
Précédé d’une solide réputation, ce récit post-apocalyptique s’est en plus vu attribuer le prix Pulitzer 2007, récompense inattendue pour une œuvre plutôt axée série B. McCarthy devait redéfinir le roman de fin du monde grâce à une écriture directe et une histoire épurée. Alors qu‘en est-il au final?
Je sors extrêmement déçu de cette lecture, qui semble faire du vide son contenu même. L’histoire de ce père et de son jeune fils traversant des contrées désolées sans véritable but s’annonçait particulièrement excitante, et les possibilités de ce genre d’exercice sont nombreuses. Mais Cormac McCarthy se concentre uniquement sur cette route donnant son nom au roman, qui est le fil conducteur de la survie de ces deux êtres. Deux êtres dont on apprendra peu, et dont les émotions affleurent rarement. Pour narrer cette histoire de déshumanisation, McCarthy utilise un procédé radical consistant à parer au plus pressé, à ne pas essayer de faire de belles tournures de phrases, et à se concentrer sur l’âpreté de la situation. Le principe est plaisant, mais l’utilisation qu’en fait McCarthy n’est pas des plus réjouissantes. L’aspect épuré de l’écriture devient très vite pesant, et les phrases du genre « Il avait un magazine dans la poche de son pantalon et il le sortit et en arracha quelques pages et en fit une torche puis il prit son briquet et l’alluma et la lâcha dans l’obscurité » est plutôt lourd, et ce bouquin bat des records dans l’utilisation du mot « et ». Ces longues phrases répétitives et lancinantes amènent vite à saturation, et malheureusement le récit en lui-même n’est pas plus captivant…
Le père et le fils errent vers une hypothétique mer qui semble plus être un Graal qu’un véritable but, et les différents épisodes qu’ils vivent sont eux aussi répétitifs. Les rencontres sont brèves et sans émotion, et le seul intérêt véritable du bouquin réside dans la précision lors de la recherche de nourriture et de matériel. Ce qui là aussi va rapidement devenir lassant… La Route s’articule sur un récit simpliste (épuré selon les critiques), qui ne parvient pas à faire jaillir l’étincelle nécessaire pour que l’on s’accroche aux personnages. La déception est de taille, l’auteur étant relativement réputé (il a écrit Non, ce Pays n’est pas pour le vieil Homme, transposé à l’écran par les frères Coen).

Il y a des similitudes avec le Walking Dead de Robert Kirkman, même si les zombies sont absents du bouquin de McCarthy. Les deux œuvres s’aventurent dans un registre SF en y appliquant les passages obligés, mais l’émotion ne prend pas à cause d’une absence de caractérisation. Qui est toute volontaire chez McCarthy, cela dit. Mais tout cela se déroule dans une atmosphère brumeuse à la limite de la rêverie, et le résultat est que le lecteur se trouve mis à l’écart de l’action au lieu d’y plonger totalement.
La Route est un récit de fin du monde d’où est banni tout aspect spectaculaire, ce qui n’est pas forcément un mal en soi; mais les choix narratifs de l’auteur et l’absence de propos autre que celui de la solitude et de l’errance ont vite fait de saper toute la bonne volonté du lecteur…

























