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mercredi 24 septembre 2008

TWIN PEAKS (MARK FROST, DAVID LYNCH, 1990)




C’est en 1990 que cette série qui allait marquer l’histoire télévisuelle débarque sur le petit écran. C’est juste après Sailor et Lula que David Lynch tente l’aventure feuilletonesque avec la complicité de Mark Frost.
Résolument hors norme, cette série est d’une intelligence rare et bénéficie d’une ambiance particulière et totalement atypique. L’immersion dans la ville de Twin Peaks nichée à flanc de montagne dans le nord américain est immédiate et irréversible. L’écriture à 4 mains de Frost et Lynch est d’une limpidité et d’une complexité géniales, offrant au spectateur des dizaines de personnages denses et uniques qui vont s’entrecroiser le temps de 2 saisons et 29 épisodes.
Le leitmotiv de Twin Peaks va être l’enquête sur la mort de Laura Palmer, figure emblématique et puissante qui marque les lieux de son aura mystérieuse. Tantôt fuyante, tantôt légèrement dévoilée, Laura Palmer est à la fois le nœud de l’intrigue et celle qui va relier tous ces personnages étranges dans un maelström d’intrigues secondaires. Sa mort lui donne une dimension mythique, et les découvertes progressives sur sa vie ne vont faire qu’accentuer cette impression.


Pour venir à bout de cette enquête, un inspecteur du FBI est dépêché sur les lieux, et quel inspecteur! Il s’agit de Dale Cooper, personnage complètement iconoclaste et pourvu d’un sens du détail qui ferait passer Sherlock Holmes pour un gamin attardé! Personnifié par un Kyle MacLachlan flirtant avec le génie, l’agent Cooper est un personnage fascinant et imprévisible, et il va rapidement être à l’aise dans cette ville si particulière…
Le travail de Frost et Lynch ne repose pas uniquement sur les personnages et les intrigues multiples, mais il se fait aussi au niveau de l’atmosphère intense qui plane sur cette ville. Twin Peaks est une vieille ville plantée en plein milieu de la nature, et sa position même lui donne des airs presque fantastiques. Les visions crépusculaires de cette ville touchent littéralement à l’inconscient (procédé déjà éprouvé par Lynch sur Eraserhead, et finalement dans tous ses films!), et les émotions qu’elles procurent sont d’une intensité rare. Les plans d’un carrefour désert, la caméra qui s’attarde sur les boiseries de l’hôtel, le lent panoramique sur la cascade locale… Tout semble sorti tout droit d'une rêverie étrange, et la conception même de cette histoire semble issue d’une autre réalité. A aucun moment on ne sent l’auteur qui écrit son récit, mais chaque geste, chaque parole, chaque situation surgit avec une vie qui lui est propre. C’est vraiment unique, et les épisodes se suivent avec un intérêt qui ne se dément jamais.


La galerie de personnages recoupe des femmes bafouées, des parents endeuillés, des liaisons secrètes, des manipulations… Le calme qui existe à Twin Peaks est fragile, et cache quelque chose de sourd et opaque, une chape de mystère dans laquelle les habitants évoluent sans le savoir. Comme si les lieux étaient plus forts que leurs propres volontés, et que tous ces destins ne pouvaient exister qu’ici…
Avec un pilote et 8 épisodes, Mark Frost et David Lynch entament une aventure passionnante qui se poursuivra dans une ultime saison constituée de 21 épisodes. Une disposition bancale, mais en adéquation totale avec le ton de la série et ses intrigues surprenantes. Il est très rare qu’une série aussi courte marque autant les esprits, mais si vous n’avez jamais mis les pieds dans cette petite ville si tranquille, je vous conseille de vous y rendre sans plus attendre, vous allez vite comprendre ce qu’elle a d’adictif!

samedi 10 mai 2008

LES MAITRES DE L’HORREUR SAISON 1 (MICK GARRIS, 2005)



Il y a 3 ans, la chaîne américaine Showtime frappait un grand coup en réunissant 13 réalisateurs (plus ou moins) versés dans l’étrange et le sanguinolent. Cette première saison des Maîtres de l’Horreur donnera naissance à 13 films très différents, mais tous centrés sur la peur et le sang.
Un casting démentiel a été réuni par Mick Garris, l’instigateur du projet, qui est à la télévision ce que Frank Darabont est au cinéma: le metteur en scène officiel de Stephen King. A son crédit, les adaptations du Fléau, de Shining, d’Un Tour sur le Bolid’ et de Désolation.
Les épisodes qu'il produit pour cette anthologie vont voir des artistes sortir du lot, mais aussi certains se reposer sur leurs lauriers. L’ensemble est intéressant, même s’il n’est pas aussi passionnant que ce à quoi on pouvait s’attendre. Mais ne faisons pas la fine bouche, et (replongeons-nous dans cet hommage aux films à sketches d’antan…
Ce qui est particulièrement frappant au vu de tous ces épisodes, c’est la vision d’une figure féminine diabolique. Dans La Belle est la Bête de John Landis, c’est une femme-cerf qui met les flics à rude épreuve. Aussi belle que dangereuse, cette créature issue du folklore amérindien prend les traits de la sublime Cinthia Moura. Le jeu silencieux de l’actrice passe en un plan du sourire charmeur au visage empli de haine. Etonnant et très efficace… Et c’est l’excellent Brian Benben, le héros de la série Dream on, qui en fait les frais! Dario Argento quitte les ambiances giallesques et compose avec Jenifer une œuvre étrange centrée sur une femme aussi repoussante qu’attirante, et il explore les frontières de cette dualité. L’attirance morbide de ce flic pour la mystérieuse Jenifer est très frontale, et donne un film atypique, à la fois dérangeant et réussi. Les amants d’Outre-Tombe de John McNaughton poursuit dans cette veine féminine en créant une ambiance gothique plutôt réussie, mais avec un rythme trop calme pour convaincre.


L’un des épisodes les plus marquants de cette saison est sans doute celui de John Carpenter, qui est à des années-lumières de ce qu’il fait habituellement. La Fin absolue du Monde est une œuvre angoissante qui n’offre aucune porte de sortie, et cette radicalité étonnante est très bien maîtrisée. Un cauchemar étouffant proche de l’Enfer… La Maison des Sévices de l’ultra-dérangé Takashi Miike est lui aussi bien radical, mais dans le mauvais sens du terme. Son épisode se concentre simplement sur la torture d’une jeune femme, et apparaît comme purement gratuit et malsain. Encore un délire du père Miike qui devrait ravir ses fans hardcore, et dégoûter les autres.
L’humour est aussi présent dans cette saison, notamment avec le Serial Auto-Stoppeur de Larry Cohen, qui place une jeune femme entre deux tueurs en série au beau milieu d’une route isolée. Les personnalités des bad guys sont plutôt bien définies, et le scénario particulier de cette confrontation est intéressant. Vote ou crève de Joe Dante est une satire du film de zombie, où les morts se relèvent pour aller au bureau de vote et modifier ainsi les résultats! Une charge bien appuyée qui, passée l’originalité du propos, se perd dans une allégorie bancale.

Des morts vivants au programme du très mou La Danse des Morts de Tobe Hooper (avec Robert Englund!), une vilaine sorcière dans le réussi Le Cauchemar de la Sorcière de Stuart Gordon, un boogeyman forestier dans le très moyen La Survivante de Don Coscarelli… Toutes les variétés horrifiques sont présentes, et sont traitées avec plus ou moins de succès…

Lucky McKee réalise avec Liaison bestiale un film étonnant et charnel, dont le côté Hidden est traité avec une vision très personnelle. L’un des meilleurs épisodes… William Malone traite des enlèvements d’enfants avec La Cave, et le basculement du réalisme vers le surnaturel est plutôt bien traité. Et enfin, Mick Garris, l’hôte de ces nuits épouvantables, met en scène Chocolat, une histoire très originale d’un homme percevant à distance les sensations d’une femme, et qui part à sa recherche car il en est tombé amoureux. Une réalisation soignée et un propos très étrange pour un épisode aux limites de la folie.
Une première salve sympathique donc, même si certains réalisateurs nous laissent sur notre faim. Mais l’ensemble est asses consistant pour susciter l’intérêt!

vendredi 9 mai 2008

ROME SAISON 2 (BRUNO HELLER, WILLIAM J. MACDONALD, JOHN MILIUS, 2006)


La deuxième saison prend le pas de la première immédiatement après la mort de César, alors que celui-ci gît dans le sénat et que Marc Antoine tente de fuir les assassins de l’empereur. La continuité est de mise pour cette deuxième partie, dans laquelle les crimes, les trahisons et les orgies vont se poursuivre de plus belle.
César est mort, et Marc Antoine va se dresser contre les assassins Brutus et Cassius, qui ont fui la ville. C’est le début d’une ère nouvelle, à la fois chaotique et pleine de surprises, notamment en ce qui concerne le fils d’Atia, maîtresse de Marc Antoine. Le jeune Octave est en effet désigné comme seul héritier du défunt empereur, ce qui n’est pas sans vexer Marc Antoine. Une rivalité solide commence entre les deux hommes, avec au centre une Atia plus machiavélique que jamais.



Cette deuxième saison conserve tout le charme de la première, et perpétue cette renaissance de la Rome antique. La magnificence des décors et le faste des banquets est secondé par un travail scénaristique d’envergure, qui traite l’Histoire avec respect tout en créant une dramaturgie certaine. Les auteurs suivent donc le cours de l’Histoire en se permettant quelques entorses, mais le traitement est tel qu’elles sont justifiées par le caractère fictionnel des personnages centraux de Lucius et Titus.
Ca fait bien plaisir de retrouver les deux ex-soldats, qui en ont bien bavé durant la saison 1. Le caractère de Lucius s’est durci, et celui de Titus s’est attendri. Une sorte d’échange de personnalité qui assure une certaine complexité à la trame de cette saison. Lucius et Titus s’engagent sur des chemins ardus, et leur amitié à toute épreuve est l’un des éléments centraux de cette série.


Mais cette deuxième saison permet à Marc Antoine de se lâcher, et James Purefoy est tout simplement excellent dans ce rôle. Il assure un côté résolument bon vivant à ce personnage hors norme, et son jeu d’acteur est génial. Marc Antoine est avec Octave l’un des deux personnages clés de cette saison, et James Purefoy ne se prive pas pour le moderniser comme il lui semble. Sa prestation est tout simplement remarquable tout au long de la série.
Octave est quant à lui plus froid et calculateur, et leurs personnalités ne sont pas leurs seuls motifs d’opposition. Il agit en tant qu’héritier de Jules César et entend bien faire entendre sa voix au sénat, et il joue son rôle de fils spirituel avec une dévotion et un acharnement intenses.
Les rouages de la politique, ainsi que les complexités familiales vont voir se dérouler au sein de Rome des alliances et des trahisons insoupçonnées, et cette saison s’avère très riche en rebondissements. Qu’ils soient réels ou fictifs, ces coups de théâtre n’en sont pas moins menés avec un sens consommé du suspense, et les auteurs nous convient à une véritable moisson de changements. Qu’il s’agisse de la haine entre Servilia et Atia, de la destinée des enfants de Vorenus ou des retrouvailles avec Cléôpatre, cette saison reste marquée par une écriture remarquable. Les rivalités entre les collèges de l’Aventin sont plus fortes que jamais, la naissance du triumvirat est très fragile, et la crise politique est très grave. Une atmosphère confuse règne à Rome, et les jours à venir sont hasardeux.


Mais ce que démontre clairement cette saison, c’est la suprématie des femmes, qui gouvernent dans l’ombre et qui font des hommes leurs pantins.Une situation évidente quand on voit comment rusent Atia et Cléôpatre, et le destin des nations semble inexorablement lié à leur bon vouloir. Si Rome est une série de guerriers, elle est aussi une série de femmes de pouvoir… La sexualité débridée qui a lieu dans les palais influe donc considérablement sur les choix stratégiques, et la mise en scène crue de ces instants fait partie de la légende de cette série, qui ne cache pas grand-chose. Ni dans le sexe, ni dans le sang…

mardi 29 avril 2008

ROME SAISON 1 (BRUNO HELLER, WILLIAM J MACDONALD, JOHN MILIUS, 2005)


Lancée par la chaîne câblée HBO (Oz, Les Soprano), Rome est une relecture résolument moderne d’une page historique qui a déjà été traitée à de nombreuses reprises. Centrée sur l’opposition entre les généraux Jules César et Pompée le Grand, cette première saison se déroule entre -52 avant JC et -44 avant JC. Si les cours d’histoire du collège vous arrachaient des bâillements, testez donc cette version-là, vous risquez d’y prendre goût!
La colonne vertébrale du scénario suit Lucius Vorenus et Titus Pullo, deux centurions sous les ordres de César. Si ces deux personnages ont réellement existé, les scénaristes en font deux figures fictives qui permettront aux spectateurs de s’immiscer dans la population romaine. Les deux héros vont être les témoins et les acteurs de changements politiques d’envergure, et leur points de vue de soldats et de citoyens apporte un éclairage très intéressant sur les agissements de Pompée et de César.
Mondialement connue, l’histoire de César et de son destin hors norme en ont fait un personnage quasi mythologique. La plongée historique à laquelle nous convie cette série permet de mieux appréhender l’homme de terrain, le stratège et l’empereur qu’il a été. Loin de déifier le personnage, les auteurs en font un portrait captivant, dévoilant une personnalité rusée, sachant utiliser les convictions du peuple et usant de stratagèmes efficaces pour s’assurer les bonnes grâces des dieux.



Jules César est un individu redoutable et aimé du peuple, et Rome suit son parcours de son ascension après sa victoire en Gaule, jusqu’à sa fin brutale lors de son assassinat en plein sénat. Cette tranche d’histoire est menée avec beaucoup d’intelligence en ne se focalisant pas uniquement sur Jules César, mais en mettant en scène toute une galerie de personnages extrêmement travaillés gravitant dans la sphère romaine. Outre Lucius et Titus, on découvre Atia, une femme noble adepte des trahisons et du mensonge; son fils Octave, qui du haut de son jeune âge possède une intelligence et un sens de la stratégie remarquables; Servilia, une maîtresse de César; Marc-Antoine, maître de cavalerie de l’empereur; et encore des dizaines d’autres…
Toute l’intelligence de cette série repose sur une écriture moderne permettant de donner tout son sens aux actions des personnages. Loin des stéréotypes qui peuvent plomber les reconstitutions historiques, Rome traite ses héros avec impartialité et refuse tout manichéisme. C’est simple, dans cette série, tous ont quelque chose à se reprocher, et quand un personnage semble bon, il se passe toujours quelque chose qui va le faire basculer dans le mal. Les notions de pardon et de rédemption sont très présentes, mais celles de trahisons et de meurtres également. Rome est similaire à une ville de Sodome, où la luxure et la corruption règnent en maîtres. Le sexe se pratique devant ses serviteurs, et est un outil politique indéniable.
Le casting de cette série est de très haut niveau, avec en tête Kevin McKidd et Ray Stevenson (le prochain Frank Castle dans Punisher: War Zone!) dans les rôles respectifs du vertueux Lucius et du dépravé Titus. Des personnages auxquels on s’attache mais qui ne le méritent pas forcément… Ciaran Hinds joue le rôle de César à la perfection, et lui insuffle une dignité encore augmentée par sa ressemblance avec Alfred Molina. Polly Walker campe une Atia totalement vile et détestable, et pourtant très attirante… Pas une seule faute de goût dans ce casting irréprochable!



Crue, sensuelle et violente, Rome est une série rare qui rappelle que la politique a toujours été une guerre d’usure entre privilégiés, et l’hypocrisie la plus totale régnant au sénat n’est pas très loin de ce qui se passe aujourd’hui dans les auditoriums (quand ces messieurs ne dorment pas). Rome pointe du doigt avec lucidité les procédés allant de la corruption aux meurtres politiques, en passant aussi par un lâcher d’oiseaux bien calculé lorsque César a besoin d’un signe des dieux pour asseoir son autorité, où l'utilisation bien dosée des graffitis! Des pratiques osées mais qui fonctionnent…
Rome est une œuvre tout simplement géniale par la densité même de son récit, et l’extrême soin apporté aux reconstitutions. Même si elle se permet des écarts par rapport à la réalité historique, elle conserve tout de même une véracité certaine, doublée d’une dimension dramatique puissante. Ah oui, deux choses: tout d’abord, oubliez Monica Bellucci dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre: la Cléopâtre de Rome est bien plus intéressante, et résolument charnelle… Et contrairement à la croyance très répandue, Brutus n’est pas du tout le fils de César, et la célèbre phrase « Tu quoque mi fili » (toi aussi mon fils) marque en fait l’affection de César pour celui qu’il considérait comme un fils. Phrase qui est absente de la série d'ailleurs...


lundi 24 décembre 2007

PRISON BREAK SAISON 3 (2007)



le jeudi à 20h50

Michael Scofield est un homme chanceux. A peine a-t-il réussi à s’évader du pénitencier de Fox River qu’on lui propose de passer au niveau supérieur. Exit donc les joies du travail en communauté et les plaisirs de l’origami, la nouvelle prison de Sona est plus ciblée combats à mort et alliances improbables. Et cette fois-ci, Michael n’a pas la porte de sortie sur lui…
La fin de la deuxième saison voyait un Lincoln Burrows innocenté et un Michael emprisonné. Les dernières images du show promettaient une suite des plus spectaculaires, avec un Bellick ensanglanté gisant sur le sol, Mahone et Scofield arrivant côte à côte au pénitencier sous une pluie accablante, et cette dernière image qui ironise le tunnel lumineux de la mort, lorsque Michael franchit le point de non-retour et atteint un monde totalement éloigné de ce qu’il a pu connaître.


Ce pénitencier de Sona a pour particularité d’avoir été abandonné par ses geôliers suite à une mutinerie. La conséquence directe de cette désertion est un univers carcéral régi par les prisonniers eux-mêmes, et Scofield débarque donc dans un univers aux règles bien particulières, censées fonder la légitimité de ce groupe vivant en autarcie. Un individu se détache de cette population en incarnant le patriarche de cette communauté, une sorte de Parrain régnant sur ses mauvaises troupes. Norman St. John (joué par Robert Wisdom) est guidé par l’aspect grisant du pouvoir et se laisse régulièrement aller à des extrémités totalement gratuites. Un individu dangereux qui aura Michael dans le collimateur dès le début. Un Michael Scofield dont l’assurance va être sévèrement remise en cause, puisque cette fois-ci il n’est pas entré de son plein gré dans cette prison, et qu’il n’a aucune connaissance sur le bâtiment ou sur ses occupants. Bref, la survie dans ce milieu hostile semble précaire, d’autant plus qu’un groupuscule extérieur va le forcer à tenter une évasion afin de libérer un homme, James Whistler (Chris Vance). La mission est donc encore plus périlleuse que dans la première saison, et la liberté provisoire de la deuxième saison fait place à une ambiance oppressante ponctuée de violence et de morts brutales.
Il n’y a qu’à voir la triste évolution de Bellick pour clarifier la situation: l’ancien gardien sadique est en train de payer sa dette, puisqu’il en est réduit à se balader en slip et à quémander une bouffe que personne ne lui donne. Tailladé, misérable, affamé, il sert de défouloir aux prisonniers et son statut d’être humain n’est plus qu’un lointain souvenir. Sa disgrâce est impressionnante, et le choc de sa dernière apparition en fin de saison 2 était annonciateur des épreuves qu’il vit actuellement dans la 3.


Mais Sona est aussi le lieu des retrouvailles entre Scofield, Bellick, Mahone et le répugnant T-Bag, et un jeu d’alliances improbables va alors se mettre en place. Des motivations plus ou moins altruistes vont les obliger à s’unir, et les conséquences dramatiques sont énormes. La chasse à l’homme semble s’être déroulée il y a des siècles, et les positions que chacun tenait alors ont totalement volé en éclat, la fonction de chaque personnage ayant irrémédiablement été modifiée. Les scénaristes ont réussi un tour de force équivalent à ce qu’ils avaient fait pour la deuxième saison: prendre les mêmes personnages et les placer dans un environnement totalement différent, en leur donnant un but tout autre. Chaque saison est marquée par une ambiance propre et des situations spécifiques, et cette troisième saison n’est pas un retour à la case départ.
Entre le début du show et sa continuation actuelle, les différences sont énormes, tant en éléments dramatiques que dans la puissance évocatrice de ses lieux. La troupe de réalisateurs de Paul Scheuring retranscrit un univers carcéral étouffant aux codes sociaux réducteurs. La fange des égouts, l’inéluctabilité des combats à mort, les disparités de classe entre les prisonniers, tout concourt à mettre le feu aux poudres de cette prison livrée à elle-même. La dureté de certaines scènes est nécessaire pour recentrer le contexte et les enjeux, et l’imagerie crade utilisée n’a rien de gratuit. Pour exemple, la tentative d’évasion possédant des ramifications souterraines avec ce qui a pu se passer pendant la seconde guerre, avec cette image d’un homme décharné et titubant derrière les barbelés. Un symbolisme fort qui renforce la dimension tragique de cette saison, et qui promet des épisodes aussi immersifs qu’étouffants…