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samedi 13 septembre 2008

LES GUERRES SECRETES (JIM SHOOTER, MIKE ZECK, 1984)



Attention, l’événement est historique, puisque Panini a réédité pour la première fois les fameuses Guerres secrètes qui ont tenues en haleine les lecteurs de Marvel durant toute une année. De mai 84 à avril 85 s’est en effet déroulé le tout premier crossover dans le monde des comics, et l’on doit cette révolution à la Maison des Idées.
Tout est en fait partie d’une vision assez mercantile, puisque Marvel voulait concurrencer ses adversaires dans le monde des figurines et créer une série de petits bonshommes en plastique avec les tronches de Captain America et de Galactus dessus. Le rédacteur en chef de l’époque, Tom DeFalco, suit les recommandations du fabricant de jouets et engage des auteurs afin de créer un récit qui mêlera tout un pan représentatif du bestiaire de l’éditeur afin de le faire coïncider avec la sortie des figurines. Cette maxi-série en 12 épisodes va cartonner, et va changer la face des comics à jamais…
Pour rassembler deux douzaines de super-héros et de super-vilains, il faut quelque chose de grand, de cosmique et d’apocalyptique. Jim Shooter, chargé du scénario, va mettre en avant une sorte de jeux du cirque cosmique arbitrés par un être mystérieux et aux pouvoirs démesurés, le Beyonder. Celui-ci fait venir les participants qu’il a sélectionné et les place sur Battleworld, une planète patchwork qu’il a constitué en un clin d’œil afin que les bons et les mauvais s’affrontent.


Ces Guerres secrètes ont toujours résonnées comme une promesse d’aventures étranges et intersidérales, et les nombreuses allusions qui ne manquaient pas dans les comics que je lisais à l’époque m’avaient toujours donné envie de découvrir ce qui se cachait derrière ce titre aussi énigmatique qu’accrocheur. C’est enfin chose faite aujourd’hui, et même si l’impact est évidemment moins fort que ce à quoi je m’attendais après toutes ces années, je dois dire que ce récit reste une œuvre réussie et captivante. Evidemment, il faut se laisser aller au manichéisme 80’s (même si quelques retournements de situations sympathiques changent parfois la donne) et aux dessins naïfs hérités de deux décennies de super-héros vindicatifs. Mais l’atmosphère instillée par Jim Shooter et Mike Zeck permet de donner corps à cette confrontation globale qui s’avère finalement réjouissante, même si scénariser l’ensemble devait être une tâche plutôt complexe. Avec 19 super-héros et 14 super-vilains, pas facile de s’y retrouver dans l’élaboration d’un script qui tienne la route! Mais Shooter parvient à donner une cohésion à l’ensemble en mettant en avant par intervalles différents protagonistes, et en jouant sur la différence mutante avec un sens de la paranoïa qui était toujours aussi actif à l’époque…


Les Vengeurs se retrouvent quasi-complet, accompagnés de 3 des 4 Fantastiques (Mr. Fantastic, la Torche et la Chose); et les X-men du Professeur Xavier répondent présents, bien qu’ils fassent bande à part et restent à l’écart des aventuriers humains. En face d’eux, des adversaires aussi variés que Galactus, Fatalis ou l’Homme-Molécule, qui vont leur donner bien du fil à retordre…
Les Guerres secrètes est un récit surfant sur la vague des œuvres cosmiques très en vogue depuis les années 70, et ce tout premier affrontement de masse s’avère plutôt réjouissant! Hulk fait équipe avec Spider-Man et Colossus pour contrer les Démolisseurs et le Lézard, et des nouveautés bien trouvées vont marquer à jamais le monde Marvel. C’est le cas avec un certain costume noir trouvé par le Tisseur… Ou encore l’apparition de nouveaux personnages issus directement de ce crossover…
Jouant sur les rebondissements et les jeux d’alliances avec un art consommé, Jim Shooter emballe son récit par une dynamique sûre, et fait de cet affrontement aux répercussions titanesques une œuvre séminale qui a certes pris un coup de vieux, mais qui fonctionne toujours grâce à une certaine nostalgie…

dimanche 31 août 2008

ALIAS 1: LE PIEGE (BRIAN MICHAEL BENDIS, MICHAEL GAYDOS, 2001)


Motivé par les critiques de Matt Murdock (je ne sais pas comment mettre les liens, mais allez tout en bas de cette page pour avoir le lien sur son site, ça vaut le coup d'oeil) , je me suis lancé dans la série Alias publiée chez Marvel à partir de novembre 2001. Rien à voir avec Jennifer Garner, cette Alias étant une boîte d’investigations. La seule salariée d’Alias s’appelle Jessica Jones, et est une ancienne super-héroïne ayant décrochée (oh, un jeu de mot subtil!) pour se lancer dans une carrière de détective privé.
Brian Michael Bendis aime le polar, c’est connu. Et il inaugure la collection Max avec ce récit aux tonalités sombres et aux machinations tordues, où la pauvre Jessica se lance dans une affaire extrêmement louche. Le récit réserve des zones d’ombre et des surprises écrites avec beaucoup de soin par un auteur talentueux. On est immergé dès le début dans cette histoire que Bendis traite avec beaucoup de sérieux, mais aussi avec une certaine dose d’autodérision. Le regard qu’il porte sur l’univers Marvel est celui d’un véritable connaisseur bénéficiant d’un redoutable sens critique, ce qui donne à son œuvre une dimension particulière. Un petit exemple de dialogue entre un flic et Jessica lors d‘un interrogatoire: « Dites, les Fantastiques… Vous les avez déjà rencontrés? Je les adore. -Non. -Non? -J’ai croisé le grand type orange. -La Chose. -Oui. -Il est béton. Sans jeu de mots. -Oui. Bon, si on… -Il est comment? -Grand et orange. Je peux retourner vivre ma vie? »



L’autre atout considérable de cette série est le dessin de Michael Gaydos, qui évoque beaucoup le style épuré de John Paul Leon, notamment sur Les nouvelles Aventures de Cyclope et Phénix. Gaydos choisit des tonalités très ternes en faisant varier les bleus et les rouge, captant immédiatement l’atmosphère que Bendis souhaite imprimer à la série. La vie nocturne, la fumée des cigarettes, les bars déserts… On est dans un véritable polar, qui bénéficie d’une mise en scène remarquable. Gaydos modifie constamment sa mise en pages, passant du simple champ-contrechamp au découpage d’image (Jessica sur les escaliers, l’image coupée en 4 cases, symbolique de la dégradation de son moral), où utilisant le procédé très cinématographique du zoom avant. De prime abord, l’austérité des dessins peut rebuter, mais leur richesse visuelle se dévoile très rapidement, et en fait un élément essentiel de la série, qui perdrait beaucoup de poids si elle était racontée de manière plus classique.



Bendis fait en plus appel aux connaissances des lecteurs, en remettant au goût du jour le personnage de Man Mountain Marko, le colosse apparu pour la première fois dans Amazing Spider-Man 73 de juin 1969, et qui est un vilain de seconde zone que ça fait bien plaisir de revoir! Luke Cage et Matt Murdock (pas celui du blog, l'autre...) passent également faire un tour…
Alias est l’une des séries les plus captivantes du moment chez Marvel, et si vous appréciez les bons polars, plongez-y!

dimanche 17 août 2008

MARVEL TOP 11: LA RENAISSANCE DES HEROS (PETER DAVID, SALVADOR LARROCA, 1997)


Souvenez-vous: en juillet 96, le monde Marvel affrontait le redoutable Onslaught, et de nombreux héros trouvèrent la mort en réduisant leur adversaire à néant. La population pleura ses héros disparus, qui ne l’étaient pas tout à fait. En fait, Franklin Richards, le fils de Mr Fantastic et de l’Invisible, avait utilisé ses immenses pouvoirs pour créer un monde dans lequel il avait envoyé les héros que l’on croyait mort. Durant toute une année, les Fantastiques, les Vengeurs, Captain America et Iron Man virent leurs aventures recommencer à zéro. Nouvelle existence, nouvelle transformation, nouveaux combats. Mais il s’agissait en fait d’une parenthèse, puisque le moment est venu pour eux de regagner leur ancien monde…
Franklin se promène partout avec son globe bleu qu’il protège sans connaître sa véritable fonction. Alors qu’il se trouve dans les marais de l’Homme-Chose, la céleste Ashema lui apparaît afin de lui poser un dilemme cornélien: les deux mondes ne peuvent pas coexister, et le jeune garçon va devoir choisir lequel il va sauver.
La Renaissance des Héros est un crossover mettant en scène de nombreux héros Marvel, en se focalisant bien évidemment sur Franklin qui est la pierre angulaire du récit. En envoyant ses parents dans un autre univers, il les a évidemment sauvé, mais il se retrouve du coup seul. Ashema le cueille à froid en lui demandant de choisir, ce qu’il ne peut pas se résoudre à faire. Sa naïveté et sa vision du bien rendent son choix très difficile.



Un autre élément central du récit est la dualité de Hulk, puisqu'il est scindé en deux entités, celle de Bruce Banner évoluant dans l’univers de Franklin, et celle du monstre vert étant resté sur Terre. Cette dissociation est un aspect très intéressant de cette mini-série, puisqu’elle est aussi une des clés pour la survie de ces univers. La séparation des entités Banner-Hulk est un concept fort qui va donner lieu à un affrontement étonnant!
La Renaissance des Héros est un récit écrit par Peter David et dessiné par Salvador Larroca. David pose un récit intéressant dans ses possibilités, et la conjonction des multiples personnages n’est pas un frein au rythme. Fatalis, Dr Strange, Œil-de-Faucon, Vision, Spider-Man, Hercule, etc… Ils sont nombreux des deux côtés de l’univers, et cette histoire va enfin permettre de les rassembler. Mais que va-t-il advenir des deux univers?
Larroca utilise un design moderne relativement classique, mais qui colle bien au récit en matière de dynamisme. Cette aventure aux résonances cosmiques (mais quelle aventure ne l’est pas chez Marvel?) se suit donc avec grand intérêt, et la redécouvrir 11 ans après est agréable, même si l’effet de surprise est depuis longtemps effacé.


jeudi 14 août 2008

MARVEL MEGA 6 ET 7: CODE OF HONOR (CHARLES DIXON, 1997)


Après le mythique Marvels signé Kurt Busiek et Alex Ross, il fallait bien continuer l’évocation de la mythologie Marvel. Marvels entreprenait de faire redécouvrir tout un pan de l’histoire de l’univers créé par Stan Lee, et prenait pour personnage principal Philip Sheldon, un journaliste qui était en première ligne pour suivre la révolution qu’allait être l’apparition de ces êtres à super-pouvoirs. L’épopée Marvels brassait 20 années de combats homériques et de lutte entre le Bien et le Mal.
Le succès de la mini-série de Busiek et Ross ne pouvait pas rester sans suite, et Code of Honor explore la période sombre des années 80 en utilisant les mêmes techniques que sur Marvels. La tâche incombe à Chuck Dixon de revisiter les événements majeurs du Marvel Universe, vus cette fois-ci à travers les yeux de Jeffrey Piper, jeune flic noir tout juste promu. Dixon est aidé par divers dessinateurs (Tristan Shane, Brad Parker, Bob Wakelin, Derick Gross et Paul Lee) pour donner corps à l’obscurité régnant dans les rues de New York.
Les peintures étonnantes qui illustraient Marvels apportaient une touche de réalisme inédite, et permettaient de replonger de manière immersive dans l’âge d’or des héros. Le procédé étant efficace, il est à nouveau utilisé sur Code of Honor, dont la mise en scène s’en trouve grandie. Visuellement, c’est vraiment très beau, avec cette touche de réalisme dans les traits des visages et dans le choix des plans.



Quel personnage utiliser pour signifier la déchéance et le danger de la métropole new-yorkaise des années 80? Le Punisher est tout indiqué pour endosser ce rôle, et Jeffrey Piper va se retrouver face à lui à plusieurs reprises. La confrontation entre une vision claire de l’ordre et une version plus radicale de la justice va bien faire comprendre l’évolution des mentalités, et la perte de l’innocence qui avait suivi le décès de Gwen Stacy. Après ce tragique événement dans le monde Marvel, plus rien n’allait être comme avant, et les combats manichéens allaient devenir bien plus subtils.
Code of Honor déroule donc un récit dont la construction est similaire à celui de Marvels, et qui brasse aussi de multiples années à travers le regard parfois émerveillé, parfois craintif d’un humain « normal ». L’effet de nouveauté en moins, Code of Honor se suit comme un guide historique de l’univers Marvel. Les apparitions de Daredevil, du Caïd, le mariage de Vision et de la Sorcière rouge, le retour des héros après les Guerres secrètes, Inferno… Autant d’événements relatés par Chuck Dixon afin de se remémorer les différentes étapes de cet univers.


Le problème de ce genre de récit, c’est qu’il survole rapidement tout un pan historique sans laisser le temps de s’y plonger complètement. En fait, il donne très envie de retourner aux comics originaux afin de redécouvrir intégralement les différentes événements relatés. L’approche maladroite de Dixon quant à la vie privée de Jeffrey plombe un peu le récit, puisque ses problèmes conjugaux sont un peu tirés par les cheveux. Mais Code of Honor reste une lecture agréable permettant aux néophytes de s’y retrouver dans la chronologie Marvel, et aux connaisseurs de redécouvrir d’un autre point de vue les événements cataclysmiques qui ont secoué New York dans les années 80.

mercredi 6 août 2008

L’INCROYABLE HULK (LOUIS LETERRIER, 2008)


Sorti le 23 juillet 2008


Les exécutifs de Marvel ont décidé de purement et simplement oublier le film d’Ang Lee, au vu de ce qu’ils appellent un échec commercial (avec 245 millions de dollarsà travers le monde, le terme est tout relatif...). Exit donc l’équipe originelle, c’est à une refonte du géant vert que l’on a droit. Techniquement, L’incroyable Hulk est une suite puisque l’action reprend là où s’était arrêté celle de Hulk, mais le générique nous montre une genèse différente du monstre vert. Le personnage est nettoyé de toute trace de son passage dans les mains d’Ang Lee, et le procédé s’apparente bien a du steampunk pour rester poli!
Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner, c’est une idée plutôt réjouissante, et le charisme de l’acteur permet de donner corps à ses peurs enfouies dans une première partie très Jason Bourne. Comme dans le film d’Ang Lee, le colosse de jade n’apparaît pas tout de suite, et l’intrigue à base de chasse à l’homme est plutôt bien développée.


Mais passée cette première partie, un fait significatif se fait ressentir: le long métrage d’Ang Lee revient sans cesse en tête, et la comparaison entre les deux films est obligatoire. Et malheureusement, celle-ci se fait au détriment de la nouvelle équipe. Il n’y a qu’a voir comment sont traitées les relations entre les personnages; à peine esquissées chez Leterrier, elles étaient approfondies dans un schéma psychanalytique chez Ang Lee. La richesse de l’écriture de James Schamus n’a rien a envier à la pâleur de celle de Zak Penn, et L’incroyable Hulk déroule son récit avec une absence d’enjeux dramatiques évidents. La relation entre Bruce et la belle Betty Ross n’atteint pas le quart de l’intensité amoureuse développée dans Hulk, et la mise en scène y est pour beaucoup: là ou Ang Lee maîtrisait le registre intimiste et émotionnel d’une manière plus qu’évidente, Leterrier survole tout ça et préfère se concentrer sur les scènes d’action. Avec la série des Transporteur et Danny the Dog à son actif, il est vrai qu’il est davantage spécialisé dans l’imagerie dynamique, ce qui n’est pas une critique en soi. Mais l’absence de fond conséquent porte préjudice à cette suite qui s’en retrouve réduite à enchaîner des morceaux d’action sans puiser dans le registre émotionnel.


Visuellement, Hulk n’est pas aussi expressif que dans le film d’Ang Lee. Le personnage est certes réussi, mais il manque toujours cette pointe d’humanité que Lee a mis en avant dans son œuvre, et qui lui donne cette aura si particulière. Ici, Hulk combat un adversaire de poids en la personne de l’Abomination (Tim Roth est plutôt bon!), et les fanboys devraient se réjouir de ce clash des titans, seul petit bémol au premier film, qui lui n’offrait pas de véritable ennemi au géant vert. L’Abomination s’annonce bien effrayant, mais le combat tant attendu ne débouche au final que sur une démonstration de SFX informatiques qui ont vite fait de fatiguer la rétine. Tout comme pour le reste du film, l’impact n’est pas viscéral, mais purement visuel et superficiel.
Bref, si Marvel pouvait à son tour faire oublier ce deuxième opus et rappeler Ang Lee pour un troisième épisode, ce serait une solution plus que satisfaisante. Il faut rappeler que l’association Eric Bana- Jennifer Connely faisait des étincelles, et qu’Edward Norton et Liv Tyler ne parviennent pas à les égaler. Et Hulk est simplement l’un des meilleurs films de super-héros qui ait vu le jour.

samedi 2 août 2008

HOOD (BRIAN K. VAUGHAN, KYLE HOTZ, 2002)


Sorti le 10 juillet 2008


Panini sort une petite vieillerie qui n’avait pas eu droit de sortie à l’époque, et profite de la prise d’importance du personnage dans les pages des Nouveaux Vengeurs pour revenir à ses origines.
Des origines sous forme d’une mini-série en 6 chapitres, dans laquelle le jeune Parker Robbins met la main sur des objets lui conférant des pouvoirs plutôt sympathiques… Ce Hood poursuit donc la lignée Max en mettant en avant un récit bien adulte, où le héros n’en est pas vraiment un. Ce Parker Robbins (notez l’allusion évidente au célèbre Spidey) est plutôt du genre bad guy des bas-fonds, et il survit grâce à des coups minables tout en poursuivant une existence qui ne le comble pas du tout. L’atmosphère n’est pas très joyeuse, mais le récit de Vaughan distille des touches d’humour régulières plutôt bienvenues. On est pas chez le Punisher de Garth Ennis par exemple, et l’apprentissage de Robbins est plutôt marrant, surtout quand il découvre la cape d’invisibilité (qu’est-ce que vous feriez en premier vous, hein?)…
Le personnage de Robbins est donc un loser pas vraiment méchant, qui va se retrouver dans des situations bien tendues après avoir volé les pierres de sang d’un trafiquant notable. Il va avoir les bad guys aux trousses, mais aussi les fédéraux, ce qui va considérablement réduire sa marge de manœuvre…


Kyle Hotz est spécialisé dans le dessin horrifique (Cold blooded, Evil Ernie), et il confère à Hood une ambiance nocturne particulièrement travaillée, dans laquelle les volutes de fumée et la puissance visuelle de la cape participent pleinement à la dramatisation de l’ensemble. Le récit est imprégné de cette atmosphère mi-polar mi-fantastique qui s’avère réussie, et donne aux débuts de Hood une dimension précise.
Ce personnage fantomatique flottant dans les airs joue sur les anachronismes, puisqu’il shoote ses ennemis avec deux bons gros flingues! Ce paradoxe entre la violence naturelle et le devenir mystérieux que lui promet son nouvel accoutrement fait de Hood un personnage en pleine construction, et Parker Robbins ne semble pas encore bien savoir ce qu’il veut faire de ses pouvoirs.


Pour ses débuts dans le monde du crime, il va être confronté au Constrictor, au Shocker et à Jack O’Lantern, et l’affrontement a de la gueule. Les dialogues de Vaughan donnent du relief à un récit balisé, et son sens de l’humour tient bien la route. Exemple: « C’est Max Dillon. - « Celui de Drugstore Cowboy »? - Pas Matt Dillon, attardé. Max Dillon. Electro. » Et le Shocker qui donne des conseils conjugaux c’est plutôt sympa aussi!
Sans être exceptionnel, Hood est un comics rythmé et intéressant, qui marque les débuts d’un nouveau personnage appelé à faire une grande carrière chez les super-vilains…

vendredi 1 août 2008

WISDOM 1: RUDIMENTS DE SAGESSE (PAUL CORNELL, TREVOR HAIRSINE, MANUEL GARCIA, 2007)


Sorti le 26 juin 2008

Créé en 1995 par le génial Warren Ellis, le personnage de Pete Wisdom apparaît pour la première fois en 1995 dans les pages d’Excalibur, déclinaison britannique des X-Men. On ne peut pas dire qu’il soit un personnage au capital sympathie immédiat, mais son cynisme et son humour british en font un héros très particulier dans le monde Marvel. Il n’est pas sans rappeler X-51 du groupe Nextwave, avec ce côté imperturbable et distant mâtiné d’un humour à froid bien senti.
12 ans après ses débuts dans l’univers Marvel, Pete a enfin droit à sa mini-série qui va le plonger dans des tourments tout ce qu’il y a de plus britanniques, puisqu’il va être confronté à des fées dissidentes, à un dragon maléfique, à une horde de Jack l’Eventreur, à des tripodes tout droit sortis de La Guerre des Mondes… Son affectation au MI 13, cellule travaillant en parallèle du MI 6, est loin d’être de tout repos!
Il bénéficie d’une force de frappe considérable puisqu'il est à la tête d’un groupe solide composé de personnalités bien diverses. Il y a là Tink, une fée échappée de la dimension d’Avalon; Captain Midlands, un militaire pur et dur; Maureen Raven, une clairvoyante qui effectue ici sa première mission; et John le Skrull, qui est une copie conforme de John Lennon et qui appartenait au groupe des Skrull Beatles, composé d’un certain Ringo, d’un Paul et d’un autre Peter! Une excellente trouvaille du scénariste Paul Cornell qui s’adonne à un délire bien british! Il est à noter que Cornell est réputé pur son travail sur Dr Who, dont il a écrit des épisodes télé et des nouvelles.



Wisdom est un récit qui avance avec classe et dynamisme, le groupe du MI 13 étant assez hétéroclite pour offrir des situations bien fantaisistes et décalées. J’adore particulièrement le John Lennon qui s’en va-t-en guerre et qui parle de paix et d’amour comme l’original! Les interactions entre les différents protagonistes offrent des moments bien barrés que ne renierait pas Warren Ellis! Un petit exemple avec les recommandations de Wisdom juste avant d’intervenir dans le royaume d’Avalon: « Si vous rencontrez le roi Arthur: ne l’attaquez pas. Ne lui demandez pas son aide, ne rejoignez pas la table ronde. Ne mangez rien. Ne retirez rien de quoi que ce soit. N’épousez rien. » Juste derrière lui, un dessin avec un gâteau barré, et un autre avec une épée dans un rocher, barrée elle aussi…



Brillant, coloré, inventif, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire cette série en 6 épisodes menée de main de maître par un scénariste de talent, aidé par les dessinateurs Trevor Hairsine et Manuel Garcia qui complètent efficacement le tableau. Le design est vraiment beau (certaines planches font penser à du Preacher), et les récits sont captivants. Wisdom est une grande réussite dans le genre récit malin et rusé, et vient encore enrichir une collection Max qui décidément enchaîne les perles (Punisher, Alias…). Paul Cornell est encore un auteur à suivre…

mercredi 11 juin 2008

MAGNETO: NOUVEAU DEPART (PETER MILLIGAN, JORGE GONZALEZ, 1996)



Ce Marvel Méga 5 présente un Magnéto totalement différent, puisque après avoir été touché par la rafale psychique du Professeur Xavier, il devint totalement amnésique. C’est un homme bien plus jeune qui a refait surface, et son nom est Joseph. Après avoir été recueilli par les X-Men, il tente de retrouver son passé. Mais devant le refus de ses hôtes de lui révéler son identité précédente, il va se lancer dans une quête personnelle qui risque bien de le faire replonger…
Nouveau Départ est un récit qui possédait des bases intéressantes, mais que les scénaristes Peter Milligan et Jorge Gonzalez ont détruit sans aucune pitié. On savait que Magnéto exerçait une influence hors du commun sur ses troupes, faite de respect craintif et de pouvoir surpuissant. Mais la déification qui en est faite est tout simplement ridicule, et les nombreuses allusions religieuses sont autant de parallèles bien lourds avec le règne de Magnéto. Déjà, le fait de nommer sa nouvelle personnalité Joseph va dans ce sens, et le terme de foi qui revient sans cesse pour galvaniser les Acolytes semble provenir d’un autre âge…


Le côté chevaleresque induit par les scénaristes n’arrange pas non plus les choses, et la bataille pour le trône est un concept très anachronique qui, appliqué au monde mutant, le dessert totalement. C’est ainsi que Joseph/ Magnéto va devoir se dresser contre Exodus qui prépare l’avènement de la race mutante. Il fait cela au nom de son maître Magnéto, tout en mettant la race humaine en danger de mort. Joseph ne peut tolérer cela, et sa propre culpabilité va l’obliger à tenter de contrer Exodus.
Le thème de la culpabilité concernant Magnéto aurait pu être lui aussi intense, mais la répétition des jérémiades de Joseph lui enlève tout son sens, et il faut dire que les dessins de Kelley Jones ne rattrapent rien. Nouveau Départ est un ratage total, qui suit basiquement des principes psychologiques sans les approfondir, et qui n’apporte strictement rien à l’histoire du maître du magnétisme. L’amnésie de Magnéto était pourtant un concept fort et permettait de remodeler le personnage, de travailler sur une approche plus humaine celui qui était jusqu’à présent un mutant sanguinaire et sans pitié.


Le côté secte est résolument imbuvable, et cette histoire ne tient la route à aucun moment. L’un des pires passages est celui où Magnéto va dans la famille d’un soldat mort au combat en l’affrontant pour leur annoncer la nouvelle, tout en essayant d’apaiser les rancoeurs face aux mutants. C’est limite débile, et ça ne fonctionne à aucun moment.
Bref, les fans du leader mutant risquent de faire la gueule en lisant ce récit, et même les couvertures ne limitent pas la casse! Le redoutable Magnéto s’est fait bien massacrer sur ce coup-là, et j’espère pour lui que c’est la dernière fois!

mercredi 4 juin 2008

CONAN L’INTEGRALE VOLUME 1: 1970-1971 (ROY THOMAS, BARRY WINDSOR-SMITH)


Champomy! 100ème article!


Créé par Robert E. Howard en 1932, Conan est un personnage emblématique de l’héroïc fantasy, qui se déclinera au fil des décennies sur différents supports. Personnifié par Arnold Schwarzenneger dans Conan le Barbare (1982) et Conan le Destructeur (1984), il vit ses aventures transposées dans l’univers du jeu vidéo, dans différentes séries télévisées, et il donna surtout naissance à plusieurs séries de comics.
C’est en octobre 1970 que Marvel publie la première aventure du guerrier cimmérien. Ecrite par Roy Thomas et dessinée par Barry Windsor Smith, Conan the Barbarian plonge le lecteur dans un temps oublié, l’âge hyborien. Situé entre la destruction de l’Atlantide et le Moyen-Age, il est fait de sauvagerie et de magie, de cruauté et de fantastique.
Conan est un guerrier adolescent qui se distingue par sa force et sa fougue, et qui est appelé à un grand avenir. Le tout début de ses aventures met en place le personnage dans des récits inspirés des écrits de Robert E. Howard, comme La Tour de l’Eléphant qui fut un des grands succès de l’auteur américain. L’introduction dans ce monde possédant des similitudes avec Le Seigneur des Anneaux est intéressante, mais la faiblesse de ces premières aventures provient des histoires elles-mêmes qui, passée la nostalgie initiale et l’ambiance barbare, se répète assez rapidement.


Le personnage même de Conan est assez artificiel, et il est simplement là pour contrer les menaces diverses et variées existant en Cimmérie. Une approche assez archaïque du héros barbare donc, qui n’est malheureusement mis en valeur que pour ses prouesses au combat, sans entrer ne serait-ce qu’un peu dans la psychologie du personnage. L’intérêt se dilue donc rapidement, même si les sorciers, les démons et les dragons qu’il croise apportent une touche fantasy réussie.
Les dessins de Windsor Smith sont agréables, et allient la force à une certaine forme de naïveté. Nous sommes au début des années 70, et même si l’ambiance se veut barbare, le trait n’est ni trop sombre ni trop sanglant. Ce qui est davantage un problème au niveau du récit, puisque Conan traverse les épreuves sans trop de risques, et qu’il ressemble à un barbare plutôt bien élevé! Une édulcoration du personnage initial destinée à gagner les faveurs d’un public plus jeune, mais qui fait malheureusement défaut au héros.


Qu’il traverse des déserts ou qu’il combatte des hommes-bêtes, l’aspect fantaisiste fonctionne parfois, mais la plupart du temps n’est pas assez développé pour convaincre totalement. Ce sera à parti de 1974 et la série Savage Sword of Conan que le ton deviendra plus adulte, sous le crayon de Roy Thomas et la plume en noir et blanc de John Buscema.
Depuis 2003, c’est Dark Horse Comics qui publie les aventures du barbare, et Conan poursuit ses combats…

vendredi 30 mai 2008

WOLVERINE/HULK 1: LA DELIVRANCE (SAM KIETH, 2002)



Une drôle d’histoire que ce Wolverine/Hulk. Sam Kieth au scénario, Sam Kieth au dessin et à la peinture. Prenez deux figures bestiales du monde Marvel et plongez-les avec une petite fille dans une sorte de conte de fées. De prime abord, les puristes risquent de faire la gueule devant cette histoire, et ce sera pire quand ils verront les dessins!
Mais si vous savez appréciez les histoires qui sortent de la continuité et qui se démarquent graphiquement, vous découvrirez alors un récit sympathique avec quelques morceaux de naïveté touchante dedans. C’est bien clair, La Délivrance ne ressemble pas du tout à la production mainstream, mais ose s’aventurer dans un genre presque enfantin, avec comme maîtresse de cérémonie la petite Po. Une petite fille toute mignonne perdue au milieu de nulle part par moins 20 degrés. Wolvie va tenter de comprendre ce qu’elle fait là, et il va essayer de l’aider tout en croisant Hulk sur sa route.


La petite Po fait invariablement penser à la petite Boo de Monstres & Compagnie (sorti l’année d’avant), et sa présence sur ces terres hostiles est un véritable mystère. Logan va tenter de l’aider, et la présence de cette malicieuse petite fille va donner un tour véritablement enfantin à ce comics. On se retrouve dans une sorte de livre pour enfants avec un gros monstre vert et un homme hirsute avec des griffes. Le genre de personnages typiques des contes, qui vont aider Po dans sa quête.
Sam kieth mélange le dessin aux peintures dans un style volontairement primaire, qui fait tout le charme de cet album sans prétention. L’exagération des traits de Logan et de Hulk leur donne une dimension à la fois brute et poétique, et l’utilisation de dessins faits par Po directement pour raconter son histoire achève de faire de ce récit un conte pour enfant. La jeune narratrice fait des dessins naïfs en les annotant pour mieux comprendre. Ainsi, les dessins qu'elle fait de son père ou de son oncle ressemblent à de vrais dessins d’enfants, et ce parti pris étonnant fonctionne plutôt bien.


Ce récit est traversé par un humour léger, mais aussi par une tristesse parallèle. L’affrontement entre les deux sauvages que sont Wolverine et Hulk est plus absurde que bourrin, et la violence est largement atténuée par le comique des situations. On est ici dans un affrontement à la limite du réalisme, et le ton de ce Wolverine/Hulk est très atypique en ce début du 21ème siècle, qui se tourne plus volontiers vers des œuvres résolument sombres comme le Punisher d’Ennis. Cet album est une petite récréation sympathique, dont l’apparence enfantine sert une histoire finalement très simple, à la fois belle et triste.

dimanche 18 mai 2008

PUNISHER 10: PUNISHER PRESENTE BARRACUDA (GARTH ENNIS, GORAN PARLOV, 2007)


Sorti le 15 mai 2008

Première page: Barracuda remonte sa braguette avec une expression satisfaite sur le visage, tandis qu’une (ou un) prostituée s’en va stoïquement. « … Et la nuit fait que commencer, putain. », annonce-t-il joyeusement. En une case, le ton est donné.
Ce Punisher 10 a pour particularité l’absence totale de Frank Castle. Mais la relève est largement assurée par le phénomène Barracuda, qui lui volait déjà la vedette dans Punisher 8. Créé par Garth Ennis et Goran Parlov, cet individu peu recommandable va se lancer dans une quête de pognon afin de pouvoir financer sa chasse au Punisher. Il faut dire que ce dernier l’avait laissé pour mort dans Punisher 8... Heureusement pour les lecteurs, ce personnage génial a survécu, et il a donc pu être le héros de cette mini-série en 5 épisodes! Si vous appréciez les récits décalés et qui explosent toutes les limites (Garth Ennis est ni plus ni moins le père du Preacher, avec Steve Dillon!), ce récit devrait vous satisfaire!
On peut regrette le côté opportuniste du titre, puisque le Punisher ne fait pas l’ombre d’une amorce d’apparition. Surtout que les titres des épisodes valent leur pesant de cacahuètes, comme Une bouche est une bouche ou Baptisé avec un couteau de boucher. Ca met direct dans l’ambiance, et ça sent bon le sexe et la tripaille! Et à tous les niveaux, Punisher présente Barracuda tient ses promesses en mettant en scène le colosse black en pleine révolution sur l’île de Santa Morricone… Barracuda va devoir s’acquitter d’une mission assez particulière, puisqu’il est chargé par un mafieux d’initier son fils au crime. Le seul problème, c’est que le petit Oswald est un gringalet qui n’a absolument rien en commun avec les gangsters à la Scorsese
Ennis va très loin dans l’humour noir, en offrant une galerie de personnages tous complètement barrés: un ex-compagnon d’armes travesti, un prêtre pédophile, une ex-star du porno (détentrice du record de doubles anales en 24 heures), un mafieux sosie de Christopher Walken, ou encore le fameux Oswald que Barracuda appellera affectueusement Hémo… Cette mini est un concentré de fun se basant sur une trame mafieuse, qui permettra de faire exploser les poncifs et de redéfinir le concept même de cool attitude. Face à Barracuda, Samuel Jackson risque de faire pâle figure…
Avec sa gueule d’ours et FUCK écrit sur ses dents, Barracuda est un phénomène. Bourré d’humour et toujours prêt à en découdre, il pourrait s’apparenter à une version délirante du Punisher. Les dialogues d’Ennis attestent de cette optique très libérée du personnage et de l’univers dans lequel il évolue. Quelques exemples, avec l’avertissement au prêtre: « T’amuse pas à lui faire le catéchisme ou y pourrait bien y avoir du sang sur ta soutane. », ou en réponse à l’expérience des doubles anales: « J’ai plus jamais chié solide après. »
L’entente entre Ennis et Parlov fait des merveilles, et les dessins du Croate possèdent toute l’énergie nécessaire à ce personnage hors norme. C’est dans une ambiance colorée et chaude que Barracuda se fait son petit trip sud-américain, et avec ses agents du FBI aux visages concernés, ses bandes de racaille à baffer, le bestiaire de ce numéro offre un plaisir régressif ravageur. On est là dans la contre-culture avec deux grands C, et c’est franchement jouissif de lire un comics de cet acabit. Pour ceux qui sont allergiques aux super-héros, il faut signaler qu’il n’y a pas une seule cape ou un moule-burne, et vous pouvez y aller sans risque.
Il n’y a plus qu’à espérer que le personnage fasse encore une fois sensation, et que d’autres séries suivent…

lundi 5 mai 2008

IRON MAN (JON FAVREAU, 2008)


Sorti le 30 avril 2008


Les adaptations Marvel semblent s’orienter vers une homogénéisation de très bon augure, et Iron Man est annonciateur de crossover bien bourrins qui devraient ravir les fans de comics! Un conseil pour ceux qui ne l’ont pas encore vu et qui comptent se faire une toile prochainement: restez jusqu’à la fin du générique, des infos de taille vous seront fournies… (merci pour le tuyau Matt Murdock!!!)
Alors, qu’est-ce qu’il vaut au final cet Iron Man qu’on nous vend depuis des mois à coups de teasers et d’affiches alléchantes? Et bien pour faire simple, je répondrai que Robert Downey Jr. EST Iron Man, avec toute sa fougue et sa décadence, et qu’il marque de manière indélébile le film de super-héros en posant un personnage ambivalent d’une extrême justesse. Pour la petite histoire, Tony Stark est un chef d’entreprise spécialisé dans l’armement de pointe, et il est aussi un séducteur et un frimeur de haute catégorie. Le genre de type que l’on hait ou avec qui on aimerait troquer sa place, c’est selon. Et Robert Downey Jr. joue avec le côté cynique du playboy en y prenant apparemment beaucoup de plaisir. Stark est un mégalo adepte du grand luxe, et son sens prononcé de l’autosatisfaction est très poussé. La chute sera d’autant plus dure…



L’interprétation du comics par Jon Favreau ouvre véritablement à une étude de caractère, et en cela est proche de la première partie du Spider-Man de Sam Raimi. La découverte des pouvoirs et des responsabilités qui vont avec se font au gré d’un parcours éprouvant qui posera son lot de métamorphoses. Ce principe laisse beaucoup de latitude à l’acteur principal, et Downey Jr. est tout simplement génial. Le jeu qu’il déroule permet de s’identifier à ce personnage pourtant si imbu de sa personne, et les nuances qu’il apporte vont progressivement révéler la part du héros qui sommeille. C’est justement cet éveil qui est l’une des étapes les plus intéressantes dans un film de super-héros; les réactions que cela engendre, les remises en question, les doutes, et les décisions irréversibles qui seront prises. Le parcours psychologique de Stark se fait non sans une certaine dose d’humour, ce qui donne au film un ton particulier.



Jon Favreau n’est pas très connu en tant que réalisateur, mais il aborde son film avec un réel amour du comics, lui qui lit les bandes Marvel depuis tout petit. Sa passion se ressent très fortement, et la maîtrise de sa mise en scène convient à merveille avec les aventures ébouriffantes de Tête-de-Fer. Il filme les séquences aériennes et les combats avec une lisibilité et un dynamisme exemplaires, et il apporte tout autant de soin aux moments plus intimistes. C’est simple, Favreau est parvenu à retrouver le dosage initialement créé par Stan Lee dans le développement de ses comics, à savoir 50% d’action et 50% de dimension humaine. Une recette qui aura porté ses fruits depuis les années 60, et que Favreau adapte parfaitement aux standards cinématographiques actuels. Et les postures bien iconiques directement sorties d’un comics vont ravir les fans…
Iron Man est un héros puissant et en quête de rédemption, et c’est ce dernier aspect qui donne toute la dimension dramatique au personnage. Tony Stark n’est pas un héros parfait (ce qui est justement la trame de départ de l’univers Marvel), et le travail qu’il accomplit sur lui-même est mis en corrélation avec son génie scientifique pour parvenir à la création d’un héros d’un nouveau genre. Un héros qui devrait être appelé à de grandes aventures, si l’on en croit ce qui se passe après le générique final…


Seuls petits bémols, le personnage joué par Jeff Bridges, celui d’Obadiah Stane, que je trouve finalement assez classique; et un combat de fin un peu too much qui évoque invariablement Transformers, mais qui bénéficie toutefois des artilleries conjuguées de Stan Winston et d’ILM. Un peu too much, mais bien fun…
En parlant de Winston et d‘ILM, il faut aussi signaler le travail exceptionnel sur les armures de Stark, qui sont hyper-réalistes et qui apparaissent comme des secondes peaux pour le personnage. Les effets visuels donnent véritablement naissance à toute une technologie de pointe, et la manière dont Stark conçoit son armure principale est géniale! Sinon Jim Rhodes est de la partie (joué par Terrence Howard) , Pepper Potts également (Gwyneth Paltrow), et ça fait bien plaisir de voir cet univers traité avec autant de sérieux…


mardi 22 avril 2008

NEO-UNIVERSEL 1: MYSTERE ( WARREN ELLIS, SALVADOR LARROCA, 2007)


Le concept de ce nouvel univers repose en fait sur celui utilisé par Jim Shooter en 1986. Le rédacteur en chef de l’époque décide de créer un univers séparé de celui où coexistent les héros Marvel traditionnels, afin de s’affranchir de la continuité et de créer de nouveaux héros. Tout ça se déroule juste pour le 25ème anniversaire de la création du monde Marvel, et il peut finalement apparaître étrange de fêter un événement en ne le citant pas mais en créant quelque chose de complètement différent. Mais motivé par ce procédé qui recèle néanmoins un fort potentiel, Shooter donne naissance à plusieurs séries interconnectées sur ce New Universe comme D.P. 7, Justice, Kickers, Inc… Mais le succès n’est pas au rendez-vous de cet ambitieux projet, et cet univers sera peu à peu délaissé. Ce qui ne veut pas dire que les personnages seront totalement abandonnés, puisqu’ils seront finalement confrontés aux héros Marvel de l’univers classique à travers divers titres (ce sera le cas chez Namor, les Fantastiques, Les Défenseurs et bien d’autres).
2007. A l’occasion du 20ème anniversaire de la création du New Universe, Warren Ellis est mis aux commandes d’un relaunch, accompagné du talentueux dessinateur espagnol Salvador Larroca. Neo-Universel voit le jour en février 2007, et est une relecture se déroulant sur un monde différent faisant partie du multivers Marvel, et nommé Terre 555. Le concept de base est donc de remodeler et de réactualiser des personnages, afin de jeter un éclairage neuf à la problématique de l’instant blanc.



06.49 temps universel coordonné: le ciel devint blanc sur toute la surface de la Terre. Un événement d’ampleur cosmique qui va avoir de nombreuses incidences en donnant des pouvoirs puissants à une poignée d’êtres humains. Le monde est à un tournant, et l’avènement des super-humains a commencé. On pense invariablement à la série Heroes qui narre par le début l’éclosion de ces gens différents, en traitant à la fois l’aspect physique mais aussi psychologique de ces découvertes. Neo-Universel se veut un reflet réaliste de ce qui adviendrait si un tel événement se déroulait, et il se démarque des autres titres Marvel par son absence de justiciers costumés. Avec Warren Ellis aux commandes, on pouvait s’attendre à une œuvre unique et originale, et pourtant, il semble que l’auteur ait été bridé puisque Néo-Universel est finalement assez banal. Le point de départ est lui bien excitant, et les récits qui en découlent vont puiser dans le polar et dans la SF tout en maintenant une unité réaliste, mais les dialogues ne font pas honneur au sens du détail et de l’absurde de l’auteur; et les situations sont traitées avec une certaine rigidité qui fait de ces héros des icônes froides et superficielles (sauf peut-être pour Izanami Randall dont l’aplomb sauve un peu les meubles).



Cette relative absence de profondeur est atténuée par le dessin de Larroca, qui nous offre des planches belles et très travaillées, comme en attestent les visages des protagonistes. Il caractérise chaque personnage et donne une texture particulière en empruntant certaines ressemblances (c’est le cas du chargé des fouilles Jim Braddock qui ressemble étrangement à Gene Hackman).
Néo-Universel est une œuvre mineure de la part d’Ellis, et la déception est grande. Mais Larroca parvient à transcender ce faible matériau et à créer une ambiance de fin du monde solide.

vendredi 18 avril 2008

DEADPOOL/GLI SUMMER FUN SPECTACULAR (DAN SLOTT, FABIAN NICIEZA, 2007)


uniquement en import


Entre deux aventures avec son partenaire Cable, Deadpool trouve le temps de faire équipe avec les fameux GLI (Great Lakes Initiative), anciennement Great Lakes Champions, GLX (Great Lakes X-Men), S.W.O.R.D., Lightning Rods et GLA (Great Lakes Avengers). Ces changements de nom constants montrent le manque de maturité et d’équilibre caractérisant cette équipe, et le fait que Deadpool s’associe à eux n’est finalement pas si étrange…
C’est l’été, le soleil brille et tout serait parfait si le dieu Dionysos ne s’était peinté une fois de trop et n’avait chuté sur Terre. Le problème, c’est qu’il a été récupéré par l’AIM (Advanced Idea Mechanics), une organisation secrète terroriste dont les membres portent de hideux uniformes jaunes avec des casques ridicules (jaunes aussi). Et l’état d’ébriété de Dionysos va leur être très utile dans la confection d’une arme aussi redoutable qu’étrange…


Après une introduction tordante ou Deadpool apprend à Squirrel Girl ce qu’il advient de son petit ami Speedball (Civil War, ça vous dit quelque chose?), l’action démarre et Deadpool découvre des héros apparemment bien bourrés qui ne savent plus ce qu’ils font. Un état anormal pour les garants des valeurs familiales que sont les Fantastiques, et Wade flaire l’attaque secrète. Il va donc enquêter afin de sauver les héros américains…
Noble mission pour un mercenaire déjanté et imprévisible, et sa rencontre avec les GLI va faire des étincelles; après quelques mises à mort bien drôles sur la personne de Mr. Immortal, Deadpool décide de s’allier à cette équipe hors-norme. Mr. Immortal étant techniquement immortel (!), il ne lui faut que quelques minutes avant de revenir à la vie. Le gag récurrent des exécutions perpétrées par Deadpool devient un gimmick et est aussi drôle à chaque rencontre!
Les GLI ne sont pas forcément très connus du public français puisque la poignée d’épisodes leur étant consacrés n’ont pas été traduits. Pourtant, cette équipe de super-losers gagne à être connue puisqu’elle se distingue par un humour absurde et des situations bien comiques, ce qui n’est pas très éloigné du style des aventures de Deadpool.


Créés par John Byrne en 1989, ils apparaissent pour la première fois dans l’épisode 46 des Vengeurs de la Côte Ouest où ils se distinguent par leur côté… autre! L’équipe actuelle est composée du leader Mr. Immortal, de Squirrel Girl (la femme écureuil!), de Flatman qui est aussi mince qu’une feuille de papier, de Doorman qui ouvre des portes dimensionnelles, et de Big Bertha qui peut passer instantanément de la taille mannequin à un volume XXXXL. Un rassemblement de pouvoirs hétéroclites qui agit donc sous la bannière GLI, et qui se fixe comme but de faire régner la loi et l’ordre. Le seul hic, c’est qu’ils foirent souvent leurs missions et que leur crédibilité s’en trouve nettement amoindrie…
Mais c’est justement ce qui fait de cette équipe un régal pour les lecteurs, puisque leurs aventures baignent constamment dans une atmosphère de désordre et d’absurdité. C’est tout naturellement que Deadpool multiplie les rencontres avec ces super-héros très spéciaux…
Ce Deadpool/GLI Summer Fun Spectacular est un moment de bonne humeur et d’aventures délirantes qui se laisse lire très agréablement, et l’aventure principale est suivie de courts récits sympathiques, dont un rencard entre Deadpool et Big Bertha! C’est à voir!

samedi 29 mars 2008

NEXTWAVE 2: DANS TA FACE (WARREN ELLIS, STUART IMMONEN, 2006)


Sorti le 13 mars 2008

Ne perdons pas de temps: cette série écrite par Warren Ellis et dessinée par Stuart Immonen est tout simplement géniale! Etalée sur 12 épisodes, cette maxi-série est à la fois pop, fun, décalée et hyper-drôle! Le concept: dédramatiser le monde super-héroïque en lui inculquant une bonne grosse dose d’humour bien barré! Le résultat est à la hauteur, et Warren Ellis nous a concocté un condensé d’action totalement déjantée où le Nextwave s’en donne à cœur joie tout en relativisant le statut de légendes qu’ont pu acquérir les plus grand héros Marvel
Voici donc enfin les 6 derniers épisodes de cette fabuleuse saga, et le Nextwave Squad est toujours en fuite après avoir volé un des vaisseaux de leurs employeurs, la société H.A.I.N.E. ( Horde d’Agents Irréductibles contre les Neo-Extrémistes). Il faut dire que leur mission de combattre le terrorisme était faussée par le fait que la H.A.I.N.E. était financée elle-même par une organisation terroriste, S.I.L.E.N.C.E. Vous suivez? Bon. Nos 5 super-héros font donc cavaliers seuls en tentant de sauver le monde et en échappant à la H.A.I.N.E., bien décidé à les refroidir, avec à leur tête le très dérangé et dépressif Dirk Anger, qui tente de se suicider dans chaque épisode!



Ellis prend du vieux et rafraîchit tout ça pour composer une équipe bien démente. La boss, c’est Photon, anciennement Captain Marvel et ex-membre des Vengeurs. Son petit côté Cleopatra Jones n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était dans les années 80, et le sérieux du personnage s’est bien assoupli depuis. Et sa rafale de photons est très efficace… Elsa Bloodstone est la fille d’Ulysse Bloodstone, chasseur de monstre qui avit une série dans les années 70, mais qui n’a jamais vraiment décollé. Sa fille reprend vaillamment le flambeau et joue de la gâchette avec un talent aussi assuré que sa personnalité. Tabitha Smith, ancien membre d’X-Force sous le pseudonyme de Big Bang, Meltdown et Dieu sait combien encore, balance des mini-bombes organiques et est une sorte… d’écervelée. Elle va jusqu’à porter un t-shirt avec le sigle de l’europe, c’est dire… Le cas de Machine Man est encore plus curieux: apparu pour la première fois en 1977 dans 2001: a Space Odyssey qui se basait sur des éléments du film de Kubrick et de l’œuvre de Clark, c’est un robot qui a lui aussi gagné en humour dans cette dernière série, et qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était au départ! Et enfin, le Captain, qui n’a toujours pas réussi à se trouver un nom et qui est un super-héros paumé à la force colossale.
Tout l’intérêt de Nextwave réside dans les situations hallucinantes et les ennemis débiles que rencontrent l’équipe. C’est ainsi que l’on pourra voir dans ce deuxième numéro des golems qui font du skate, le dangereux Forbush Man qui se balade avec une casserole en guise de masque, des ninjas en culotte et j’en passe! Les dessins d’Immonen sont colorés et dégagent un sacré dynamisme, traduisant à merveille les délires scénaristiques d’Ellis. Et les dialogues sont savoureux à souhait! Quelques exemples qui devraient vous mettre sur la voie: lorsque le Captain explique à Machine Man pourquoi il n’a pas trouvé de nom: « J’ai été Captain Power pendant un moment. Mais j’ai été traîné en justice. Une sombre histoire de série télé. Je suis alors devenu Captain Ron. Et encore un procès. Du coup, je me suis fais appeler Captain L. Ron. Je me suis fais casser la gueule par Tom Cruise. » Ou lorsque Photon explique que tous les Vengeurs la draguaient à l’époque, sauf Captain America: « A mon avis, les filles c’est pas son truc. -Arrête?! Ca serait rigolo. -Tu m’étonnes! -Ca expliquerait pourquoi il y a toujours quelque un qui s’habille comme lui dans les gay prides.
Bref courrez vite vous procurez cette merveille, c’est de la balle!