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jeudi 25 septembre 2008

PUTAIN D’USINE (JEAN-PIERRE LEVARAY, EFIX, 2007)



La genèse de cette BD est particulière, puisqu’elle est l’adaptation du roman éponyme de Jean-Pierre Levaray, qui l’avait écrit pour exorciser ses propres démons, étant lui-même ouvrier de fabrication depuis 30 ans. Le roman publié en 2002 racontait ses mésaventures et plus généralement la difficile condition de salarié, avec tout ce qu’elle a de monotone et de répétitif. C’est lors d’une manifestation littéraire que Jean-Pierre Levaray fait une rencontre déterminante en la personne d’Olivier Petit, qui lui propose de transposer l’action du roman dans les cases d’une BD. Olivier Petit cherche la personne idéale parmi ses dessinateurs, et c’est à partir de là qu’Efix va rencontrer Levaray.
Les deux hommes semblent sur la même longueur d’ondes, et le projet peut être lancé. La production a pris plusieurs années, Efix testant plusieurs styles avant d’opter pour un noir et blanc cru collant parfaitement à l’ambiance que souhaite donner Levaray.


Putain d’Usine est un récit à la fois très personnel, mais il revêt également un caractère universel évident. Tous ceux qui sont passés par les chaînes de production, que ce soit en job d’été ou en tant que salarié, retrouveront l’atmosphère oppressante de ces immenses ventres noirs qui engloutissent les hommes pour les relâcher après les avoir essorés pendant des heures. C’est au concept même de taylorisme que l’auteur s’attaque, celui qui vous réduit à l’état de machine pendant toute une vie, un simple rouage destiné à assouvir les besoins d’une production exponentielle et infernale.
L’usine, c’est l’enfer, dans lequel les ouvriers tentent de se serrer les coudes comme ils peuvent, et où le danger guette à chaque coin. La visualisation que fait Efix des cauchemars de Levaray est très réussie, et les peurs nocturnes rejoignent celles qui nous happaient durant notre enfance. La peur du noir, la peur de ce qui se cache dans cette immensité , tout cela est très bien rendu par un graphisme fort et une atmosphère tranchée.


Le découpage est composé de nombreuses séquences courtes, allant de la grève à l’apéro, en passant par l’angoisse d’aller au travail, les accidents, etc… Levaray fait un tour complet de ce qui se passe dans une usine, mettant en évidence le conditionnement qu’elle a sur les individus, tant d’un point de vue individuel que social. L’usine esquinte, que ce soit à cause des produits toxiques, des presses destructrices ou de la déchéance de l’esprit humain qu’elle provoque.
Levaray prend bien sûr position pour les ouvriers qui se trouvent tout en bas de l’échelle, et il est vrai que le combat mené contre le patronat est bien manichéen. Mais même si cet aspect-là semble parfois exagéré, il tient bien compte du ressenti des ouvriers, et il souligne bien les multiples problèmes auxquels ils sont confrontés chaque jour, que ce soit en période de négociations salariales ou de délocalisations. La période est très dure, et c’est toujours les plus petits qui trinquent en premier. De ce point de vue, il est aisé de comprendre les ressentiments de Jean-Pierre Levaray.
Mais la force de ce bouquin, c’est que tout ces aspects négatifs sont expliqués avec beaucoup de philosophie, et l’auteur parvient à déceler de la beauté même dans cet enfer.

mardi 23 septembre 2008

COULEUR DE PEAU: MIEL (JUNG, 2007)


Jung n’est pas un auteur allemand, mais il est natif de Corée du Sud, et son œuvre Couleur de Peau: Miel est un récit autobiographique traitant d’adoption et de diversités culturelles. Et là, je vous vois déjà en train de vous dire « on va zapper ça, ça a l’air chiant. » Mais sous cette « intrigue » d’apparence rébarbative se cache un véritable récit drôle et empli d’émotion, dans lequel l’auteur narre les aventures du petit garçon qu’il était avec un naturel et un optimisme surprenants.
Couleur de Peau: Miel suit le petit Jung de son orphelinat en Corée du Sud jusqu’à son adoption en Belgique, et le récit est ponctué de petites anecdotes à l’humour très efficace, qui éloigne tout misérabilisme et toute sensation de pitié pour la vie de ce petit Coréen. En se basant sur des statistiques réelles comme le pourcentage d’adoptions des Coréens à travers le monde, où le nombre de victimes de la guerre de Corée, Jung replace son histoire éminemment personnelle dans un contexte qui le dépasse et qui a fait de lui ce qu’il est devenu. En suivant le récit de ce petit bonhomme et en l’entrecoupant avec ces données froides et irréductibles, on prend conscience de la multiplicité des possibles, et que Jung n’est qu’une seule vie parmi tous ces déracinés. On sent clairement en-dessous de ce récit les milliers d’autres qui existent, et la filiation avec tous ces orphelins est d’ailleurs bien ressentie par le petit homme.
Toute l’intelligence de l’auteur réside dans sa franchise, qui n’a pas dû être évidente de prime abord, mais il se livre entièrement en prenant soin d’être le plus juste possible. Pas forcément au niveau de la réalité des faits, mais surtout dans la véracité des émotions et des sensations. Les exemples sont nombreux, et le petit Jung qui fait semblant de dormir sur les genoux de sa tante pour rester collé à sa peau douce voit une résonance très poétique avec le dessin suivant qui le voit dans la même position sur un nuage tout moelleux. Il y a une naïveté très enfantine dans ce récit, mais elle n'est absolument pas niaise. Au contraire, elle participe activement à donner une dimension vivante et optimiste, et l’auteur parvient avec une aisance confondante à se replacer dans sa position passée de petit garçon. Les souvenirs vivaces qu’il a accumulé se suivent joyeusement, et même les moments qui semblent mener vers un pathos inévitable sont détournés au dernier moment par une pirouette humoristique et une joie de vivre que l’on n’attendait pas.


Couleur de Peau: Miel est l’exemple parfait de l’autobiographie réussie, convoquant autant la réalité que les espoirs et les rêves, faisant de ce mélange un récit virevoltant et empli de bonne humeur. Qu’il s’agisse de la vision d’un enfant fouillant dans les poubelles, de l’explication de la scission entre la Corée du Nord et du Sud ou encore de la crise identitaire crée par l’adoption, tous ces thèmes graves sont traités avec une approche réellement intelligente et une clarté toute enfantine. En se replaçant à la hauteur de l’enfant qu’il a été, il dit les choses simplement et comme il les avait ressenti à l’époque.
Ce récit est suivi d’un deuxième tome sorti en juin 2008. A suivre avec beaucoup d’intérêt…

lundi 22 septembre 2008

TRISTES UTOPIQUES (PATRICK LACAN, 2007)



L’exemple typique de la BD contestataire fustigeant le pouvoir en utilisant un humour d’un mauvais goût plus que douteux. Patrick Lacan signe des saynètes qui se veulent représentatives d’une certaine dérive politique et sociale, ce qui n’est pas inexact en soi. Mais la forme est tellement lourde que cette œuvre produit l’effet inverse de ce qu’elle souhaitait démontrer, et ne parvient pas à offrir un regard novateur ni d’émotions véridiques.
Prenons la première scène, qui voit l’assemblée nationale transformée en ring de boxe où les ministres s’affrontent afin de récupérer le budget alloué à l’année. La caricature est certaine, mais elle est tout simplement frontale et ne se préoccupe pas de subtilité. C’est simplement la représentation exacerbée de l’auteur présentée telle quelle, et sans véritable humour.
Les passages sur la surpopulation font évidemment penser à Ballard, et nous font immédiatement regretter l’absence d’épaisseur caractérisant ces bandes. Même si Lacan expédie ses problématique en trois-quatre pages, la forme est trop peu travaillée pour permettre une appréciation correcte du message qu’il véhicule. Son humour noir tombe systématiquement à plat, laissant derrière lui des dessins versant eux aussi dans la caricature, et finalement vides de sens. Sans fond, la forme est bien futile…
Le découpage du segment Enfantillages est quant à lui intéressant, avec un dessin prenant une page et découpé en plusieurs parties. L’esprit se revendique là encore de Ballard (et de la géniale nouvelle Le Massacre de Pangbourne plus précisément), mais sans atteindre le quart de la puissance évocatrice de l’écrivain. Lacan reste constamment en surface, naviguant sur les eaux d’une critique facile sans la revêtir d’une quelconque atmosphère travaillée.
Télé-réalité, transports en commun, suicide, clonage, politique, tous ces joyeux thèmes sont traités par-dessus la jambe et ne font que s’enchaîner facticement, ne réussissant pas à créer la cohésion d’un monde apocalyptique que souhaitait pourtant l’auteur. Chaque récit est une vignette sur ce monde en perdition qui est le nôtre, et chaque exemple est aussi triste que le précédent.
Alors bien sûr que les problèmes évoqués sont réels, et que les magouilles politiques empêchent souvent de les résoudre. Ce n’est pas une nouveauté, alors autant le traiter de manière originale. Mais Tristes Utopiques n’est ni drôle, ni inventif, ni réflexif. C’est une fausse réflexion sur les dérives actuelles, une satire plombée de la crise mondiale, un exemple de critique non constructive. Aligner les politiques juste pour les aligner, ça n’a jamais changé grand-chose, et ça donne simplement un exercice de style vain et creux. C’est lu en 15 minutes, et ça vaut 13 euros. Le rapport qualité-prix est à revoir… Je m’en vais relire du bon vieux Ballard moi…

mardi 16 septembre 2008

THE BOYS 1: LA REGLE DU JEU (GARTH ENNIS, DARRICK ROBERTSON, 2006)



Sorti le 11 septembre 2008

Garth Ennis aime la violence, le cul et les répliques qui tachent. Ca tombe bien, l’auteur du Preacher et du Punisher crée une série totalement barge pour DC, qui va rapidement déchanter au vu de la crudité du récit. Qu’à cela ne tienne, Ennis et le dessinateur Darick Robertson trouvent un éditeur moins frileux avec Dynamite, et aujourd’hui, Panini sort enfin cette œuvre déjantée!
Dans un monde où les super-héros sont intouchables, les Boys sont une organisation gouvernementale chargée de calmer le jeu. En clair, il s’agit de faire redescendre sur terre des êtres aux pouvoirs surhumains qui abusent de leur statut. Ils sont 5: Butcher, Hughie, la Crème, le Français et la Fille. 5 garants de la sécurité qui vont poser leurs limites à des êtres irresponsables, en usant de moyens souvent radicaux pour bien se faire prendre au sérieux.
Garth Ennis maîtrise assez bien son sujet pour traiter de l’univers super-héroïque par ce point de vue original et décapant. Les 6 numéros que comporte ce volume servent d’introduction musclée, et vont ouvrir sur des perspectives aussi réjouissantes que saignantes. La caractérisation des personnages est comme toujours un régal, chacun possédant des traits bien spécifiques et des défauts marqués, rendant leur association farfelue et pourtant nécessaire. Et si le p’tit Hughie vous fait invariablement penser au Shaun qui démontait du zombie dans un certain classique anglais, vous n’aurez pas tort puisque Darick Robertson est un homme de goût, et qu’il a décidé d’utiliser le visage de l’acteur alors qu’il était encore peu connu, après l’avoir vu dans la série Les Allumés. Simon Pegg est donc de la partie et symbolise le petit gars malchanceux qui va nous introduire dans cet univers totalement décalé et tragique.


The Boys est donc une série crue, et Ennis ne se prive à aucun moment pour choquer et montrer des situations que l’on ne pourrait pas vraiment qualifier de morales… Et c’est bien jouissif, l’auteur allant chaque fois plus loin dans sa peinture atypique du monde des super-héros, dynamitant totalement le symbolisme patriotique et l’habituelle grandeur de ces mythes. Dans The Boys, ils sont beaucoup plus terre-à-terre, et ils mériteraient vraiment de s’en prendre plein la gueule…
Et c’est ce qui va se passer, Robertson dépeignant sans détour les mœurs des supers et les affrontements qui vont en résulter. La Règle du Jeu met tout en place de manière radicale, et la suite va être explosive! L’introduction du personnage de Hughie est totalement affreuse, et en plus elle est drôle! Ennis aime toujours mélanger les sentiments contradictoires, et ça marche encore! Et les dialogues sont toujours aussi savoureux, du genre: « En fait, la plupart du temps, on vole sur des zincs de l’Air Force. Mais le problème, c’est qu’on voyage souvent avec des Pakistanais enchaînés, avec un sac sur la tête. - Mais c’est horrible! -Ouais, j’imagine. »
Robertson est excellent et crée un univers visuel dense, avec de véritables effets de mise en scène. The Boys s’avère donc très cinématographique, et est une sorte de polar déjanté tendance super-slip qui ravira encore une fois les fans du grand Ennis. Et les autres aussi d’ailleurs…

samedi 13 septembre 2008

LES GUERRES SECRETES (JIM SHOOTER, MIKE ZECK, 1984)



Attention, l’événement est historique, puisque Panini a réédité pour la première fois les fameuses Guerres secrètes qui ont tenues en haleine les lecteurs de Marvel durant toute une année. De mai 84 à avril 85 s’est en effet déroulé le tout premier crossover dans le monde des comics, et l’on doit cette révolution à la Maison des Idées.
Tout est en fait partie d’une vision assez mercantile, puisque Marvel voulait concurrencer ses adversaires dans le monde des figurines et créer une série de petits bonshommes en plastique avec les tronches de Captain America et de Galactus dessus. Le rédacteur en chef de l’époque, Tom DeFalco, suit les recommandations du fabricant de jouets et engage des auteurs afin de créer un récit qui mêlera tout un pan représentatif du bestiaire de l’éditeur afin de le faire coïncider avec la sortie des figurines. Cette maxi-série en 12 épisodes va cartonner, et va changer la face des comics à jamais…
Pour rassembler deux douzaines de super-héros et de super-vilains, il faut quelque chose de grand, de cosmique et d’apocalyptique. Jim Shooter, chargé du scénario, va mettre en avant une sorte de jeux du cirque cosmique arbitrés par un être mystérieux et aux pouvoirs démesurés, le Beyonder. Celui-ci fait venir les participants qu’il a sélectionné et les place sur Battleworld, une planète patchwork qu’il a constitué en un clin d’œil afin que les bons et les mauvais s’affrontent.


Ces Guerres secrètes ont toujours résonnées comme une promesse d’aventures étranges et intersidérales, et les nombreuses allusions qui ne manquaient pas dans les comics que je lisais à l’époque m’avaient toujours donné envie de découvrir ce qui se cachait derrière ce titre aussi énigmatique qu’accrocheur. C’est enfin chose faite aujourd’hui, et même si l’impact est évidemment moins fort que ce à quoi je m’attendais après toutes ces années, je dois dire que ce récit reste une œuvre réussie et captivante. Evidemment, il faut se laisser aller au manichéisme 80’s (même si quelques retournements de situations sympathiques changent parfois la donne) et aux dessins naïfs hérités de deux décennies de super-héros vindicatifs. Mais l’atmosphère instillée par Jim Shooter et Mike Zeck permet de donner corps à cette confrontation globale qui s’avère finalement réjouissante, même si scénariser l’ensemble devait être une tâche plutôt complexe. Avec 19 super-héros et 14 super-vilains, pas facile de s’y retrouver dans l’élaboration d’un script qui tienne la route! Mais Shooter parvient à donner une cohésion à l’ensemble en mettant en avant par intervalles différents protagonistes, et en jouant sur la différence mutante avec un sens de la paranoïa qui était toujours aussi actif à l’époque…


Les Vengeurs se retrouvent quasi-complet, accompagnés de 3 des 4 Fantastiques (Mr. Fantastic, la Torche et la Chose); et les X-men du Professeur Xavier répondent présents, bien qu’ils fassent bande à part et restent à l’écart des aventuriers humains. En face d’eux, des adversaires aussi variés que Galactus, Fatalis ou l’Homme-Molécule, qui vont leur donner bien du fil à retordre…
Les Guerres secrètes est un récit surfant sur la vague des œuvres cosmiques très en vogue depuis les années 70, et ce tout premier affrontement de masse s’avère plutôt réjouissant! Hulk fait équipe avec Spider-Man et Colossus pour contrer les Démolisseurs et le Lézard, et des nouveautés bien trouvées vont marquer à jamais le monde Marvel. C’est le cas avec un certain costume noir trouvé par le Tisseur… Ou encore l’apparition de nouveaux personnages issus directement de ce crossover…
Jouant sur les rebondissements et les jeux d’alliances avec un art consommé, Jim Shooter emballe son récit par une dynamique sûre, et fait de cet affrontement aux répercussions titanesques une œuvre séminale qui a certes pris un coup de vieux, mais qui fonctionne toujours grâce à une certaine nostalgie…

vendredi 12 septembre 2008

RG TOME 1: RIYAD-SUR-SEINE (PIERRE DRAGON, FREDERIK PEETERS)


Le titre et la couverture laissaient augurer d’un bon polar à la 36, Quai des Orfèvres, avec un côté réaliste mâtiné d’une dose de stylisation bienvenue. Ce premier tome de RG montre pourtant rapidement ses limites, malgré l’apport véridique du flic Pierre Dragon
Affecté à la brigade de jour des Renseignements généraux, Pierre Dragon bénéficie d’une expérience de terrain certaine, ce qui était aussi le cas d’Olivier Marchal sur 36. Mais la véracité des faits et le réalisme des enquêtes ne suffit pas ici à rendre ce récit intéressant, souffrant justement d’un rythme trop plat. Les journées des flics passées en filatures et en planques sont souvent longues, mais le retranscrire tel quel ôte tout intérêt dramatique. L’histoire suit donc l’enquête molle de Pierre Dragon lui-même, qui devient un personnage de fiction à part entière. Trafic de vêtements, trafic de limousines, liens avec le FBI… Riyad-sur-Seine brasse le quotidien classique d’un flic sans parvenir à insuffler une dose suffisante de suspense ou d’humanité pour donner envie de poursuivre l’aventure.
Le dessin de Frederik Peeters n’arrange pas la situation, les visages de ses personnages tombant presque dans la caricature, avec des expressions approximatives et des traits figés. Peeters arbore lui aussi un réalisme certain, mais sans pousser jusqu’à une crudité qui aurait été préférable à cette absence de saveur. Les changements de tonalité sont brusques et n’apportent pas de dimension particulière au récit, les couleurs évoluant tranquillement sans être une source dramatique forte. On suit donc le récit sans grande envie, ni scénaristique ni artistique.



Le potentiel du récit n’est pas assez exploité, et ce qui aurait pu donner lieu à un récit tragique et violent ne fait qu’effleurer ces dimensions, préférant naviguer dans les eaux plus calmes d’une enquête laborieuse. Riyad-sur-Seine n’a rien d’une bonne série B burnée, mais est plus pépère, ce qui est bien dommage. L’utilisation des différents décors parisiens se fait sans véritable immersion, que ce soit dans le métro, dans les soirées bourges ou dans les restos. Ca reste à un niveau assez artificiel, ce qui empêche aussi l’histoire de décoller. La ou Marchal plaçait sa mise en scène avec un grand soin pour donner tout son impact à la rue et aux situations, ici, tout est plus statique et plus anecdotique, se déroulant dans une atmosphère trop sobre pour y déceler la pointe d’excitation qui ferait la différence.
Aucun personnage n’est suffisamment approfondi pour cultiver un intérêt quelconque, et le flic au centre de l’histoire, Pierre Dragon, ne possède pas le charisme suffisant pour que l’on plonge avec lui dans ce milieu si particulier de la criminalité. Riyad-sur-Seine est le premier tome de ce qui s’annonce comme une série, mais je ne serai pas au rendez-vous pour le suivant…

dimanche 31 août 2008

ALIAS 1: LE PIEGE (BRIAN MICHAEL BENDIS, MICHAEL GAYDOS, 2001)


Motivé par les critiques de Matt Murdock (je ne sais pas comment mettre les liens, mais allez tout en bas de cette page pour avoir le lien sur son site, ça vaut le coup d'oeil) , je me suis lancé dans la série Alias publiée chez Marvel à partir de novembre 2001. Rien à voir avec Jennifer Garner, cette Alias étant une boîte d’investigations. La seule salariée d’Alias s’appelle Jessica Jones, et est une ancienne super-héroïne ayant décrochée (oh, un jeu de mot subtil!) pour se lancer dans une carrière de détective privé.
Brian Michael Bendis aime le polar, c’est connu. Et il inaugure la collection Max avec ce récit aux tonalités sombres et aux machinations tordues, où la pauvre Jessica se lance dans une affaire extrêmement louche. Le récit réserve des zones d’ombre et des surprises écrites avec beaucoup de soin par un auteur talentueux. On est immergé dès le début dans cette histoire que Bendis traite avec beaucoup de sérieux, mais aussi avec une certaine dose d’autodérision. Le regard qu’il porte sur l’univers Marvel est celui d’un véritable connaisseur bénéficiant d’un redoutable sens critique, ce qui donne à son œuvre une dimension particulière. Un petit exemple de dialogue entre un flic et Jessica lors d‘un interrogatoire: « Dites, les Fantastiques… Vous les avez déjà rencontrés? Je les adore. -Non. -Non? -J’ai croisé le grand type orange. -La Chose. -Oui. -Il est béton. Sans jeu de mots. -Oui. Bon, si on… -Il est comment? -Grand et orange. Je peux retourner vivre ma vie? »



L’autre atout considérable de cette série est le dessin de Michael Gaydos, qui évoque beaucoup le style épuré de John Paul Leon, notamment sur Les nouvelles Aventures de Cyclope et Phénix. Gaydos choisit des tonalités très ternes en faisant varier les bleus et les rouge, captant immédiatement l’atmosphère que Bendis souhaite imprimer à la série. La vie nocturne, la fumée des cigarettes, les bars déserts… On est dans un véritable polar, qui bénéficie d’une mise en scène remarquable. Gaydos modifie constamment sa mise en pages, passant du simple champ-contrechamp au découpage d’image (Jessica sur les escaliers, l’image coupée en 4 cases, symbolique de la dégradation de son moral), où utilisant le procédé très cinématographique du zoom avant. De prime abord, l’austérité des dessins peut rebuter, mais leur richesse visuelle se dévoile très rapidement, et en fait un élément essentiel de la série, qui perdrait beaucoup de poids si elle était racontée de manière plus classique.



Bendis fait en plus appel aux connaissances des lecteurs, en remettant au goût du jour le personnage de Man Mountain Marko, le colosse apparu pour la première fois dans Amazing Spider-Man 73 de juin 1969, et qui est un vilain de seconde zone que ça fait bien plaisir de revoir! Luke Cage et Matt Murdock (pas celui du blog, l'autre...) passent également faire un tour…
Alias est l’une des séries les plus captivantes du moment chez Marvel, et si vous appréciez les bons polars, plongez-y!

mardi 26 août 2008

RIO NEGRO (IWAN LEPINGLE, 2007)


L’auteur français Iwan Lepingle a choisi d’aborder le western sous un angle particulier: il ne va pas traiter des cowboys et des contrées américaines qui ont déjà eu leur lot de fiction, mais il va s’aventurer dans un territoire beaucoup plus méconnu qui est celui de l’Amérique du Sud, et notamment de la Patagonie.
Ses personnages sont tous des exilés ayant fui une Europe en perdition vers la fin des années 30, et ils apparaissent comme des êtres perdus tentant de reconstituer un semblant d’existence. Richter est un émigré allemand qui va se retrouver pris dans une guerre des nerfs entre des norteamericanos sans foi ni loi et des villageois qu’ils veulent exproprier. Le concept se rapproche de celui des Sept Mercenaires, mais va évoluer vers un récit bien différent.
Les plaines immenses, les sommets montagneux dans le lointain, les estancias… Lepingle crée une atmosphère originale en utilisant un noir et blanc riche, qui lui permet d’apporter une touche de profondeur évidente. L’exploration de ces contrées inconnues et primitives est un voyage vers une sorte d’inconnu primordial, qui est comme d’habitude entaché par la cupidité humaine. La lenteur du récit est calquée sur le rythme lancinant de la nature, et les scènes d’action en ressortent moins fougueuses. Comme si tout le récit n’était que le combat vain d’une poignée d’hommes pour s’approprier des terres qui leur survivront bien après leur mort.
Lepingle s’appuie sur une trame de vengeance, et il n’oublie pas de semer le doute quant aux éventuels traîtres se cachant parmi le groupe. Cette partie est un peu confuse du fait des nombreux personnages, mais le récit se poursuit avec intérêt, et Richter et sa bande poursuivent leurs tentatives de se sortir de cette situation délicate.


Lepingle fait souvent référence au passé des protagonistes, rappelant sans cesse que leur nouvelle vie est constamment dictée par la précédente, et l’impression de liberté se dégageant de ces paysages immenses ne suffit pas à les libérer de leur ancien monde. Ils sont déracinés, et essaient de s’adapter tant bien que mal à leur nouvelle condition, ce qui n’est pas aisé. Les thèmes de la solitude et de la perte du passé sont les éléments centraux de ce récit, et sont accompagnés d’un souffle sauvage que le dessin fait particulièrement ressortir.
L’aspect western est réussi, l’auteur proposant des fusillades aussi rapides que ravageuses, et qui encore une fois s’inscrivent dans une géographie typique et dans une atmosphère chaude. La scène de l’église est caractéristique de cette construction dramatique donnant une richesse particulière au propos.
Après Kizilkum et son exploration des steppes russes (2002), Iwan Lepingle transpose ses thèmes sur un autre continent, créant une bande dessinée originale et réussie.

dimanche 17 août 2008

MARVEL TOP 11: LA RENAISSANCE DES HEROS (PETER DAVID, SALVADOR LARROCA, 1997)


Souvenez-vous: en juillet 96, le monde Marvel affrontait le redoutable Onslaught, et de nombreux héros trouvèrent la mort en réduisant leur adversaire à néant. La population pleura ses héros disparus, qui ne l’étaient pas tout à fait. En fait, Franklin Richards, le fils de Mr Fantastic et de l’Invisible, avait utilisé ses immenses pouvoirs pour créer un monde dans lequel il avait envoyé les héros que l’on croyait mort. Durant toute une année, les Fantastiques, les Vengeurs, Captain America et Iron Man virent leurs aventures recommencer à zéro. Nouvelle existence, nouvelle transformation, nouveaux combats. Mais il s’agissait en fait d’une parenthèse, puisque le moment est venu pour eux de regagner leur ancien monde…
Franklin se promène partout avec son globe bleu qu’il protège sans connaître sa véritable fonction. Alors qu’il se trouve dans les marais de l’Homme-Chose, la céleste Ashema lui apparaît afin de lui poser un dilemme cornélien: les deux mondes ne peuvent pas coexister, et le jeune garçon va devoir choisir lequel il va sauver.
La Renaissance des Héros est un crossover mettant en scène de nombreux héros Marvel, en se focalisant bien évidemment sur Franklin qui est la pierre angulaire du récit. En envoyant ses parents dans un autre univers, il les a évidemment sauvé, mais il se retrouve du coup seul. Ashema le cueille à froid en lui demandant de choisir, ce qu’il ne peut pas se résoudre à faire. Sa naïveté et sa vision du bien rendent son choix très difficile.



Un autre élément central du récit est la dualité de Hulk, puisqu'il est scindé en deux entités, celle de Bruce Banner évoluant dans l’univers de Franklin, et celle du monstre vert étant resté sur Terre. Cette dissociation est un aspect très intéressant de cette mini-série, puisqu’elle est aussi une des clés pour la survie de ces univers. La séparation des entités Banner-Hulk est un concept fort qui va donner lieu à un affrontement étonnant!
La Renaissance des Héros est un récit écrit par Peter David et dessiné par Salvador Larroca. David pose un récit intéressant dans ses possibilités, et la conjonction des multiples personnages n’est pas un frein au rythme. Fatalis, Dr Strange, Œil-de-Faucon, Vision, Spider-Man, Hercule, etc… Ils sont nombreux des deux côtés de l’univers, et cette histoire va enfin permettre de les rassembler. Mais que va-t-il advenir des deux univers?
Larroca utilise un design moderne relativement classique, mais qui colle bien au récit en matière de dynamisme. Cette aventure aux résonances cosmiques (mais quelle aventure ne l’est pas chez Marvel?) se suit donc avec grand intérêt, et la redécouvrir 11 ans après est agréable, même si l’effet de surprise est depuis longtemps effacé.


jeudi 14 août 2008

MARVEL MEGA 6 ET 7: CODE OF HONOR (CHARLES DIXON, 1997)


Après le mythique Marvels signé Kurt Busiek et Alex Ross, il fallait bien continuer l’évocation de la mythologie Marvel. Marvels entreprenait de faire redécouvrir tout un pan de l’histoire de l’univers créé par Stan Lee, et prenait pour personnage principal Philip Sheldon, un journaliste qui était en première ligne pour suivre la révolution qu’allait être l’apparition de ces êtres à super-pouvoirs. L’épopée Marvels brassait 20 années de combats homériques et de lutte entre le Bien et le Mal.
Le succès de la mini-série de Busiek et Ross ne pouvait pas rester sans suite, et Code of Honor explore la période sombre des années 80 en utilisant les mêmes techniques que sur Marvels. La tâche incombe à Chuck Dixon de revisiter les événements majeurs du Marvel Universe, vus cette fois-ci à travers les yeux de Jeffrey Piper, jeune flic noir tout juste promu. Dixon est aidé par divers dessinateurs (Tristan Shane, Brad Parker, Bob Wakelin, Derick Gross et Paul Lee) pour donner corps à l’obscurité régnant dans les rues de New York.
Les peintures étonnantes qui illustraient Marvels apportaient une touche de réalisme inédite, et permettaient de replonger de manière immersive dans l’âge d’or des héros. Le procédé étant efficace, il est à nouveau utilisé sur Code of Honor, dont la mise en scène s’en trouve grandie. Visuellement, c’est vraiment très beau, avec cette touche de réalisme dans les traits des visages et dans le choix des plans.



Quel personnage utiliser pour signifier la déchéance et le danger de la métropole new-yorkaise des années 80? Le Punisher est tout indiqué pour endosser ce rôle, et Jeffrey Piper va se retrouver face à lui à plusieurs reprises. La confrontation entre une vision claire de l’ordre et une version plus radicale de la justice va bien faire comprendre l’évolution des mentalités, et la perte de l’innocence qui avait suivi le décès de Gwen Stacy. Après ce tragique événement dans le monde Marvel, plus rien n’allait être comme avant, et les combats manichéens allaient devenir bien plus subtils.
Code of Honor déroule donc un récit dont la construction est similaire à celui de Marvels, et qui brasse aussi de multiples années à travers le regard parfois émerveillé, parfois craintif d’un humain « normal ». L’effet de nouveauté en moins, Code of Honor se suit comme un guide historique de l’univers Marvel. Les apparitions de Daredevil, du Caïd, le mariage de Vision et de la Sorcière rouge, le retour des héros après les Guerres secrètes, Inferno… Autant d’événements relatés par Chuck Dixon afin de se remémorer les différentes étapes de cet univers.


Le problème de ce genre de récit, c’est qu’il survole rapidement tout un pan historique sans laisser le temps de s’y plonger complètement. En fait, il donne très envie de retourner aux comics originaux afin de redécouvrir intégralement les différentes événements relatés. L’approche maladroite de Dixon quant à la vie privée de Jeffrey plombe un peu le récit, puisque ses problèmes conjugaux sont un peu tirés par les cheveux. Mais Code of Honor reste une lecture agréable permettant aux néophytes de s’y retrouver dans la chronologie Marvel, et aux connaisseurs de redécouvrir d’un autre point de vue les événements cataclysmiques qui ont secoué New York dans les années 80.

vendredi 8 août 2008

WANTED (MARK MILLAR, J. G. JONES, PAUL MOUNTS, 2003)


Sorti le 13 juillet 2008

Attention, vous êtes en face d’un monument du comics contemporain, et la lecture de ce Wanted risque fort de vous marquer à vie! Bon, j’exagère un tout petit peu, mais ce récit du génial Mark Millar dépasse largement des frontières qui ont rarement été atteintes, voire jamais en ce qui concerne la fin…
L’histoire paraîtrait presque classique: un jeune homme que rien ne semblait prédisposer à une carrière de surhomme se voit propulsé du jour au lendemain dans le monde des encapés, laissant derrière lui sa misérable petite existence sans relief. Ca, c’est du déjà vu un peu partout, mais le traitement qu’adopte Millar est tout simplement jouissif! Jugez plutôt: le jeune super-loser Wesley Gibson va être contacté par la Fraternité pour endosser le costume de feu son père, le plus grand super-vilain de la Terre. Et il semblerait que les gènes de Wesley n’aient pas altéré cette propension au massacre et aux gunfights…
C’est à une véritable renaissance que l’on assiste alors, et rien ne sera épargné au lecteur en terme de violence et d’outrages: bastons, tueries aléatoires, crash d’avion sur une tour… Wesley s’amuse comme un petit fou dans sa nouvelle vie qui lui permet de donner libre cours à toutes les formes de transgressions en toute impunité, la Fraternité étant couverte pour tous ses actes… Le jeune homme découvre une forme de liberté radicale et explosive, qui fait de Wanted une œuvre résolument subversive et corrosive. Evidemment, sauver la planète n’est pas le but premier de la Fraternité, et c’est tant mieux pour le lecteur qui découvre une histoire s’aventurant dans des zones inexplorées du mythe des surhommes.


Le dessin de J. G. Jones et la colorisation de Paul Mounts rendent à merveille toutes les excellentes idées de Millar, et créent un univers visuellement très riche et complexe. L’allure du bad guy Tas-de-Merde est éloquente,et Mister Rictus est vraiment sinistre… Les perles scénaristiques sont nombreuses, comme les références à des super-vilains de chez Marvel par exemple (cherchez bien, vous verrez le Vautour, le Shocker ou encore le Maître de la Haîne!). Mais c’est dans la construction inventive de son récit que Millar met l’essentiel, laissant filer cette aventure vers des directions réellement étonnantes. Un exemple avec le personnage de Johnny deux-Bites, qui doit obéir au boss qui se trouve dans son slip! Ou la révélation sur ce qui est arrivé aux super-héros en 1986...


Wanted est l’exemple parfait du comics riche et inventif, de ceux qui vous triturent encore les méninges longtemps après que vous en ayez tourné les dernières pages. Et quelles dernières pages! Le lecteur se les prend directement en pleine gueule, et rarement l’interactivité entre l’auteur et le consommateur aura été aussi franche et directe! Après, il y a ceux qui apprécieront et ceux qui détesteront, mais je trouve cette fin géniale et courageuse, et les vérités qu’elle souligne n’en sont pas moins réelles…
Wanted est une pure tuerie du premier au sixième épisode, et constitue une oeuvre maîtresse dans l’industrie galopante du comics. La rage et l’irrévérence qui l’habitent sont des éléments primordiaux donnant à cette histoire un impact monumental, et Mark Millar peut sans peine être considéré comme l’un des auteurs les plus talentueux du moment aux côtés de Garth Ennis, Warren Ellis et Paul Cornell… Reste juste à voir si l’adaptation ciné par Timur Bekmambetov (l’atroce Night Watch!) ne va pas ternir ce joyau…

mercredi 6 août 2008

L’INCROYABLE HULK (LOUIS LETERRIER, 2008)


Sorti le 23 juillet 2008


Les exécutifs de Marvel ont décidé de purement et simplement oublier le film d’Ang Lee, au vu de ce qu’ils appellent un échec commercial (avec 245 millions de dollarsà travers le monde, le terme est tout relatif...). Exit donc l’équipe originelle, c’est à une refonte du géant vert que l’on a droit. Techniquement, L’incroyable Hulk est une suite puisque l’action reprend là où s’était arrêté celle de Hulk, mais le générique nous montre une genèse différente du monstre vert. Le personnage est nettoyé de toute trace de son passage dans les mains d’Ang Lee, et le procédé s’apparente bien a du steampunk pour rester poli!
Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner, c’est une idée plutôt réjouissante, et le charisme de l’acteur permet de donner corps à ses peurs enfouies dans une première partie très Jason Bourne. Comme dans le film d’Ang Lee, le colosse de jade n’apparaît pas tout de suite, et l’intrigue à base de chasse à l’homme est plutôt bien développée.


Mais passée cette première partie, un fait significatif se fait ressentir: le long métrage d’Ang Lee revient sans cesse en tête, et la comparaison entre les deux films est obligatoire. Et malheureusement, celle-ci se fait au détriment de la nouvelle équipe. Il n’y a qu’a voir comment sont traitées les relations entre les personnages; à peine esquissées chez Leterrier, elles étaient approfondies dans un schéma psychanalytique chez Ang Lee. La richesse de l’écriture de James Schamus n’a rien a envier à la pâleur de celle de Zak Penn, et L’incroyable Hulk déroule son récit avec une absence d’enjeux dramatiques évidents. La relation entre Bruce et la belle Betty Ross n’atteint pas le quart de l’intensité amoureuse développée dans Hulk, et la mise en scène y est pour beaucoup: là ou Ang Lee maîtrisait le registre intimiste et émotionnel d’une manière plus qu’évidente, Leterrier survole tout ça et préfère se concentrer sur les scènes d’action. Avec la série des Transporteur et Danny the Dog à son actif, il est vrai qu’il est davantage spécialisé dans l’imagerie dynamique, ce qui n’est pas une critique en soi. Mais l’absence de fond conséquent porte préjudice à cette suite qui s’en retrouve réduite à enchaîner des morceaux d’action sans puiser dans le registre émotionnel.


Visuellement, Hulk n’est pas aussi expressif que dans le film d’Ang Lee. Le personnage est certes réussi, mais il manque toujours cette pointe d’humanité que Lee a mis en avant dans son œuvre, et qui lui donne cette aura si particulière. Ici, Hulk combat un adversaire de poids en la personne de l’Abomination (Tim Roth est plutôt bon!), et les fanboys devraient se réjouir de ce clash des titans, seul petit bémol au premier film, qui lui n’offrait pas de véritable ennemi au géant vert. L’Abomination s’annonce bien effrayant, mais le combat tant attendu ne débouche au final que sur une démonstration de SFX informatiques qui ont vite fait de fatiguer la rétine. Tout comme pour le reste du film, l’impact n’est pas viscéral, mais purement visuel et superficiel.
Bref, si Marvel pouvait à son tour faire oublier ce deuxième opus et rappeler Ang Lee pour un troisième épisode, ce serait une solution plus que satisfaisante. Il faut rappeler que l’association Eric Bana- Jennifer Connely faisait des étincelles, et qu’Edward Norton et Liv Tyler ne parviennent pas à les égaler. Et Hulk est simplement l’un des meilleurs films de super-héros qui ait vu le jour.

samedi 2 août 2008

HOOD (BRIAN K. VAUGHAN, KYLE HOTZ, 2002)


Sorti le 10 juillet 2008


Panini sort une petite vieillerie qui n’avait pas eu droit de sortie à l’époque, et profite de la prise d’importance du personnage dans les pages des Nouveaux Vengeurs pour revenir à ses origines.
Des origines sous forme d’une mini-série en 6 chapitres, dans laquelle le jeune Parker Robbins met la main sur des objets lui conférant des pouvoirs plutôt sympathiques… Ce Hood poursuit donc la lignée Max en mettant en avant un récit bien adulte, où le héros n’en est pas vraiment un. Ce Parker Robbins (notez l’allusion évidente au célèbre Spidey) est plutôt du genre bad guy des bas-fonds, et il survit grâce à des coups minables tout en poursuivant une existence qui ne le comble pas du tout. L’atmosphère n’est pas très joyeuse, mais le récit de Vaughan distille des touches d’humour régulières plutôt bienvenues. On est pas chez le Punisher de Garth Ennis par exemple, et l’apprentissage de Robbins est plutôt marrant, surtout quand il découvre la cape d’invisibilité (qu’est-ce que vous feriez en premier vous, hein?)…
Le personnage de Robbins est donc un loser pas vraiment méchant, qui va se retrouver dans des situations bien tendues après avoir volé les pierres de sang d’un trafiquant notable. Il va avoir les bad guys aux trousses, mais aussi les fédéraux, ce qui va considérablement réduire sa marge de manœuvre…


Kyle Hotz est spécialisé dans le dessin horrifique (Cold blooded, Evil Ernie), et il confère à Hood une ambiance nocturne particulièrement travaillée, dans laquelle les volutes de fumée et la puissance visuelle de la cape participent pleinement à la dramatisation de l’ensemble. Le récit est imprégné de cette atmosphère mi-polar mi-fantastique qui s’avère réussie, et donne aux débuts de Hood une dimension précise.
Ce personnage fantomatique flottant dans les airs joue sur les anachronismes, puisqu’il shoote ses ennemis avec deux bons gros flingues! Ce paradoxe entre la violence naturelle et le devenir mystérieux que lui promet son nouvel accoutrement fait de Hood un personnage en pleine construction, et Parker Robbins ne semble pas encore bien savoir ce qu’il veut faire de ses pouvoirs.


Pour ses débuts dans le monde du crime, il va être confronté au Constrictor, au Shocker et à Jack O’Lantern, et l’affrontement a de la gueule. Les dialogues de Vaughan donnent du relief à un récit balisé, et son sens de l’humour tient bien la route. Exemple: « C’est Max Dillon. - « Celui de Drugstore Cowboy »? - Pas Matt Dillon, attardé. Max Dillon. Electro. » Et le Shocker qui donne des conseils conjugaux c’est plutôt sympa aussi!
Sans être exceptionnel, Hood est un comics rythmé et intéressant, qui marque les débuts d’un nouveau personnage appelé à faire une grande carrière chez les super-vilains…

vendredi 1 août 2008

WISDOM 1: RUDIMENTS DE SAGESSE (PAUL CORNELL, TREVOR HAIRSINE, MANUEL GARCIA, 2007)


Sorti le 26 juin 2008

Créé en 1995 par le génial Warren Ellis, le personnage de Pete Wisdom apparaît pour la première fois en 1995 dans les pages d’Excalibur, déclinaison britannique des X-Men. On ne peut pas dire qu’il soit un personnage au capital sympathie immédiat, mais son cynisme et son humour british en font un héros très particulier dans le monde Marvel. Il n’est pas sans rappeler X-51 du groupe Nextwave, avec ce côté imperturbable et distant mâtiné d’un humour à froid bien senti.
12 ans après ses débuts dans l’univers Marvel, Pete a enfin droit à sa mini-série qui va le plonger dans des tourments tout ce qu’il y a de plus britanniques, puisqu’il va être confronté à des fées dissidentes, à un dragon maléfique, à une horde de Jack l’Eventreur, à des tripodes tout droit sortis de La Guerre des Mondes… Son affectation au MI 13, cellule travaillant en parallèle du MI 6, est loin d’être de tout repos!
Il bénéficie d’une force de frappe considérable puisqu'il est à la tête d’un groupe solide composé de personnalités bien diverses. Il y a là Tink, une fée échappée de la dimension d’Avalon; Captain Midlands, un militaire pur et dur; Maureen Raven, une clairvoyante qui effectue ici sa première mission; et John le Skrull, qui est une copie conforme de John Lennon et qui appartenait au groupe des Skrull Beatles, composé d’un certain Ringo, d’un Paul et d’un autre Peter! Une excellente trouvaille du scénariste Paul Cornell qui s’adonne à un délire bien british! Il est à noter que Cornell est réputé pur son travail sur Dr Who, dont il a écrit des épisodes télé et des nouvelles.



Wisdom est un récit qui avance avec classe et dynamisme, le groupe du MI 13 étant assez hétéroclite pour offrir des situations bien fantaisistes et décalées. J’adore particulièrement le John Lennon qui s’en va-t-en guerre et qui parle de paix et d’amour comme l’original! Les interactions entre les différents protagonistes offrent des moments bien barrés que ne renierait pas Warren Ellis! Un petit exemple avec les recommandations de Wisdom juste avant d’intervenir dans le royaume d’Avalon: « Si vous rencontrez le roi Arthur: ne l’attaquez pas. Ne lui demandez pas son aide, ne rejoignez pas la table ronde. Ne mangez rien. Ne retirez rien de quoi que ce soit. N’épousez rien. » Juste derrière lui, un dessin avec un gâteau barré, et un autre avec une épée dans un rocher, barrée elle aussi…



Brillant, coloré, inventif, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire cette série en 6 épisodes menée de main de maître par un scénariste de talent, aidé par les dessinateurs Trevor Hairsine et Manuel Garcia qui complètent efficacement le tableau. Le design est vraiment beau (certaines planches font penser à du Preacher), et les récits sont captivants. Wisdom est une grande réussite dans le genre récit malin et rusé, et vient encore enrichir une collection Max qui décidément enchaîne les perles (Punisher, Alias…). Paul Cornell est encore un auteur à suivre…

mardi 1 juillet 2008

PUSSEY! (DANIEL CLOWES, 1989)


Toujours parues dans sa revue Eightball, les histoires qui composent ce recueil Pussey! sont des saynètes écrites par Daniel Clowes plongeant au coeur même de la source d’inspiration des comics. Pussey est un jeune scénariste qui va devenir une étoile montante dans le monde du comics, et l’auteur décrit sa propre expérience à travers cette découverte de l’envers du décor de cette composante indispensable de la culture américaine.
Clowes va passer en revue toutes les étapes de la vie de Pussey, et va adopter un ton très manichéen pour décrire le monde des concepteurs de bandes dessinées. Ainsi, le Docteur Eternity est une âme peu charitable qui retire toute la gloire du dur labeur des artistes qui sont sous contrat chez lui. L’aspect carnassier qui régit le monde de l’art se retrouve aussi dans la branche comics, et Clowes en a apparemment fait les frais à plusieurs reprises!


Pussey! N’est certes pas aussi captivant que David Boring du même auteur, mais il reste un travail intéressant prenant appui sur une base plus caricaturale. Tout en limitant la portée de cette œuvre, ce choix narratif est très personnel, et permet à l’auteur de régler quelques comptes et de démythifier la notion d’artiste. Ca semble aller dans le même sens que le Fortune & Glory de Brian Michael Bendis, qui traite lui des mésaventures d’un scénariste fraîchement débarqué à Hollywood.
Daniel Clowes met à nu les désillusions qui abondent dans le monde de l’art, et même si le propos n’est pas novateur, il est appliqué avec soin par un auteur qui cultive l’art du tragi-comique. L’absurdité des situations (la pièce fermée où les auteurs travaillent) est teintée d’une réflexion sur le vide existentiel à plusieurs reprises, notamment lors de l’épisode de la remise des prix où les auteurs sont tous vieux. Ce qui apparaît alors, c’est que le comics est finalement riche dans son rapport au temps justement, puisque son élaboration est intrinsèquement lié à l’époque où il est créé. Les multiples réflexions sur l’âge d’or du comics font évidemment références à Stan Lee et Jack Kirby (en tout cas, c’est ce que j’ai cru lire entre les lignes!), et font la lumière sur une épopée qui reconnaît aujourd’hui ses auteurs, même si certains n’ont pas le prestige qu’ils méritent.


Une vision acerbe du milieu éditorial, dans laquelle Pussey surnage comme il peut, devenant presque malgré lui un auteur incontournable. Les réflexions sur le rapport entre l’auteur et les lecteurs, ou entre l’auteur et son œuvre elle-même, sont tristes et drôles, soulignant l’enfermement progressif qui ne manque pas de capturer la star. L’oeuvre est toujours plus libre que celui qui la crée, et le monde fantasmé est toujours plus excitant que celui auquel on est soumis. Entre humour et désespoir, Pussey! est une vision finalement pessimiste et mélancolique. Le propos ne permet pas de capter la même intensité dramatique que l’auteur véhicule dans David Boring, mais ce comics reste un récit sympathique.

dimanche 29 juin 2008

BIG BABY (CHARLES BURNS, 1999)


Charles Burns est l’auteur réputé de l’excellente série Black Hole, mais son travail ne s’arrête heureusement pas là. Avec Big Baby, il met en scène un enfant au visage étrange, qui semble ne pas avoir d’âge. D’emblée, l’ambiance est très spéciale, caractérisée par une tonalité sombre qui sera développée dans les multiples récits.
Big Baby est l’histoire caractéristique du jeune garçon que personne ne croit quand il dit voir des choses mystérieuses. Le petit Tony Delmonto ne parvient pas à persuader ses parents de l’existence du monstre qui sort de la piscine de son voisin, ni de l’invasion extra-terrestre qui se prépare. Et Charles Burns se place à la hauteur de l’enfant, qui ne fait que décrire une réalité tangible que les autres ne soupçonnent pas. On est projeté en plein EC Comics, avec des monstres hideux et des aliens repoussants, et le graphisme éthéré de Burns est à la fois un hommage à ces vieux comics, et constitue également un démarcage très intéressant sur les fantasmes enfantins.
Big Baby est une exploration de la psyché enfantine, qui met en exergue les peurs profondes et les désirs latents qui existent à cet âge-là. Le processus appliqué à ce Big Baby est sensiblement le même que celui que l’auteur utilisera pour l’élaboration de Black Hole, qui traitera cette fois de la psychologie adolescente. L'oeuvre de Charles Burns semble suivre cette volonté d’extérioriser les pensées profondes de ses protagonistes, en créant un univers où se matérialise le subconscient.

Quand Bib Baby se retrouve dans la caverne où les monstres séquestrent leurs prisonniers, il s’agit du monde réel dans lequel évolue Tony. L’épidémie dont il essaie en vain de parler à ses parents est le précurseur de la fameuse peste qui fera des ravages chez les adolescents de Black Hole, et elle est tout ce qu’il y a de plus réelle dans le monde de Tony.
Un monde à l’atmosphère résolument étrange, où les adultes ne sont pas forcément plus responsables que les enfants. Le voisin de Tony est particulièrement gratiné, et sa notion du couple est terrifiante et doublée d’une dose de comique pessimiste. Charles Burns gratte les couches sédimentaires de la psyché humaine, et livre une vision à la fois absurde et sombre de la civilisation, vue par un enfant qui ne semble pas vouloir grandir. Son physique particulier ajoute une couche de malaise, et il semble presque être lui-même un extraterrestre. Sa représentation symbolise sa solitude et l’incompréhension des adultes, et il préfère explorer son univers plutôt que de perdre son temps à essayer d’expliquer les dangers qui guettent.


Stylisé dans un beau noir et blanc, le récit onirique de cet enfant particulier est très représentatif du talent de son auteur, et même s’il n’atteint pas le sommet d’un Black Hole, il est une lecture fortement recommandable.

samedi 28 juin 2008

DAVID BORING (DANIEL CLOWES, 1998)


Paru initialement dans le magazine Eightball, cette histoire tragi-comique a pour héros le personnage David Boring, qui est à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte. L’auteur, Daniel Clowes, lui fait subir une aventure très particulière, dans laquelle la nonchalance du jeune homme sera mise à rude épreuve.
Le graphisme fait immédiatement penser aux vieilles bandes des années 50-60, avec leur style épuré et leur graphisme noir et blanc délicat. David Boring est une plongée dans l’adolescence américaine teintée d’une forte dose de nostalgie. Le travail de Daniel Clowes est remarquable, autant dans sa conception picturale que dans sa structure narrative. La combinaison de ces deux éléments crée une vraie ambiance, faite de déprime et d’espoir. David Boring est un gars plutôt calme, pas vraiment extraverti, et qui essaie d’aller de l’avant tout en étant agrippé par un passé très fort. Ses rencontres, ses erreurs, ses moments de bonheur, tout ça est écrit avec un mélange de réalisme et de fantaisie, qui sont parfaitement dosés pour parvenir à faire de David Boring une œuvre étrange et envoûtante, de celles qui font intervenir le passé et le subconscient sans pour autant faire étalage d’un savoir encyclopédique.
Tout est dans l’atmosphère, rendue encore plus atypique par un noir et blanc hors du temps, qui grise ce présent déjà pas très joyeux. Un choix judicieux qui augmente encore l’intensité du récit, lequel se hasarde sur des éléments étranges, sur des interactions étonnantes entre les personnages, et qui apparaît finalement comme une sorte de rêverie crépusculaire où l’émotion se glisse de manière subtile.


Avec un personnage qui prend des photos intimes de toutes ses conquêtes, une coloc lesbienne qui se spécialise dans les aventures impossibles, ou encore une mère castratrice, le sexe est un élément primordial du récit qui se veut une exploration des fantasmes. Les attirances interdites et les envies intimes sont exprimées de manière directe, et les personnages de David Boring ne font finalement que suivre ce que leur dicte leurs instincts. On peut penser à Nowhere de Gregg Araki, car même si l’aspect visuel est complètement différent, le propos est sensiblement le même, à savoir celui d’une adolescence esseulée qui comble ses manques comme elle peut.
David Boring est un titre essentiel dans cette approche mélancolique de l’adolescence, et la netteté des situations évoque invariablement quelques expériences bien personnelles vécues par l’auteur lui-même. La recherche de l’amour parfait par David est une sorte de chimère, qui repose pourtant sur des éléments bien concrets. Daniel Clowes remonte en fait jusqu’à l’origine de cette perception, qui déterminera toute la vie de David. Une approche à la limite de la psychanalyse, mais démontrée avec talent par un auteur capable de traiter de ce sujet avec subtilité.