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mardi 12 août 2008

LA ROUTE (CORMAC McCARTHY, 2006)


Précédé d’une solide réputation, ce récit post-apocalyptique s’est en plus vu attribuer le prix Pulitzer 2007, récompense inattendue pour une œuvre plutôt axée série B. McCarthy devait redéfinir le roman de fin du monde grâce à une écriture directe et une histoire épurée. Alors qu‘en est-il au final?
Je sors extrêmement déçu de cette lecture, qui semble faire du vide son contenu même. L’histoire de ce père et de son jeune fils traversant des contrées désolées sans véritable but s’annonçait particulièrement excitante, et les possibilités de ce genre d’exercice sont nombreuses. Mais Cormac McCarthy se concentre uniquement sur cette route donnant son nom au roman, qui est le fil conducteur de la survie de ces deux êtres. Deux êtres dont on apprendra peu, et dont les émotions affleurent rarement. Pour narrer cette histoire de déshumanisation, McCarthy utilise un procédé radical consistant à parer au plus pressé, à ne pas essayer de faire de belles tournures de phrases, et à se concentrer sur l’âpreté de la situation. Le principe est plaisant, mais l’utilisation qu’en fait McCarthy n’est pas des plus réjouissantes. L’aspect épuré de l’écriture devient très vite pesant, et les phrases du genre « Il avait un magazine dans la poche de son pantalon et il le sortit et en arracha quelques pages et en fit une torche puis il prit son briquet et l’alluma et la lâcha dans l’obscurité » est plutôt lourd, et ce bouquin bat des records dans l’utilisation du mot « et ». Ces longues phrases répétitives et lancinantes amènent vite à saturation, et malheureusement le récit en lui-même n’est pas plus captivant…
Le père et le fils errent vers une hypothétique mer qui semble plus être un Graal qu’un véritable but, et les différents épisodes qu’ils vivent sont eux aussi répétitifs. Les rencontres sont brèves et sans émotion, et le seul intérêt véritable du bouquin réside dans la précision lors de la recherche de nourriture et de matériel. Ce qui là aussi va rapidement devenir lassant… La Route s’articule sur un récit simpliste (épuré selon les critiques), qui ne parvient pas à faire jaillir l’étincelle nécessaire pour que l’on s’accroche aux personnages. La déception est de taille, l’auteur étant relativement réputé (il a écrit Non, ce Pays n’est pas pour le vieil Homme, transposé à l’écran par les frères Coen).


Il y a des similitudes avec le Walking Dead de Robert Kirkman, même si les zombies sont absents du bouquin de McCarthy. Les deux œuvres s’aventurent dans un registre SF en y appliquant les passages obligés, mais l’émotion ne prend pas à cause d’une absence de caractérisation. Qui est toute volontaire chez McCarthy, cela dit. Mais tout cela se déroule dans une atmosphère brumeuse à la limite de la rêverie, et le résultat est que le lecteur se trouve mis à l’écart de l’action au lieu d’y plonger totalement.
La Route est un récit de fin du monde d’où est banni tout aspect spectaculaire, ce qui n’est pas forcément un mal en soi; mais les choix narratifs de l’auteur et l’absence de propos autre que celui de la solitude et de l’errance ont vite fait de saper toute la bonne volonté du lecteur…

lundi 30 juin 2008

DIARY OF THE DEAD- CHRONIQUE DES MORTS VIVANTS (GEORGE A. ROMERO, 2007)


Sorti le 25 juin 2008

Je ne suis pas particulièrement fan de la série des Morts vivants de Romero, mais l’avant-dernier épisode m’avait paru plutôt sympathique. La perspective de voir le sujet traité à la manière Blair Witch avait de quoi être enthousiasmante, et augurait d’un renouveau certain du film de zombie.
Et Diary of the Dead n’est rien d’autre qu’un énième film gore sans originalité ni crédibilité, où les protagonistes semblent sortir tout droit d’un bon vieux slasher des 90’s à la Scream, l’effet nostalgique en moins. S’il n’y a pas un personnage réussissant à capter l’attention du spectateur, il est alors très difficile de dérouler un récit correct, même si la forme se veut différente. C’est bien simple, la bande de cinéastes amateur fuyant à travers le pays dans un van ressemble à la bande à Scoubidou, avec à peine une touche de frisson en plus.


La psychologie reste engluée dans un schéma de base ultra-classique flirtant souvent avec le ridicule, ce qui handicape déjà grandement le film de Romero. Et c’est d’un bavard! On se croirait dans un pensum sur l’utilisation de la caméra, et les tentatives d’explications sur l’impossibilité du réalisateur de la lâcher sont d’une lourdeur vraiment impressionnante. Le ridicule surgit à de nombreuses reprises, et les dialogues interminables finissent par ôter le peu d’espoir qui subsistait après un pré-générique déjà limite.
Romero fait dans l’horreur intelligente, en préférant se concentrer sur la dénonciation de la perte d’objectivité face à la démocratisation de l’information (tiens, c’est original!) que sur une histoire qui possédait des atouts pour être bien flippante. Le résultat est un film sans rythme enchaînant les dialogues sans intérêt, ponctué de temps à autre d’une courte scène permettant au maquilleur Andy Schoneberg de montrer son talent. Et il en a, mais l’ensemble est tellement dilué dans une sorte de soap ridicule que l’effet est rapidement atténué (la fin dans la baraque à Victor Newman renforce bien cette impression!).


Le coup de la caméra à l’épaule à déjà été fait par d’autres, et en largement mieux. Balaguero, Plaza, Myrick, Sanchez, Reeves… Ces auteurs utilisaient leur objectif afin de créer une tension palpable et novatrice, tandis que Romero essaie vainement de faire sortir quelque chose de sa caméra en pensant que plus il insiste sur le procédé, plus ça va marcher. Au lieu de jouer dans la subtilité et de rappeler simplement à quelques reprises que tout ceci est filmé par les personnages du film, il le dit pendant 1h30 sans discontinuer, laissant même ses chers morts-vivants au second plan. Cloverfield, [REC] ou encore Le Projet Blair Witch savaient doser leurs effets, et savaient quand passer le relais pour simplement rendre flippant ce qui se passait dans le cadre. Romero ne la joue pas de la même manière, et son film s’en ressent. Diary of the Dead n’est qu’une ombre infime de ce qu’il aurait pu être, se sabotant lui-même par le jeu des références qui tombe littéralement à plat tellement c’est absurde (la répétition de la scène de la momie est à ce titre incroyable…). C’est très très lourd, et Papy Romero en a apparemment gardé sous le coude pour un second Diary

mercredi 7 mai 2008

NEW YORK 1997 ( JOHN CARPENTER, 1981)



John Carpenter est un réalisateur qui aura marqué les années 80 de sa patte inimitable, et ses titres de gloire sont légion: Assaut, La Nuit des Masques, Fog, The Thing… Et ce New York 1997 au titre aujourd’hui dépassé mais qui dépeignait un futur à la Orwell assez gratiné pour l’époque. Pour l’époque justement… Parce que cette œuvre visionnaire a bien vieilli depuis…
Ce film qui était pour moi une des œuvres majeures de la science-fiction 80’s lorsque je l’ai découvert à l’époque, a aujourd’hui perdu beaucoup de son charme… Là où je me rappelais d’un film à l’action incessante et aux immenses décors urbains à l’abandon, il reste en fait un film plutôt mou avec un Snake Plissken qui finalement ne fait que se promener dans un paysage apocalyptique. Le travail sur les décors est réussi et tient encore la route aujourd’hui, mais c’est vrai que le scénario reste assez superficiel…


Le personnage qui apparaît sous les traits de Kurt Russell est caractéristique des personnages d’anti-héros qui fleurissaient dans les années 80 (Mad Max, Rambo), et sa caractérisation avec le bandeau sur l’œil et le costume de cuir correspondent bien à son aspect bad guy. Snake est un rebelle macho qui se fout des conventions, et il a la classe! Il est envoyé en mission de récupération dans Manhattan, qui est une immense prison où à été capturé le président. Comme dans l’excellent Doomsday qui en est un remake à peine masqué, New York 1997 est une course-poursuite dans les rues mal famées de cette gigantesque prison sans gardiens, où les habitants survivent comme ils peuvent. Visuellement, le chaos ambiant est très bien rendu, mais les habitants, eux, font très datés. En fait, leurs apparitions sont plus drôles qu’inquiétantes, ce qui enlève beaucoup de crédit au film. Ce qui fonctionnait dans les années 80 a pris un sérieux coup de vieux, et voir un méchant avec des lunettes en plastique bleu fait plus rire que frissonner. En fait, ça fait le même effet que la scène où Arnold se déguise dans Terminator 3...


New York 1997 se regarde avec la boule au ventre, puisque la déception est grande. Pourtant, cette dépréciation n’est pas le lot de tous les films des 80’s heureusement (Invasion Los Angeles est toujours aussi génial!), mais le fait est pourtant avéré. Ici, ça ne tient même pas à l’aspect technique, mais bien à un problème de rythme. La mission de Snake est tout simplement trop calme, et mis à part un combat contre un colosse, il ne se passe pas grand-chose. C’est difficile à dire, mais ce film m’a bien déçu lors de ma dernière vision.
Le casting ne manquait pourtant pas d’ampleur, avec Donald Pleasence en président, Lee Van Cleef en brute, Ernest Borgnine en chauffeur de taxi… Des trognes bien caractéristiques du cinéma des années 60-70, auquel Carpenter a voulu rendre hommage… Malheureusement cela ne suffira pas à hisser le film vers le haut. Tout comme le rôle attribué à l’excellent Issaac Hayes qui est à la limite de la parodie…
Sinon il reste la partition carpenterienne qui est toujours aussi excellente et atmosphérique!

mercredi 16 avril 2008

DOOMSDAY (NEIL MARSHALL, 2008)


Sorti le 2 avril 2008

Dire que Dog Soldiers m’a profondément emmerdé relève de l’euphémisme. Dire que The Descent m’a profondément déçu en serait un autre. Et dire que Doomsday est une pure tuerie en est heureusement aussi. Ça y est, Neil Marshall m’a enfin convaincu avec ce film d’action hors norme au côté geek résolument assumé!
Doomsday commence comme New York 1997 en suivant les traces du soldat Sinclair, et la référence est on ne peut plus explicite quand on la voit avec son bandeau à la Snake Plissken! Son côté impassible et sa détermination la caractérise immédiatement comme une icône du film d’action, ce qui prend totalement à contre-pied le cinéma des années 80 auquel Marshall se réfère… Toute l’intelligence du traitement réside dans les libertés que le réalisateur a pris dans son hommage aux actionners d’antan, et le fait d’avoir une version féminine du Snake dans le premier rôle est excellent! Rhona Mitra est parfaite dans la peau de Sinclair, et offre un jeu à la fois rude et sexy, ce qui est une alternative bienvenue aux machos des 80’s (même si je les kiffe bien ces brave gars!).


La rapidité avec laquelle Marshall balance l’ambiance est étonnante; il place son histoire de virus en quelques instants, et met en place des ressorts dramatiques puissants qui marqueront la suite des événements, notamment en ce qui concerne Sinclair. La violence frontale caractérisant la scène d’introduction marque bien la volonté du réalisateur d’y aller à fond, et le reste du film continuera dans cet esprit bourrin pour le plus grand plaisir du spectateur (un bon petit R-rated, ça ne se refuse pas!). Les têtes coupées et les cuissons maison vont se succéder à un rythme infernal, en ne lésinant pas sur les gros plans qui mettent en avant le remarquable travail du maquilleur Paul Hyett. Neil Marshall est généreux en hémoglobine, et les effets du virus sont particulièrement répugnants…
Cette surenchère fait alors dériver le film vers l’hommage au cinéma bis italien, fort de quelques œuvres plus ou moins réussies comme Les Guerriers du Bronx ou Les nouveaux Barbares. Lorsque les survivants surgissent avec leurs tronches de punks et leurs motos vrombissantes, on se retrouve plongé dans un pur post-nuke à la Castellari, et la référence avec le maître du bis transalpin est tout sauf fortuite. Visuellement, Marshall a totalement remis au goût du jour cette imagerie dépravée et foncièrement déviante, et les bad guys sont aussi mal sapés que cruels. La partie de chasse entre les bidasses et ces racailles s’annonce ardue…
Non content de recycler deux types de films diamétralement opposés, Marshall pousse le vice encore plus loin et se plonge carrément dans une reconstitution moyenâgeuse pendant une petite demi-heure! Et même si ce n’est pas la séquence la plus intéressante, elle recèle quand même des moments forts et se place dans le récit sans souci de continuité. Trop fort ce Neil…


Le score de Tyler Bates est excellent et ajoute évidemment du crédit à ce film complètement barré. La musique additionnelle résolument axée 80’s apporte une touche d’humour mâtinée de respect qui achève de prouver ce que le réalisateur a voulu faire: recréer l’univers débridé et sans limites des séries B et Z qui fleurissaient sur le marché de la vidéo à l’époque, et le réorganiser pour lui offrir une dimension luxueuse qui permettra de réhabiliter ce genre. Et le pari que représentait Doomsday est complètement réussi, le film de Marshall bouffant à tous les râteliers avec une fringale communicatrice et un regard de gamin derrière lequel se trouve un esprit ouvert. Doomsday est un exercice de style génial et abusé, qui multiplie les séquences délirantes (notamment une poursuite automobile entièrement tournée avec des cascadeurs, et non des putains de fond bleu!). Un réalisme physique permettant de donner tout son poids à cet univers surréaliste et apocalyptique.
Et Rhona est tout simplement sublime...

samedi 12 avril 2008

28 SEMAINES PLUS TARD (JUAN CARLOS FRESNADILLO, 2007)


Les zombies ont la côte en ce moment, tout comme les réal ibériques, alors quoi de mieux que de confier la suite du réussi 28 Jours plus tard à un gars prénommé Juan? Le résultat est un spectacle trippant et flippant de haute volée, une claque cinématographique qui nous fait regretter que les zombies n’aient pas appris à courir plus tôt…Les puristes noteront qu’il s’agit en fait de contaminés, puisque les sprinters ne sont pas réellement morts. Mais l’effet est le même, et les hordes de types débraillés et ensanglantés qui courent dans les rues de Londres sont tout ce qu’il y a de plus déchaînées!
Point de départ: l’épidémie qui a ravagé Londres 28 semaines plus tôt semble éradiquée, et le gouvernement décide de repeupler une partie de Londres. La vie reprend donc son cours sous l’œil orwellien de l’armée. Caméras omniprésentes, soldats en faction à chaque coin de rue, snipers en alerte sur tous les toits… Ca ressemble à un cauchemar mais c’est le mal nécessaire pour assurer un retour à la normale. Mais le virus ne va pas tarder à refaire surface, et les nouveaux habitants vont se retrouver pris au piège…
Après une intro d’une radicalité et d’une cruauté incroyable, Fresnadillo ne lâchera plus son spectateur. Les éléments mis en place dans cette séquence à la fois gore et d’une beauté visuelle rare vont être prépondérants pour la suite du film, et les notions de culpabilité et de survie sont traitées avec un réalisme s’éloignant totalement des standards débilitants ayant trop souvent cours dans le film apocalyptique (les héros ridicules à la Resident evil 2 sont donc proscrits). Robert Carlyle (encore lui!) joue un rescapé qui va tenter de reconstruire une cellule familiale, et le jeu de l’acteur est d’une justesse étonnante qui fait de son personnage un être meurtri et aimant, caractéristique des paradoxes finalement humains qui sommeillent en nous et qui sont trop souvent bannis des films. Les personnages des enfants sont eux aussi incarnés par deux très bons acteurs, Mackintosh Muggleton et Imogen Poots, qui j’espère feront parler d’eux un jour! Leur jeu apporte des nuances et un réalisme cetrains, et participe beaucoup à la réussite du film.


Visuellement, 28 Semaines plus tard est une bombe atomique qui fait le lien avec le précédent film de Danny Boyle, mais qui fonctionne également de manière autonome. Loin de plagier son prédécesseur, Fresnadillo prolonge le cauchemar en utilisant à fond les ressources techniques mises à sa disposition, et on se retrouve dans un univers désespéré qui n’est pas sans évoquer les clips de Cunningham pour Aphex Twin, aussi radical que maîtrisé. L’imagerie militaire omniprésente censée préserver la population va basculer dans l’horreur pure, et les séquences hallucinantes de mitraillages et de destruction massive possèdent un potentiel monstrueux! Toujours secondée par une réelle dimension psychologique et émotionnelle, la mise en scène de Fresnadillo est d’une maîtrise rare, optant pour un montage à la limite du lisible lors de certaines scènes d’attaque, mais qui s’en retrouve du coup encore plus terrifiantes à cause de ce manque de compréhension et de cette perte de repère spatial. Il met en image la panique dans ce qu’elle a de plus pur et viscéral, n’hésitant pas à traiter du mouvement de foule irrépressible et de l’effet dévastateur du phénomène d’inconscient collectif. Il s’agirait presque d’une sorte d’étude des masses en milieu hostile en fait, et l’aspect social renforce encore davantage le propos du film!



Un mot sur la musique, qui est tout simplement sublime! John Murphy est un génie qui crée un score immersif à souhait, mêlant des accents oniriques teintés d’un pessimisme du plus bel effet, transcendant des scènes déjà énormes visuellement. L’intro avec Carlyle courant dans les prés avec les infectés à ses basques est tout simplement une des plus belles scènes que j’ai pu voir dans le domaine du fantastique, et la partition de Murphy y est d’une beauté à pleurer…
La scène très choquante des snipers sur les toits symbolise elle aussi cette sensation de déchéance humaine, et son aspect révoltant est d’autant plus fort que la situation est devenue totalement incontrôlable. Enorme tant d’un point de vue humain que gore, 28 Semaines plus tard est une réussite totale qui risque de vous donner des cauchemars, mais qui mérite amplement d’être considéré comme l’un des meilleurs films désespérés de ces dernières années…



mercredi 27 février 2008

CLOVERFIELD (MATT REEVES, 2008)



Sorti le 6 février 2008

La tendance actuelle du cinéma dévoilée à Gérardmer le mois dernier fait état d’un retour à une volonté immersive aussi réaliste que possible. Que ce soit l‘ultra-éprouvant [REC] (qui aurait dû remporter haut la main le Grand Prix, je ne le répéterai jamais assez!), le Diary of the Dead de Romero, ou cet impressionnant Cloverfield, la coïncidence veut que les films tournés en point de vue intradiégétique (la personne qui filme fait partie de l’histoire) reviennent en force longtemps après Le Projet Blair Witch, et les inspirations diverses nourrissant cette renaissance semblent résolument traitées avec une intelligence sans faille.
La grosse bébête de Cloverfield était attendue avec de plus en plus d’impatience, et le résultat est un film apocalyptique aux résonances post-11 septembre tout ce qu’il y a de plus viscéral. Sans plomber le récit par des références directes, les séquences suffisent à plonger le spectateur dans le chaos qu’ont pu vivre les New-Yorkais il y a déjà 7 ans, en jouant à fond la carte de l’ultra-réalisme. Le principe de la caméra portée devient alors naturel et se fond avec aisance dans la catastrophe gigantesque qu’elle filme. Depuis Le Projet Blair Witch, on sait que c’est l’angoisse qui donne envie de continuer à filmer, et surtout le fait de se sentir encore vivant. Le caméraman ne perd donc pas trop de temps en explications, et continue d’immortaliser l’événement tout en essayant d’y survivre.



La première partie destinée à faire connaissance avec les personnages est une fête de jeunes typique, avec le comique de service et les histoires d’amours contrariées classiques. Mais c’est justement dans l’attente de ce qui va arriver que ces petites existences prennent leur sens dans leur futilité même, et lorsque le personnage principal, Rob, se retrouve en train de faire la gueule et que l‘on se dit que ça patine un peu, c’est justement le moment où le premier tremblement a lieu. Drew Goddard, scénariste fidèle du producteur J. J. Abrams depuis Lost et Alias, dynamite l’esprit teen movie que prenait le métrage pour recadrer violemment les objectifs. A savoir la destruction pure et simple de Manhattan, et la fuite du groupe de 5 jeunes afin d’échapper à la créature cauchemardesque. Les acteurs sont plutôt bons et apportent une bone dose d’humanité en variant les émotions qu’ils ressentent. L’urgence de l’instant est on ne peut plus claire, et ils réagissent en conséquence aux désastres qui leur arrivent.


Si l’on pense invariablement à Godzilla, on est loin du film pépère d’Emmerich ou des décors en carton-pâte d’Inoshiro Honda. Les décors grandioses de Manhattan sont plus vrais que nature, et l’utilisation de matte-paintings (les arrière-plans sont peints et les scènes filmées sont incrustées) et d’éléments en 3D sont traités avec un souci du détail énorme. On est à l’opposé d’une stylisation complète à la 300, et tout ce qui est vu apparaît aussi réaliste que possible. Les scènes de désolation avec les tours éventrées, les séquences de combat qu’on croirait tournée en Irak, la foule immense qui se précipite vers le pont de Brooklyn… Et bien évidemment le monstre, au visuel original et aux extensions mortelles… Tout est simplement énorme dans ce film, qui oblige à une immersion ayant rarement atteint un tel degré. On se sent littéralement happé dans cette course à travers une ville ravagée, et la tension ne baissera pas durant tout le film. Nerveux au possible, déroutant et hallucinant, Cloverfield est une vision de cauchemar à l’allégorie à peine déguisée, qui met à mal la suprématie d’une Amérique affaiblie en exorcisant ses démons sous la forme d’une menace biologique terrifiante. Une date dans l’histoire du cinéma, et des émotions brutes convoquant une peur irrépressible de la mort. Un choc viscéral donc, à des années-lumière du sympathique Porteur de Cercueil, film précédent de Matt Reeves (1996 tout de même!), comédie emmenée par David Schwimmer et Gwyneth Paltrow


vendredi 28 décembre 2007

WALKING DEAD (ROBERT KIRKMAN, TONY MOORE, 2003)


Entamée en octobre 2003 aux éditions Image Comics, cette série signée Robert Kirkman et Tony Moore surfe sur le revival horrifique qui bat son plein depuis le succès du 28 Jours plus tard de l’Anglais Danny Boyle. Entre L’Armée des Morts, Resident evil: Apocalypse, Le Territoire des Morts ou le tout frais Je suis une Légende, le mythe du zombie se refait une petite santé.
La scène d’ouverture similaire au film de Boyle (mais également à la dernière scène de Resident evil) voit un flic sortir du coma dans un hôpital totalement désert. Symbolique d’une renaissance douloureuse, elle permet au lecteur de plonger en même temps que son héros dans un monde déjà dévasté. Un procédé très gameplay, qui a l’avantage de ne pas donner trop d’infos en même temps mais de ménager un certain suspens. La découverte des zombies par Rick donne lieu à quelques scènes d’horreur bien gores, atténuée cependant par l’utilisation du noir et blanc de Tony Moore. L’imagerie est plus crépusculaire que sanglante, et le travail sur les dégradés de noir ainsi que les jeux d’ombre rend le dessin captivant.


Mais passée cette introduction, le récit se déroule de manière relativement mécanique, et on a la désagréable impression de suivre le fil du scénario sans que le travail sur l’émotion permette d’en oublier la construction. Rick rencontre des survivants dans ce monde apocalyptique, mais chacun semble être doté d’une fonction précise, à laquelle n’est malheureusement couplée aucune émotion. La psychologie est donc sommaire, et cette légèreté aurait pu être rachetée par des traits d’humour, mais le tout reste malheureusement trop sérieux. On assiste donc à une succession de scènes nécessaires (incursions dans la ville infestée, attaque du camp par des zombies) avec un certain détachement, comme si le sort des personnages importait peu, et que tout était concentré sur l’intérêt graphique. Un peu comme un jeu vidéo pas très prenant, qui propose de passer différents niveaux sans trop se soucier de la véracité des personnages. Ce qui peut encore passer sur console, où l’immersion est à la fois visuelle et sonore, mais qui est beaucoup plus délicat dans un comics.



Quelques passages ou allusions possèdent un certain potentiel, comme le jeune Glenn qui s’aventure tous les jours dans la ville, le vieux qui vit avec deux jeunes femmes dans son camping-car, la réaction du survivant qui a été mordu… Quelques petits éclairs qui font onduler la surface trop lisse de ce comics, mais qui ne suffisent pas à le rendre captivant.
Walking Dead emprunte donc tout ce qu’il peut à l’imagerie classique du zombie, mais ne parvient pas à le transfigurer par un traitement personnel ou original. La thématique de la survie post-apocalyptique ne véhicule aucun message précis, comme c’est souvent le cas dans les films,qui en profitent pour égratigner la société de consommation. Ce premier volume contenant les 6 premiers épisodes laisse donc le lecteur sur sa faim...

jeudi 20 décembre 2007

JE SUIS UNE LEGENDE (FRANCIS LAWRENCE, 2007)



Sorti le 19 décembre 2007


Richard Matheson est un touche-à-tout qui nous aura donné un nombre considérable de romans et nouvelles, de scénarii pour la télévision et le cinéma. Son style descriptif que certains qualifieraient de rudimentaire donne d’emblée une texture très cinégénique à ses écrits, et il n’est pas étonnant de voir Hollywood s’emparer de ses histoires. Je suis une Légende est la troisième adaptation du roman éponyme, après The last Man on Earth (Ubaldo Ragona) en 1964 et Le Survivant (Boris Sagal) en 1971. Will Smith succède ainsi à Vincent Price et Charlton Heston dans cette aventure post-apocalyptique où un homme seul tente de survivre aux créatures nocturnes qui hantent une New York déserte. Mais il doit aussi se protéger de la folie qui le guette dans son immuable solitude…
La matière du roman est propice à des visions dantesques édifiées aux moyens de CGI puissants, et voir une New York complètement dépeuplée et envahie par la végétation est un spectacle qui tient à la fois de l’absurde et de l’onirique. Voir des cerfs courir sur la 5ème avenue ou un troupeau de lions en pleine ville est assez surréaliste, même si les images de synthèse sapent par moments la véracité de l’instant par leur caractère trop factice. C’est dans cet environnement crépusculaire que vit quotidiennement Robert Neville, rescapé de l’épidémie qui a décimé la population 3 ans plus tôt.




Les scénaristes Akiva Goldsman et Mark Protosevich ont gagné du temps en faisant de Neville un scientifique militaire, alors qu’il devait apprendre de lui-même comment mener ses expériences dans le roman. Car Neville est immunisé contre le virus, et il souhaite trouver un vaccin qui mettra un terme à cette maladie. L’aspect aseptisé du sous-sol est en contradiction totale avec la tranquillité des étages, et ce dédoublement est à mettre en rapport avec la lente érosion de sa personnalité. La solitude et le désespoir percent chaque jour davantage la carapace que Neville s’est forgée, et le point de départ du récit est justement prétexte à une étude comportementale face à une situation de crise. Ce qui est abordé tout au long du film, mais qui aurait pu aller encore plus loin. Tout comme dans le roman, les scènes de complicité avec le chien donne toute leur dimension à l’humanité qui habite encore Neville, et dans les deux versions, leur écriture est admirable. La prestation de Will Smith est d’ailleurs incroyable et captivante dans ces moments-là. Il est de toute façon excellent durant tout le film, mais il est lentement pris au piège de la linéarité du récit, piège qui guettait déjà le roman. L’alternance des journées passées à se procurer des provisions et à tenter de joindre d’autres personnes, et les nuits à attendre derrière les volets blindés que les cris cessent et que le jour se lève. Une dynamique particulière se met en marche en fonctionnant sur ces deux états, dynamique simple parfois accentuée par des éclats de noirceur, comme la première incursion en territoire ténébreux, angoissante et claustrophobe à souhait.






Mais ce qui frappe le plus dans ce film, c’est son côté sombre, à la limite du déprimant. C’est plutôt particulier pour un film de studio de cette envergure, et même si l’on adhère pas forcément à ce genre d’ambiance, il faut reconnaître qu’elle est menée efficacement. Je suis une Légende est un film éprouvant, et les scènes chocs avec les infectés sont bien flippantes. Visuellement très réussies, ces créatures de l’ombre sont parmi les plus cauchemardesques que l’on ait pu voir au cinéma (merci qui? L’incontournable Tatopoulos, évidemment!). Le bémol que l’on peut faire par rapport à ces créatures est l’absence de confrontation entre Neville et le chef de meute, comme c’était le cas dans le roman et dans Le Survivant. Il n’est donc pas nommé ici (Ben Cortman initialement) et ne cherche pas à tenter Neville ou à le rendre fou. Une thématique inexplorée donc, mais Lawrence à préféré conserver l’aspect purement animal de ces créatures.
Situé dans un même registre que 28 Jours plus tard avec lequel il est impossible de ne pas le comparer (même si la genèse du Matheson dure depuis plus d’une quinzaine d’années), Je suis une Légende est un film solide et éprouvant, et prouve encore une fois que Will Smith est un putain d’acteur!