ClicAnimaux.com - Cliquer pour Donner
salem center: justice sauvage
Affichage des articles dont le libellé est justice sauvage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est justice sauvage. Afficher tous les articles

samedi 26 avril 2008

L’ANGE DE LA VENGEANCE (ABEL FERRARA, 1981)



Abel Ferrara est un être résolument en marge du système hollywoodien. Après avoir fait ses débuts dans le porno avec Nine Lives of a wet pussy (sous le pseudonyme de Jimmy Boy L.), il enchaîne avec une œuvre torturée au possible et ô combien abominable, The Driller Killer, où il incarne lui-même un artiste maudit qui va se déchaîner avec une perceuse électrique. Il va ensuite alterner films radicaux et œuvres plus accessibles (entre Bad Lieutenant et Nos Funérailles, l’écart est énorme), mais le film qui le fera découvrir est certainement cet Ange de la Vengeance réalisé juste après The Driller Killer, et qui contient tous les germes des thématiques que le metteur en scène utilisera dans son oeuvre. Mais il est avant tout un film à la radicalité rare et à l’atmosphère poisseuse des plus réussies, dans la lignée des œuvres de William Lustig et Larry Cohen. Et surtout, L’Ange de la Vengeance est une œuvre d’une beauté noire rarement égalée.
Ce film de Ferrara est indissociable de son actrice principale Zoë Lund (connue aussi sous le nom de Zoë Tamerlis), qui EST littéralement cet ange noir. Son visage innocent et sa démarche timide font de cette jeune femme muette et sans relief une proie idéale dans une New York gangrenée par la violence, exclusivement masculine. Les deux viols qu’elle va subir dans la même journée vont totalement détruire sa personnalité, et va révéler des instincts insoupçonnés. A l’instar d’un Paul Kersey dans Un Justicier dans la Ville, sa vie va basculer dans une violence inouïe sans possibilité aucune de retour en arrière. Sauf qu’à l’inverse de Charles Bronson qui vengeait sa femme et sa fille, c'est la victime elle-même qui prend les armes afin de punir les criminels.


Le film de rape and revenge et plus globalement celui d’auto-justice, est un genre à part entière qui secoue les salles une bonne partie des années 70, avec notamment des œuvres comme Vigilante de William Lustig ou Day of the Woman de Meir Zarchi. Des films pas toujours réussis, mais souvent éprouvants et qui mettent le spectateur mal à l’aise en jouant avec sa position de voyeur privilégié. La figure si prude de Thana est à la fois attirante et distante, mais elle symbolise bien un fantasme typiquement masculin. Et la voir violée à deux reprises est à la fois une destruction d’une dimension sacrée, et une abomination qui va lui donner une dimension antinomique. La fleur fragile se charge de venin, et sa transformation physique et psychologique est construite avec un sens de la dramaturgie que ne laissait absolument pas prévoir le masturbatoire The Driller Killer.
L’image désormais célèbre de Thana en costume de nonne avec bas résille est lui aussi un fantasme purement masculin, et l’expérience dans le porno de Ferrara a apparemment bien servi! Zoë Lund est dangereusement belle et Ferrara la filme avec amour dans des gros plans et des poses iconiques de toute beauté. Thana/Zoë est un personnage hors norme qui transcende le média cinéma pour apparaître comme une figure culte et marquante. Sa manière d’embrasser les balles de son pistolet, la lenteur avec laquelle elle sort son arme de sous sa jupe... La connotation sexuelle est omniprésente et traitée avec une grâce et une sensualité qui place Thana au-delà d’une simple tueuse froide et déterminée. Elle est complètement traumatisée par son expérience, et en ressort complètement déphasée et calme.


Ce qui apparaît comme une vengeance justifiée prend des proportions de plus en plus dramatiques, puisque Thana (le diminutif de Thanatos?) va perdre progressivement pied, alors que paradoxalement elle va maîtriser de mieux en mieux son arme. La justice va se perdre en meurtres gratuits, et Thana poursuit son chemin de croix sanglant. La dimension religieuse va être malmenée comme à son habitude par Ferrara, et l’image de cette nonne en bas résille avec rouge à lèvre est très marquante. Une manière significative de pointer du doigt une religion qui est censée protéger, mais qui va être pervertie et totalement dévoyée. L’apparence de l’innocence devient l’un des atouts majeurs de Thana, et la vengeance de la pauvre fille muette va être dévastatrice.
La mise en scène somptueuse de Ferrara tient à la fois d’un réalisme cru montrant une violence frontale, et est teintée par intervalles de plans mâtinés de surréalisme, soulignant la lente érosion de la psyché de Thana. Le travail sur les cadrages ou les couleurs revêt alors une importance symbolique achevant de faire de L’Ange de la Vengeance un film aussi intelligent que sensitif. Et la musique de Joe Delia, Artie Kaplan et Don Payne est littéralement envoûtante.
L’Ange de la Vengeance peut être considéré comme un joyau sombre des 70’s, et sa beauté formelle teintée de désespoir n’a pas pris une ride. Et la beauté vénéneuse de la très rare Zoë Lund est parfaitement intacte…

mercredi 19 mars 2008

PUNISHER (MIKE ZECK, STEVEN GRANT, 1987)


Après sa première apparition très remarquée dans Amazing Spider-Man 129 datant de février 1974, le Punisher est intervenu dans diverses séries pendant une dizaine d‘années. Ce n’est qu’en 1986 qu’une mini consacrée directement au personnage voit le jour sous l’impulsion de Mike Zeck et Steven Grant. Ce récit en 5 épisodes est une sorte de coup d’essai, qui sera ensuite suivi par la série régulière en 1987.
Franck Castle est un ancien du Vietnam qui a repris une vie normale, avec sa femme et ses enfants. Mais un jour qu’ils pique-niquaient à Central Park, ils sont pris sous le feu croisé de deux gangs, et la famille est massacrée, à l’exception de Franck. Laissé pour mort, il n’aura plus alors qu’une seule idée en tête: la vengeance. La série débute alors que Castle est en plein dans sa croisade contre les criminels en tous genre, et la tuerie l’ayant transformé en vigilante est évoquée à intervalles réguliers. Le costume noir à tête de mort est vite devenu célèbre, et le symbolisme est simple et redoutablement efficace.
Castle se charge de traquer les violeurs, dealers, trafiquants d’armes, terroristes et autres vermines qui grouillent en Amérique. Ses méthodes expéditives tranchent avec les super-héros Marvel habituels, et le réalisme brut des situations met cette série aux antipodes d’un Spider-Man ou d’un X-Men. Ici, pas de superpouvoirs, mais un arsenal à faire pâlir tonton Heston. La cache du Punisher s’apparente à un surplus de l’armée, et l’ambiance est plus proche du polar et de l’espionnage que du spectaculaire. Chez le Punisher, pas de notions de fantastique ou de surnaturel, juste des flingues, de la testostérone et du sang. La filiation avec les anciens comics de guerre et d’espionnage comme Agent secret X-9 est très nette, et le Punisher perpétue en fait une tradition brutale en allant de plus en plus loin.



Car Franck ne fait pas dans la dentelle, et il explose sans remords ses adversaires. La série de départ n’atteint évidemment pas la densité de la dernière en date signée Garth Ennis qui est tout simplement excellente, mais les débuts du justicier solitaire sont néanmoins intéressants. Qu’il combatte un fanatique et sa secte, un détraqué qui met du cyanure dans des médocs, un clone de Charles Manson ou des terroristes musulmans, le Punisher varie bien ses cibles et offre un panel des pires salopards que la terre ait porté. Le côté extrémiste de ses méthodes est assumé et se trouve de temps à autre remis en question par l’intervention d’un tiers, comme Daredevil notamment qui tente de le remettre sur le droit chemin. Mais le Punisher est bourrin et rien ne pourra le faire changer, et c’est tant mieux pour cette série sans prétention mais efficace. La route sera longue jusqu’aux MAX de Garth Ennis, et l’anti-héros aura bien le temps de croiser un nombre incalculable de pervers et de fous de la gâchette en tous genres…


vendredi 18 janvier 2008

DEATH SENTENCE (JAMES WAN, 2007)



sorti le 16 janvier 2008

Révélé par le succès de son deuxième film Saw, James Wan change radicalement de registre pour son quatrième long et se lance dans le vigilante movie tendance autodestructrice. La bande-annonce laissait présager un métrage racé et bourrin, et mis à part quelques légèretés scénaristiques et un passage à vide à mi-parcours, le résultat est sacrément efficace. Du haut de ses 30 ans, James Wan accouche d’un film à la radicalité brute et à l’atmosphère lourde, qui fera probablement grincer des dents en se faisant taxer d’apologie de l’autodéfense.
Nick Hume est un jeune cadre dynamique vivant dans une banlieue typique avec sa femme et ses deux enfants, et ils incarnent tous le rêve américain tranquille, la petite famille si parfaite que cela semble trop beau pour être vrai. Le dynamitage qui va suivre anéantira totalement le point de vue initial, et ne laissera de ce temps heureux qu‘une poignée de photos. C’est dans un braquage sanglant que Nick Hume va perdre un de ses fils, blessé mortellement par un gang.
Les scènes suivantes sont filmées avec un sens du drame intimiste étonnant, et l’émotion qui se dégage de ces scènes de famille est vraiment intense. Les rapports entre les trois membres de la cellule disloquée se teintent de non-dits et de regards perdus, significatifs de la douleur et du mal qui les ronge. C’est sur cet aspect si difficile à capter que Wan réussit son point de départ, il préparant un terrain crédible pour la suite des événements. Secondé par son scénariste Ian Jeffers, il va traiter des notions essentielles lors d’un deuil comme la culpabilité, la haine et l’amour avec une puissante subtilité.



L’acte du père n’en sera que plus compréhensible, lançant ainsi une machinerie mortelle qu’il ne pourra plus arrêter. Dès l’instant où le film bascule dans la vengeance, la menace sourde devient tangible, et Nick Hume (joué par un Kevin Bacon toujours aussi intense) se retrouve avec un gang déchaîné à ses trousses. Et c’est dans cette descente aux enfers que Wan insuffle tout ce qu’il a comme expérience du cinéma, bien décidé à créer une atmosphère aussi poisseuse et glauque que possible. Son sens du cadrage étouffant, son utilisation d’un grain 70’s, son montage éprouvant font de Death Sentence une bande sauvage et agressive, de celles qui posent des questions dérangeantes et qui offrent une illustration à la fois cathartique et destructice. Death Sentence ne manquera pas de causer quelque polémique morale, mais James Wan a le mérite de poser une question difficile et d’en évaluer les conséquences de manière frontale. Death Sentence visualise la lente érosion de Nick Hume, détruit physiquement et psychologiquement par la mort de son fils, et surtout par la vendetta qu’il a mis en marche. Dans ce sens-là, le film n’a vraiment rien d’une apologie, car les débordements de violence sont autant d’éléments qui vont rapprocher Nick des membres du gang dont il cherche à se venger. C’est à une véritable métamorphose que l’on assiste, dictée par une douleur si intense qu’elle ne peut trouver un assouvissement que dans l’explosion des instincts les plus primaires de l’être humain.



Mais cinématographiquement, qu’est-ce que c’est bon! Que ce soit la poursuite dans le parking avec son plan-séquence magistral, ou la métamorphose de Nick lorsqu’il se rase la tête, James Wan multiplie les scènes fortes et les plans iconiques, transformant son personnage en une version du Punisher que ne renierait pas Garth Ennis! Que ce soit dans la scène où il s’entraîne à charger les armes dans son repaire secret, ou bien lors de son premier carton, Wan insuffle une émotion totalement brute et vindicative dans ses plans, augmentant l’impact d’autant plus que Nick y laisse sombrer son humanité. Le film y gagne largement en crédibilité, et rattrape ainsi les quelques défauts scénaristiques plombant le milieu du métrage (notamment avec la flic qui rabaisse Nick car elle sent qu'il cherche à se venger) et qui décrochent un peu le spectateur.
Death Sentence est au final un film radical confrontant le spectateur à sa part bestiale, et les menus défauts qu’il contient ne suffisent pas à étouffer la hargne d’un James Wan déterminé. Dérangeant et cruel, il constitue un solide substitut au pâlot Punisher de Jonathan Hensleigh, et est une mise en bouche audacieuse avant la déferlante John Rambo le 6 février!