun doute, et il franchit encore une étape en se soustrayant au fameux Comics Code qui sévissait depuis les années 50 afin d’éradiquer toute tentative de proposer du matériel violent ou pornographique. Ce code restrictif était un outil savamment contrôlé par les bien-pensants purs et durs pour qui toute les bandes dessinées devaient proposer du matériel dynamique mais restant sagement correct. Ce à quoi Stan Lee répond non lors de l’épisode 97 qui fera scandale en traitant de manière très explicite le phénomène croissant de la drogue. Une réaction certes osée, mais qui s’avérera utile puisqu’elle permettra à d’autres de s’engouffrer dans la brèche et d’accentuer le réalisme de ces univers fictifs que proposent les comics.



La folie est aussi une thématique récurrente cette année, avec des super-vilains bien allumés. C’est le cas du Bouffon vert qui fait son grand retour, et qui est l’archétype du schizophrène dangereux et imprévisible. Il pourrait être vu comme une transposition Marvel du célèbre Joker de chez DC, mais il est bien plus qu’une pâle imitation. L’alternance entre l’identité civile du chef d’entreprise Norman Osborn et le visage verdâtre du Bouffon propose une réflexion intelligente sur les limites de l’esprit humain. La coexistence de ces deux personnalités dans le même corps pose un sous-texte psychologique riche qui enrichit la palette scénaristique de la série. Et le Bouffon n’est pas seul, puisqu on retrouve aussi le malheureux Curt Connors qui se transforme contre son gré en terrible Lézard; mais surtout, l’épisode 101 voit la première apparition de Morbius, personnage tourmenté s’il en est. Suite à une expérience visant à éradiquer le mal qui le ronge, le professeur Michael Morbius se retrouve transformé en vampire. Soumis à des pulsions irrépressibles le poussant à tuer afin de se nourrir de sang, il passe ses nuits à chasser des proies humaines, et ses journées à tenter de dormir alors qu’il est traversé par le remords et la culpabilité. Morbius est donc un personnage lui aussi ambivalent, à la fois prédateur redoutable et victime impuissante. Il symbolise parfaitement le glissement radical d’une vision manichéenne vers une description beaucoup plus nuancée des personnages. L’insouciance des 60’s (même si elle n’échappe pas à la guerre froide) laisse entrevoir un profond désespoir qui se cristallise lors de situations tragiques. Et ce n’est qu’un effet annonciateur, puisque le pire est à venir dans la vie de Spidey, en 1973...
Sinon, dans un registre un peu plus absurde, notre pauvre Peter se retrouve aussi affublé de 4 bras supplémentaires, ce qui lui donne pas mal de fil à retordre. Une situation drôle et embarrassante à la fois, qui flirte bon avec le fantastique un peu barré, et qui lui posera encore des difficultés en plus, surtout d’ordre social!
Encore un volume intéressant donc, même si le côté dépressif de Parker devient parfois irritant. Le fait qu’il se pose des questions à chacune de ses actions freine un peu l’action. Espérons que ça lui passera. Quoique, en 1973...


jeudi 10 janvier 2008

X-MEN 2099 (JOHN FRANCIS MOORE, RON LIM, 1993)


C’est à la fin de l’année 1992 qu’apparaît l’univers de 2099, un futur alternatif de l’univers Marvel standard. Orchestrée par Stan Lee, cette réalité suit la genèse d’un nouvel âge d’or héroïque, qui verra se lever de nouveaux héros rappelant très souvent leur prédécesseurs du 20ème siècle. Lee se donne donc une bouffée d’air en échappant à la fameuse continuité régissant l’univers classique, la fameuse Terre 616. Il crée un monde régi par les corporations où il traite de l’écologie, de la culture cyperpunk et des ravages des sociétés totalitaires. Un monde froid et hostile dont l’une des influences majeures est le Blade Runner de Ridley Scott, et dont les nouveaux héros vont tenter de renverser la situation…
Le premier à apparaître est Spider-Man, version mexico-irlandaise du célèbre Tisseur, qui va tenter de s’élever contre la redoutable société Alchemax. Suivra Ravage, cadre lambda transformé en justicier façon Snake Plissken lorsqu’il va se rendre compte des exactions perpétrées par les consortiums. Le redoutable Fatalis débarque lui aussi dans cet univers 2099, et il semble bien que ce soit l’original ayant combattu les Fantastiques. Mais sa mémoire est défectueuse et il va tenter de se rappeler ce qui lui est arrivé tout en essayant de reprendre le contrôle de la Latvérie dont il était le souverain au vingtième siècle. Un nouveau Punisher surgit également, et comme son prédécesseur, il est prêt à employer des méthodes radicales afin d’éradiquer le crime qui gangrène la population.



C’est vers la fin de la première année d’existence de ce monde qu’apparaissent les X-Men, menés par le mystérieux Xi’An Chi Xan qui prône des valeurs similaires à son alter-ego du 20ème siècle, Charles Xavier. L’équipe qu’il tente de mettre sur pied se compose d’individus aux personnalités variées, dont la leader Krystalin évoque beaucoup la Tornade des X-Men classiques. Le véloce Meanstreak emprunte son pouvoir à Vif-Argent et son look à Gambit, tandis que Serpentina et ses longs bras rappelle le Mr Fantastic des Fantastiques. Skullfire peut générer une redoutable dose d'énergie et apparaît comme l'élément le plus explosif du groupe. Il y a encore Bloodhawk, qui suite à des expérimentations interdites se transforme en monstre volant, Cerebra dont le nom évoque immanquablement l’ordinateur détecteur de mutants du Professeur X, ou encore Metalhead, variation futuriste du redoutable Colossus.



Cette armée en construction va devoir lutter pour la survie de son espèce, et va se retrouver face à l’hostilité du reste de la population. Un point de départ identique aux premiers X-Men, mais c’est surtout face aux organisations gouvernementales et industrielles que va se faire cette lutte acharnée, poursuivant ainsi une thématique forte de l’univers 2099. Par contre, la prise de parole de Xi’An devant ses semblables ressemble furieusement à une réunion de secte et son message en sort amoindri. Mais à part cette fraternité exacerbée, X-Men 2099 se pose comme une variation captivante sur le futur des mutants. L’après-Xavier est certes désolé et rude, mais l’espoir reste solide.


jeudi 3 janvier 2008

SPIDER-MAN L’INTEGRALE: 1970 (STAN LEE, JOHN ROMITA Sr., JOHN BUSCEMA)


Créé en août 1962 par Stan Lee et Steve Ditko dans le numéro 15 d’Amazing Fantasy, Spider-Man rencontre un tel succès qu’une série est lancée (un peu tardivement puisque ce ne sera qu’en mars 1963). Amazing Spider-Man démarre, et sa notoriété ne se démentira pas au fil des décennies.
Personnage totalement original, cet énergumène sillonnant la ville au bout de sa toile afin de combattre le crime se révèle judicieusement bien construit. Sous son costume flamboyant se cache en effet un adolescent timide, très doué pour les études, mais beaucoup moins en ce qui concerne sa vie sociale. La suite est connue: la mort de son oncle Ben qui lui fait jurer d’utiliser son pouvoir pour faire le bien, sa tante May qui l’élève en le maternant à outrance, les belles Mary-Jane Watson et Gwen Stacy
Cela fait maintenant 8 ans que Spider-Man combat les criminels et super-vilains qui pullulent à New-York. Stan Lee est toujours au scénario, mais John Romita Sr et John Buscema se succèdent au dessin. Au coup de crayon très approximatif de Ditko (mais bourré de références 60’s très évocatrices) succède donc un dessin plus travaillé, plus réaliste, même si on est encore loin de l’atmosphère à la McFarlane fin 80's- début 90's… Spidey retrouve son tout premier super-criminel, le Caméléon, ainsi qu’une galerie de personnages haut en couleurs comme le Kangourou, Electro, le Caïd, le Dr Octopus… Une année riche en rebondissements donc, qui voit un Peter Parker lutter de plus en plus difficilement afin de conserver son identité secrète. L’état de santé fragile de sa pauvre tante May ne supporterait pas le poids d’une telle révélation…


John Romita s’était fait une spécialité des histoires d’amour chez DC Comics, et il entreprend de redonner toute sa dimension tragique à ce petit Peter Parker. Il multiplie donc les quiproquos, les dilemmes et les rebondissements pour donner à Amazing Spider-Man un rythme de croisière alliant efficacement combats homériques et crises existentielles. Parker est un adolescent qui doute beaucoup de lui-même, et Romita ne manque pas de le mettre dans des situations embarrassantes ou terriblement dangereuses qui lui révéleront progressivement qui il est.
L’héritage d’une décennie de comics se ressent dans ces aventures, puisque Stan Lee essaie de poursuivre le rythme frénétique qu’il a entamé, et il multiplie pour cela les scènes chocs et les incroyables révélations. Nous découvrons donc dans ce volume le secret du Caïd et de son épouse, nous assistons à la révélation de Peter Parker sur son identité secrète, et surtout, nous faisons face à la mort d’un personnage très important dans la série. Cette année est donc encore marquée par la qualité des scripts de Lee (même si au fur et à mesure, il va se contenter de faire des ébauches que les dessinateurs seront chargés de terminer eux-mêmes), et l’atmosphère 70’s est très bien retranscrite, avec son contexte libéral et sa période hippie, mais également avec ses graves problèmes comme la guerre du Vietnam ou la conditions des Noirs. Des thèmes traités de manières plus ou moins allusives, mais en adéquation avec ce qui se passait à l’époque et dont Lee souhaitait qu’ils fassent partie intégrante de ses histoires.