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lundi 30 juin 2008

DIARY OF THE DEAD- CHRONIQUE DES MORTS VIVANTS (GEORGE A. ROMERO, 2007)


Sorti le 25 juin 2008

Je ne suis pas particulièrement fan de la série des Morts vivants de Romero, mais l’avant-dernier épisode m’avait paru plutôt sympathique. La perspective de voir le sujet traité à la manière Blair Witch avait de quoi être enthousiasmante, et augurait d’un renouveau certain du film de zombie.
Et Diary of the Dead n’est rien d’autre qu’un énième film gore sans originalité ni crédibilité, où les protagonistes semblent sortir tout droit d’un bon vieux slasher des 90’s à la Scream, l’effet nostalgique en moins. S’il n’y a pas un personnage réussissant à capter l’attention du spectateur, il est alors très difficile de dérouler un récit correct, même si la forme se veut différente. C’est bien simple, la bande de cinéastes amateur fuyant à travers le pays dans un van ressemble à la bande à Scoubidou, avec à peine une touche de frisson en plus.


La psychologie reste engluée dans un schéma de base ultra-classique flirtant souvent avec le ridicule, ce qui handicape déjà grandement le film de Romero. Et c’est d’un bavard! On se croirait dans un pensum sur l’utilisation de la caméra, et les tentatives d’explications sur l’impossibilité du réalisateur de la lâcher sont d’une lourdeur vraiment impressionnante. Le ridicule surgit à de nombreuses reprises, et les dialogues interminables finissent par ôter le peu d’espoir qui subsistait après un pré-générique déjà limite.
Romero fait dans l’horreur intelligente, en préférant se concentrer sur la dénonciation de la perte d’objectivité face à la démocratisation de l’information (tiens, c’est original!) que sur une histoire qui possédait des atouts pour être bien flippante. Le résultat est un film sans rythme enchaînant les dialogues sans intérêt, ponctué de temps à autre d’une courte scène permettant au maquilleur Andy Schoneberg de montrer son talent. Et il en a, mais l’ensemble est tellement dilué dans une sorte de soap ridicule que l’effet est rapidement atténué (la fin dans la baraque à Victor Newman renforce bien cette impression!).


Le coup de la caméra à l’épaule à déjà été fait par d’autres, et en largement mieux. Balaguero, Plaza, Myrick, Sanchez, Reeves… Ces auteurs utilisaient leur objectif afin de créer une tension palpable et novatrice, tandis que Romero essaie vainement de faire sortir quelque chose de sa caméra en pensant que plus il insiste sur le procédé, plus ça va marcher. Au lieu de jouer dans la subtilité et de rappeler simplement à quelques reprises que tout ceci est filmé par les personnages du film, il le dit pendant 1h30 sans discontinuer, laissant même ses chers morts-vivants au second plan. Cloverfield, [REC] ou encore Le Projet Blair Witch savaient doser leurs effets, et savaient quand passer le relais pour simplement rendre flippant ce qui se passait dans le cadre. Romero ne la joue pas de la même manière, et son film s’en ressent. Diary of the Dead n’est qu’une ombre infime de ce qu’il aurait pu être, se sabotant lui-même par le jeu des références qui tombe littéralement à plat tellement c’est absurde (la répétition de la scène de la momie est à ce titre incroyable…). C’est très très lourd, et Papy Romero en a apparemment gardé sous le coude pour un second Diary…

samedi 21 juin 2008

HALLOWEEN (ROB ZOMBIE, 2007)



29 ans après le film de John Carpenter, Rob Zombie dépoussière le mythe qui s’était entaché de plusieurs suites poussives, qui semblaient avoir résolument anéanti le personnage de Michael Myers. L’approche de Zombie est très sensitive et se retrouve finalement très proche de celle utilisée par Carpenter en 1978 pour La Nuit des Masques. Halloween est une relecture brillante de cette figure du Mal, qui plonge le spectateur dans une horreur viscérale.
La première partie approfondit la dimension psychologique du futur tueur, et propose une immersion dans la vie chaotique du jeune Michael Myers alors qu’il va encore à l’école. L’approche de Zombie est toujours plus tendre envers les freaks, ce qu’ont démontré La Maison aux 1000 Morts et l’ultra-surévalué The Devil’s Rejects. Daeg Faerch est hallucinant dans le rôle de l’enfant perturbé, et sa bouille angélique cache de moins en moins le Mal qui grandit. Le regard qu’il lance à la caméra lorsqu’il se retrouve dans la voiture des flics est véritablement glaçant…
Le travail sur le rôle du masque est exemplaire, et va aboutir à une véritable dissociation de la psyché du jeune homme, tout en mettant à plat les bases mêmes du boogeyman en général. Le lien très fort entre l’être et son masque tient à la fois du fétichisme et de la peur, et le mélange fascinant de ces composantes donne tout son sens à l’évolution de Michael.


Rob Zombie développe le contexte psychologique et social qui va donner naissance au mythe, et sans pour autant excuser les actes de Myers, ils permettent de comprendre par quels degrés de souffrance et d’humiliation il a pu passer, et à quel point tout cela s’est comprimé en lui avant d’exploser littéralement dans un accès de violence dévastateur. On assiste impuissant à des scènes d’un réalisme choquant, et à la souffrance des victimes se mêle à une pitié certaine pour le petit garçon. Rob Zombie ne choisit pas son camp, il sait que Myers symbolise le Mal pour toute une génération de cinéphiles, mais il se permet de lui donner une aura plus consistante que dans le film originel, et se démarque par une approche plus intimiste.
Passée cette première partie, le véritable remake commence. C’est à partir de là que l’on se sent littéralement projeté à la fin des années 70, tant le travail sur les décors et la lumière sont exceptionnels. Rob Zombie rend un véritable hommage à l’œuvre de Carpenter en s’insérant dans un cadre semblable, qu’il parvient à inonder de la même ambiance atmosphérique qui nimbait La Nuit des Masques. La sagesse de Zombie est de ne pas tenter de rivaliser avec la mise en scène de Carpenter, mais de l’invoquer à plusieurs reprises, au détour d’une rue à la profondeur de champ lointaine, d’une allée bordée d’arbres où chemine Laurie Strode, ou de cette vision crépusculaire de la bicoque abandonnée. Rob Zombie ne réalise pas un film fun qui permettra de relancer la franchise en attirant les ados à la pelle, il met en scène un film résolument fort qui soutient la comparaison avec celui de 1978, et qui devient lui aussi un film d’horreur ambitieux et captivant.


Le casting est vraiment à la hauteur des attentes, avec une Scout Taylor-Compton qui crie aussi bien que Jamie Lee Curtis! Son côté fragile et touchant laissera entrevoir d’autres aspects, et c’est dans cet enrichissement progressif que va évoluer Halloween. Malcolm McDowell ajoute sa touche de folie au rôle du Dr Loomis; mais surtout, Tyler Mane (le Dents-de-Sabre de X-Men) donne une dimension montagneuse et ténébreuse à Michael, jouant uniquement de sa stature pour donner vie au personnage mutique. Un rôle tout à sa mesure, auquel il s’applique à redonner son aura de terreur. Le reste du casting est composé d’habitué du réalisateur, avec sa femme Sheri Moon Zombie dans le rôle tragique de la mère de Michael, mais aussi William Forsythe, Danny Trejo, Ken Foree, Tom Towles, Leslie Easterbrook, Lew Temple, Sid Haig ou encore Bill Moseley. Soit la bande au complet de Devil’s Rejects! Et si vous ajoutez encore Brad Dourif, Udo Kier ou Adrienne Barbeau, vous vous rendrez compte de la véritable culture de Zombie qui est allé recherchez des bonnes vieilles trognes des années 80!
Mais au-delà de ce casting aux petits oignons, Halloween est avant tout une pièce maîtresse du renouveau horrifique qui fait rage en ce moment, et il constitue une des pierres angulaires de cette approche résolument frontale du genre. Un juste retour à l’âpreté 70’s qui caractérisait déjà son précédent opus, transfiguré par la partition envoûtante de Tyler Bates qui réintroduit efficacement la musique originelle signée Carpenter!


samedi 24 mai 2008

L’AU-DELA (LUCIO FULCI, 1981)



Avec une production moyenne de 3 films par an, Lucio Fulci est l’un des réalisateurs italiens les plus prolifiques. Mais il est surtout l’un des plus réputés de sa période (1960-1980) avec Dario Argento et Mario Bava. L’horreur est un genre en plein essor à cette époque, et la particularité de ces auteurs est d’apporter une touche véritablement esthétique à leurs films. La révolution du giallo (qui signifie jaune, en rapport avec la couleur des couvertures des romans dont ils s’inspiraient) et l’émancipation de la terreur vont donner naissance à des œuvres très caractéristiques.



Cet Au-delà s’inscrit parfaitement dans la continuité, avec une histoire d’hôtel abandonné bâti sur l’une des sept portes de l’Enfer. Jeune fille aveugle, chambre maudite, crucifixion… Tous les éléments classiques de l’horreur italienne se conjuguent avec un sens efficace de la mise en scène, qui est nettement plus picturale que viscérale. Même si l’angoisse est présente, L’Au-delà est surtout une démonstration technique étonnante; le travail sur les prothèses et les effets visuels est impressionnant, surtout pour un film qui a plus de 25 ans! Ce film contient des séquences classiques, notamment la scène surréaliste avec les araignées, qui est à la frontière du documentaire et de l’horreur! Les dépeçages et autres énucléations sont d’un réalisme étonnant, et Fulci s’attarde sur les détails avec une précision chirurgicale. Son sens du détail allonge les scènes sans pour autant tomber dans une surenchère malsaine, mais toujours dans un esprit réellement artistique. La scène de la morgue avec le sang qui se répand telle de la lave en fusion rejoint un surréalisme à la Bunuel, et dégage une atmosphère désespérée agrémentée par la musique entêtante de Fabio Frizzi.


La composition des plans s’apparente au travail d’un peintre, et Fulci joue sur les couleurs et les arrière-plans pour donner naissance à une œuvre fantasmagorique. L’Au-delà n’est pas un film d’épouvante qui vous fichera les foies de votre vie, mais il possède une identité visuelle forte qui en fait tout l’intérêt. La particularité de ce film est qu’il se passe à la Nouvelle-Orléans, et que Fulci y applique sa recette italienne si particulière. Un mélange curieux, même si la prédominance des qualités italiennes prend nettement le pas sur l'ambiance sudiste .
Lucio Fulci enchaîne les séquences en variant les plaisirs (ou les tortures selon le point de vue) dans une histoire de zombies au rythme lent, mais traversée de fulgurances gores. Les visions cauchemardesques auxquelles le réalisateur nous convie semblent tout droit sorties des enfers, et le titre du film n’est pas usurpé, même si l’incursion proprement dite dans l’au-delà est relativement fugace. Fulci convoque des aspects religieux sous-jacents mais forts, notamment lors de la flagellation et de la crucifixion. Son film dégage une sorte d’angoisse religieuse, de culpabilité toute catholique, et de punition démoniaque. Les zombies semblent presque inoffensifs, mais ils créent un sentiment diffus de malaise qui perdure pendant tout le film.
Sans être un chef-d’œuvre de l’horreur transalpine, L’Au-delà en est un digne représentant, dont l’esthétisme très travaillé est représentatif des productions de l’époque.

samedi 17 mai 2008

PUSHER 3 (NICOLAS WINDING REFN, 2005)



Nicolas Winding Refn clôt sa trilogie en 2005 avec un film qui se concentre cette fois sur la figure très particulière de Milo, le trafiquant serbe qui apparaissait déjà dans les deux premiers opus. S’il était un élément essentiel dans Pusher, il n’en était pas le personnage principal. Ce qui est chose faite avec ce Pusher 3, sorti juste un an après le 2.
Le premier Pusher était un coup de poing féroce, et le second était bien en-deça. Que dire de ce troisième épisode, qui commence pourtant sous les meilleurs auspices? Le fait de retrouver un personnage emblématique de la saga, dont la personnalité bien trempée était un élément essentiel de la réussite du premier, est en soi une bonne chose. On retrouve donc Milo dans une journée très chargée, puisqu’il doit organiser une fête pour les 25 ans de sa fille. Mais il va devoir gérer un problème de trafic bien emmerdant, et cette journée qui devait être placée sous le signe de l’amusement va rapidement déraper…


Le principe que Refn applique à ses Pusher est le même: un individu qui fait dans les affaires illégales et qui se retrouve dans la merde. Frank pour le premier, Tonny pour le second, Milo dans le troisième. La routine est connue, Refn change de personnage et de situation. Mais le problème majeur du film est le même que pour le second: le rythme. Pusher est un film tellement maîtrisé et tendu que ses suites semblent avoir été réalisées par un autre metteur en scène. Non pas qu’il n’y ait pas quelques moments intéressants, mais le tout est noyé dans une ambiance nettement moins travaillée. Dans Pusher 3, Refn parvient quand même à créer quelques séquences stressantes, mais atténuées par un scénario qui laisse retomber la pression. Et c’est dans le dernier acte que tout bascule dans le sordide et le malsain.


Dans Pusher, la violence était une composante nécessaire, et sa mise en scène était crue mais jamais gratuite. Dans Pusher 3, Refn dépasse largement cette limite pour tomber dans un gore outrancier qui dessert complètement le film. La figure de Milo, sorte de Parrain serbe de la vieille école, est joué avec beaucoup de charme par Zlatko Buric, mais le personnage perd toute son aura avec le dénouement du film. Quand Nicolas Winding Refn dressait le portrait impitoyable d’un loser pris malgré lui dans une spirale de violence avec le personnage de Frank, il exploitait des thèmes psychologiquement forts qu’il exprimait quasiment sans dialogues. Toute la subtilité de ce film brut reposait sur l’aspect sous-jacent de cette psychologie. Refn tenté de poursuivre ça avec ses deux suites, mais le résultat est beaucoup plus bancal.
Ce troisième épisode est lui aussi un pétard mouillé, et ne parviendra pas à retrouver la force viscérale du premier. Les retrouvailles avec Radovan, l’homme de main impitoyable du premier, ne vont ouvrir que sur une boucherie bien dégueulasse. La motivation de Pusher 3 semble se résumer à ce dernier acte créé pour choquer, et qui ne possède aucun intérêt. De l’ambiance glauque et stressante du premier opus, on est arrivé en trois films à quelque chose de vide et malsain. Une déchéance qui ne frappe pas que les personnages…

samedi 10 mai 2008

LES MAITRES DE L’HORREUR SAISON 1 (MICK GARRIS, 2005)



Il y a 3 ans, la chaîne américaine Showtime frappait un grand coup en réunissant 13 réalisateurs (plus ou moins) versés dans l’étrange et le sanguinolent. Cette première saison des Maîtres de l’Horreur donnera naissance à 13 films très différents, mais tous centrés sur la peur et le sang.
Un casting démentiel a été réuni par Mick Garris, l’instigateur du projet, qui est à la télévision ce que Frank Darabont est au cinéma: le metteur en scène officiel de Stephen King. A son crédit, les adaptations du Fléau, de Shining, d’Un Tour sur le Bolid’ et de Désolation.
Les épisodes qu'il produit pour cette anthologie vont voir des artistes sortir du lot, mais aussi certains se reposer sur leurs lauriers. L’ensemble est intéressant, même s’il n’est pas aussi passionnant que ce à quoi on pouvait s’attendre. Mais ne faisons pas la fine bouche, et (replongeons-nous dans cet hommage aux films à sketches d’antan…
Ce qui est particulièrement frappant au vu de tous ces épisodes, c’est la vision d’une figure féminine diabolique. Dans La Belle est la Bête de John Landis, c’est une femme-cerf qui met les flics à rude épreuve. Aussi belle que dangereuse, cette créature issue du folklore amérindien prend les traits de la sublime Cinthia Moura. Le jeu silencieux de l’actrice passe en un plan du sourire charmeur au visage empli de haine. Etonnant et très efficace… Et c’est l’excellent Brian Benben, le héros de la série Dream on, qui en fait les frais! Dario Argento quitte les ambiances giallesques et compose avec Jenifer une œuvre étrange centrée sur une femme aussi repoussante qu’attirante, et il explore les frontières de cette dualité. L’attirance morbide de ce flic pour la mystérieuse Jenifer est très frontale, et donne un film atypique, à la fois dérangeant et réussi. Les amants d’Outre-Tombe de John McNaughton poursuit dans cette veine féminine en créant une ambiance gothique plutôt réussie, mais avec un rythme trop calme pour convaincre.


L’un des épisodes les plus marquants de cette saison est sans doute celui de John Carpenter, qui est à des années-lumières de ce qu’il fait habituellement. La Fin absolue du Monde est une œuvre angoissante qui n’offre aucune porte de sortie, et cette radicalité étonnante est très bien maîtrisée. Un cauchemar étouffant proche de l’Enfer… La Maison des Sévices de l’ultra-dérangé Takashi Miike est lui aussi bien radical, mais dans le mauvais sens du terme. Son épisode se concentre simplement sur la torture d’une jeune femme, et apparaît comme purement gratuit et malsain. Encore un délire du père Miike qui devrait ravir ses fans hardcore, et dégoûter les autres.
L’humour est aussi présent dans cette saison, notamment avec le Serial Auto-Stoppeur de Larry Cohen, qui place une jeune femme entre deux tueurs en série au beau milieu d’une route isolée. Les personnalités des bad guys sont plutôt bien définies, et le scénario particulier de cette confrontation est intéressant. Vote ou crève de Joe Dante est une satire du film de zombie, où les morts se relèvent pour aller au bureau de vote et modifier ainsi les résultats! Une charge bien appuyée qui, passée l’originalité du propos, se perd dans une allégorie bancale.

Des morts vivants au programme du très mou La Danse des Morts de Tobe Hooper (avec Robert Englund!), une vilaine sorcière dans le réussi Le Cauchemar de la Sorcière de Stuart Gordon, un boogeyman forestier dans le très moyen La Survivante de Don Coscarelli… Toutes les variétés horrifiques sont présentes, et sont traitées avec plus ou moins de succès…

Lucky McKee réalise avec Liaison bestiale un film étonnant et charnel, dont le côté Hidden est traité avec une vision très personnelle. L’un des meilleurs épisodes… William Malone traite des enlèvements d’enfants avec La Cave, et le basculement du réalisme vers le surnaturel est plutôt bien traité. Et enfin, Mick Garris, l’hôte de ces nuits épouvantables, met en scène Chocolat, une histoire très originale d’un homme percevant à distance les sensations d’une femme, et qui part à sa recherche car il en est tombé amoureux. Une réalisation soignée et un propos très étrange pour un épisode aux limites de la folie.
Une première salve sympathique donc, même si certains réalisateurs nous laissent sur notre faim. Mais l’ensemble est asses consistant pour susciter l’intérêt!

samedi 12 avril 2008

28 SEMAINES PLUS TARD (JUAN CARLOS FRESNADILLO, 2007)


Les zombies ont la côte en ce moment, tout comme les réal ibériques, alors quoi de mieux que de confier la suite du réussi 28 Jours plus tard à un gars prénommé Juan? Le résultat est un spectacle trippant et flippant de haute volée, une claque cinématographique qui nous fait regretter que les zombies n’aient pas appris à courir plus tôt…Les puristes noteront qu’il s’agit en fait de contaminés, puisque les sprinters ne sont pas réellement morts. Mais l’effet est le même, et les hordes de types débraillés et ensanglantés qui courent dans les rues de Londres sont tout ce qu’il y a de plus déchaînées!
Point de départ: l’épidémie qui a ravagé Londres 28 semaines plus tôt semble éradiquée, et le gouvernement décide de repeupler une partie de Londres. La vie reprend donc son cours sous l’œil orwellien de l’armée. Caméras omniprésentes, soldats en faction à chaque coin de rue, snipers en alerte sur tous les toits… Ca ressemble à un cauchemar mais c’est le mal nécessaire pour assurer un retour à la normale. Mais le virus ne va pas tarder à refaire surface, et les nouveaux habitants vont se retrouver pris au piège…
Après une intro d’une radicalité et d’une cruauté incroyable, Fresnadillo ne lâchera plus son spectateur. Les éléments mis en place dans cette séquence à la fois gore et d’une beauté visuelle rare vont être prépondérants pour la suite du film, et les notions de culpabilité et de survie sont traitées avec un réalisme s’éloignant totalement des standards débilitants ayant trop souvent cours dans le film apocalyptique (les héros ridicules à la Resident evil 2 sont donc proscrits). Robert Carlyle (encore lui!) joue un rescapé qui va tenter de reconstruire une cellule familiale, et le jeu de l’acteur est d’une justesse étonnante qui fait de son personnage un être meurtri et aimant, caractéristique des paradoxes finalement humains qui sommeillent en nous et qui sont trop souvent bannis des films. Les personnages des enfants sont eux aussi incarnés par deux très bons acteurs, Mackintosh Muggleton et Imogen Poots, qui j’espère feront parler d’eux un jour! Leur jeu apporte des nuances et un réalisme cetrains, et participe beaucoup à la réussite du film.


Visuellement, 28 Semaines plus tard est une bombe atomique qui fait le lien avec le précédent film de Danny Boyle, mais qui fonctionne également de manière autonome. Loin de plagier son prédécesseur, Fresnadillo prolonge le cauchemar en utilisant à fond les ressources techniques mises à sa disposition, et on se retrouve dans un univers désespéré qui n’est pas sans évoquer les clips de Cunningham pour Aphex Twin, aussi radical que maîtrisé. L’imagerie militaire omniprésente censée préserver la population va basculer dans l’horreur pure, et les séquences hallucinantes de mitraillages et de destruction massive possèdent un potentiel monstrueux! Toujours secondée par une réelle dimension psychologique et émotionnelle, la mise en scène de Fresnadillo est d’une maîtrise rare, optant pour un montage à la limite du lisible lors de certaines scènes d’attaque, mais qui s’en retrouve du coup encore plus terrifiantes à cause de ce manque de compréhension et de cette perte de repère spatial. Il met en image la panique dans ce qu’elle a de plus pur et viscéral, n’hésitant pas à traiter du mouvement de foule irrépressible et de l’effet dévastateur du phénomène d’inconscient collectif. Il s’agirait presque d’une sorte d’étude des masses en milieu hostile en fait, et l’aspect social renforce encore davantage le propos du film!



Un mot sur la musique, qui est tout simplement sublime! John Murphy est un génie qui crée un score immersif à souhait, mêlant des accents oniriques teintés d’un pessimisme du plus bel effet, transcendant des scènes déjà énormes visuellement. L’intro avec Carlyle courant dans les prés avec les infectés à ses basques est tout simplement une des plus belles scènes que j’ai pu voir dans le domaine du fantastique, et la partition de Murphy y est d’une beauté à pleurer…
La scène très choquante des snipers sur les toits symbolise elle aussi cette sensation de déchéance humaine, et son aspect révoltant est d’autant plus fort que la situation est devenue totalement incontrôlable. Enorme tant d’un point de vue humain que gore, 28 Semaines plus tard est une réussite totale qui risque de vous donner des cauchemars, mais qui mérite amplement d’être considéré comme l’un des meilleurs films désespérés de ces dernières années…



mardi 1 avril 2008

PLANETE TERREUR (ROBERT RODRIGUEZ, 2007)


Le concept de départ du dyptique Grindhouse est alléchant: rendre hommage aux films d’exploitations des années 70, lorsque les drive-in proposaient des double-programmes bourrés de sexe, de violence et de langage fleuri. Des films de mec en somme, avec toute leur subtilité essentielle comme peuvent en attester des titres comme Shaft, Femmes en Cage ou Cannibal Holocaust. Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ont donc respecté le concept, Tarantino réalisant le premier segment intitulé Boulevard de la Mort (Kurt Russell traquant ses victimes au volant de son bolide fou), et Rodriguez s’offrant une relecture du film de zombies avec Planète Terreur.
Le film du texan sent à plein nez les années 70 et 80, et l’hommage rendu aux bandes d’antan est réalisé avec une vraie déférence et une envie sincère de recréer cette époque. La dégradation physique de la pellicule avec l’ajout de grain et de voile participe entièrement à ce souci d’authenticité, similaire au craquement du vinyle que cherchent à reproduire certains artistes electro (DJ Shadow par exemple). Thématiquement, le film se place dans la lignée des histoires délirantes de l’époque, avec ici une contamination transformant les gens en zombies.


Mais le petit plus qui fait la différence réside dans l’organe on ne peut plus viril et sexuel ajouté au personnage de Cherry (Rose McGowan sexy à mort!), qui se retrouve affublée d’une mitraillette à la place de sa jambe amputée. L’image est marquante à souhait, et ce simple visuel suffit à attirer le spectateur (mâle en l’occurrence). On pense évidemment au Sex Machine d’Une Nuit en Enfer (de Rodriguez évidemment) avec Tom Savini (qui joue dans Planète Terreur évidemment) équipé d’un flingue sortant de sa braguette! Et on pense aussi au prochain The Machine Girl de Noboru Iguchi avec sa lycéenne en mini-jupe qui se fait greffer une mitrailleuse à la place du bras, amputé lui aussi! Du gore en perspective pour ce long métrage apparemment complètement barré, dont vous pouvez voir la bande-annonce sur le site de Mad Movies!


Planète Terreur joue donc sur la surenchère, et mêle l’absurde au gore dans un souci de complémentarité entériné par un casting trois étoiles, que je ne dévoilerai pas puisque plusieurs protagonistes n’apparaissent pas au générique… En tout cas c’est du lourd, et Rodriguez s’en sort bien avec tout ce beau petit monde, chacun semblant prendre un malin plaisir à se retrouver embourbé dans cette histoire de ville contaminée faisant la part belle aux horribles effets de maquillage de la paire Nicotero-Berger, déjà à l’œuvre sur la série Les Maîtres de l’Horreur. Planète Terreur est un film bien crade, avec des monstres qui se font exploser la tronche dans des gerbes de tripes avec des sons bien dégueu, offrant aux spectateurs des équarrissages bien jouissifs comme lors de la traversée de l’hôpital, où Freddy Rodriguez saute littéralement dans tous les sens pour latter du zomblard! Et la musique très carpenterienne n'est pas un hasard, puisque des emprunts ont été fait directement à New York 1997, et que Big John devait initialement composer lui-même le score!
Le réalisateur soigne bien son scénario, en créant des personnages types mais en ajoutant des dialogues bien sentis qui font la différence. Planète Terreur se veut une relecture mouvementée des films grindhouse, et dans ce sens est réussi. Un seul bémol peut-être: le film, aussi fun soit-il, aurait pu aller encore bien plus loin avec le potentiel qu’offrait le personnage-clé de Cherry, sympathiquement piqué dans la mythologie du v-cinéma nippon. Et oui, Rose McGowan n’est pas la première à distribuer la mort avec sa jambe! Par contre impossible de remettre la main sur cet obscur film... Le jeu des références est amusant, mais à mon avis, The Machine girl sera bien plus radical! On prend les paris?

mercredi 26 mars 2008

EVENT HORIZON LE VAISSEAU DE L’AU-DELA (PAUL W. S. ANDERSON, 1997)


Paul Anderson se traîne une sacrée réputation de réalisateur de seconde zone (pour rester poli). Il est vrai que son Resident evil n’est pas des plus aboutis, mais son Alien Vs Predator s’était tellement fait massacrer à sa sortie que j’ai finalement été surpris par la tenue correcte du film. Faudra peut-être que je le revois, penseront certains, je m’y attellerai peut-être un jour…
En tous les cas, son troisième film est perçu comme le meilleur de sa carrière par bon nombre de critiques et de fans de ciné. Je me suis donc procuré le superbe coffret collector en forme de vaisseau spatial (merci Reb Brown!) et j’ai visionné cette galette de science-fiction effectivement surprenante et très réussie.
Le principe de départ est tout ce qu’il y a de plus simpliste et s’inscrit dans la tradition des récits spatiaux: une mission de sauvetage est envoyé au-delà de Neptune afin de secourir les possibles survivants d’une équipée ayant mal tourné. Nous sommes en 2047, et le vaisseau Event Horizon semblait s’être totalement volatilisé pendant 7 ans, avant de réapparaître sur les capteurs. L’équipage du vaisseau de secours comporte 8 personnes aux spécialités bien diverses, dont un scientifique ayant œuvré à la construction de la navette disparue.


Quand un film se déroule en vase clos, la base de sa réussite réside évidemment dans la caractérisation des personnages, qui est ici bien avancée: on retrouve un capitaine à la poigne de fer (Lawrence Fishburne, impeccable), un scientifique effacé (Sam Neill, toujours très bon), et une troupe d’hommes et de femmes aux caractères trempés, ce qui n’est pas sans provoquer des interactions tendues. La justesse du casting et des rôles est quasiment au même niveau qu’un Sunshine, ce qui est plutôt bon signe.
L’intrigue en elle-même ouvre sur des perspectives illimitées, puisque le mystère des 7 années perdues semble s’étayer de manière très dramatique. Un mystère qui va rapidement tourner à l’angoisse, en déroulant un récit bien allumé qui devrait ravir les amateurs de science physique tout en ne perdant pas ceux qui aiment les sensations fortes. C’est à un voyage suffocant que nous convie Paul Anderson, et le moins que l’on puisse dire est qu’il maîtrise vraiment son navire, tout en ne lésinant pas sur les effets gores... Sa mise en scène à la fois élégante et dynamique offre de très belles séquences spatiales, notamment lors de la réparation de la coque externe du vaisseau. Mais le côté claustrophobe du film est tout aussi réussi, avec des séquences dans l’immense labyrinthe à la structure finement gothique. Une sorte de vaisseau manoir aux grandes pièces sombres, qui préfigure celui de Resident evil…


Event Horizon pousse son script de départ vers une dimension allant au-delà des limites de l’univers connu, et Anderson parvient à maintenir la cohésion de l’ensemble malgré quelques petites baisses de régime en milieu de métrage. Rien qui suffise à émousser l’envie du spectateur d’en savoir plus, et les séquences d’action liées à ce mystère sont très réussies techniquement. En fait, tout fonctionne plutôt bien, sauf pour les astronautes évidemment. Mais c’est bien pour ça que l’on veut voir ce film!
Paul Anderson, respect donc pour ce pur moment de flippe spatiale, et même si tu te fais descendre par tout le monde, je crois encore en toi mec!

mardi 12 février 2008

JOHN RAMBO (SYLVESTER STALLONE, 2008)



Sorti le 6 février 2008

Un an après avoir apporté une conclusion puissamment émotive à sa saga Rocky, Sly achève le cycle de son autre personnage fétiche, Rambo. Après le dernier round du boxeur fatigué, que reste-il afin de caractériser un personnage emmuré dans la guerre?
C’est en Thaïlande que l’on retrouve l’ex-militaire, vivant retiré dans un petit village et subsistant grâce à la chasse. Mais à quelques kilomètres de là, la guerre fait rage en Birmanie, et sa proximité géographique ne va pas tarder à attirer le guerrier qui sommeille. En effet, après avoir accompagné un groupe d’évangélistes au but noble et presque irréalisable (aller aider la population birmane victime des exactions de la junte militaire), il apprend qu’ils ont été faits prisonniers par l’ennemi. Une milice est envoyée sur place afin de les récupérer, et Rambo veut les accompagner. Mais le chef des mercenaires refuse, John Rambo semblant trop vieux pour être d’une quelconque aide.
L’héritage des glorieuses années 80 se ressent beaucoup dans ce John Rambo, et apparaît déjà avec la calligraphie du générique qui nous ramène 20 ans en arrière. L’élaboration du script est aussi emblématique de cette vision frontale qui caractérisait les œuvres à l’époque, et qui ne s’embarrassait pas de considérations superflues. John Rambo va a l’essentiel, et s’appuie sur un scénario épuré au maximum qui entre dès le début dans le vif du sujet avec des images insoutenables du journal télévisé. Le contexte est posé, et lorsque les évangélistes débarquent, la suite prend forme tout aussi rapidement. La seule femme du groupe aura un impact considérable sur Rambo, puisqu’elle mêlera 3 visions de la femme qui font défaut au guerrier: la mère protectrice (le rôle qu’elle souhaite avoir avec la population birmane), la femme passionnée (réminiscence de Rambo II: la Mission), et la fille qu’il n’a pas eue et qu’il doit protéger ( il n’arrête pas de lui dire « Rentrez chez vous! »). C’est ce personnage ambivalent qui sera l’élément déclencheur de toute l’opération, et sous l’apparente transparence des protagonistes se cachent des motivations et des désirs perdus bien plus profonds qu’il n’y paraît. C’est cette femme qui va faire ressurgir le guerrier…



Et dès lors qu’il réapparaît, une question simple et évidente me vient à l’esprit: pourquoi une interdiction aux moins de 12 ans? Parce que pour le coup, je l’aurai allégrement montée jusqu’à 18 ans. Le carnage est total et la boucherie sanguinolente à souhait, et il y a de quoi choquer même des adultes dans ce film sans équivoque. Les démembrements, immolations et autres éviscérations vont se succéder avec un sens du détail rare, et Sylvester Stallone s’applique à rendre le tout aussi cru et réaliste que possible. Il s’est largement immergé dans le conflit birman afin de rester aussi proche que possible de cette réalité insoutenable, et les images qu’il crée sont malheureusement un miroir des exactions perpétrées dans ce pays.



Visuellement, jamais on avait été aussi loin dans la représentation de la guerre, et Sly en impose avec cette vision résolument pessimiste de la nature humaine. La montée en puissance de la violence se fait avec intelligence et un grand sens du rythme, aidé par un montage d’une clarté rare. Tout y est lisible, et la caméra évite le syndrome de la tremblote qui empêche de voir ce qui se passe. John Rambo se veut frontal et direct, et le style visuel adopté est immersif au possible. Face à cet ennemi épouvantable, le spectateur ne peut qu’être aux côtés de Rambo et des mercenaires, et un glissement progressif vers une sensation de jouissance létale se fait, un peu à la manière d’un Death Sentence ou d’un A vif. Lorsque la certitude que rien ne pourra faire changer d’avis les agresseurs se fera jour (ce qui est relativement rapide en fait), et que seule la violence pourra les arrêter, cette dernière s’en trouve justifiée et convoque ce qu’il y a de plus sombre dans l’esprit humain. Rambo puise en lui afin de trouver la force de faire « son travail », et c’est après avoir totalement accepté le fait d’être un guerrier et d’aimer donner la mort qu’il est au maximum de ses capacités. Il se sent libéré, et peut exprimer totalement sa puissance.
Etonnant, violent, éprouvant, John Rambo revient à la base du personnage (la forêt environnante n’est-elle pas son berceau?) et lui offre un dernier tour d’honneur qui sent le soufre et les tripes. Tout comme il n’était pas trop vieux pour ces conneries dans Rocky Balboa, Stallone est encore alerte et efficace dans le maniement de l’arc et de la mitraillette. Mon Dieu, ces têtes qui explosent comme des pastèque, ces geysers de sang, ces genoux qui explosent… Franchement, ce film m’a réellement choqué, mais c’était là justement le but de Sylvester Stallone, et il a réussi à traiter ce sujet résolument grave avec une vision à la fois désabusée et pleine d’espoir. Encore une réussite magistrale pour la star des années 80…


mardi 5 février 2008

GERARDMER 2008: SEANCE 6: ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE (JONATHAN LEVINE, 2006)

Reb Brown le magnifique



Jimmy alias Le terrible Lionel Luthor La démoniaque Mother Firefly














Wade Wilson alias Deadpool


Après le très percutant Shrooms, on sort de la salle et on se remet directement dans la file pour assister au dernier film, le seul de nationalité américaine que l’on verra dans ce festival. L’attente n’est pas très longue, le public est peu nombreux. Nous essayons de savoir qui a remporté le Grand prix, mais personne ne semble au courant. Reb Brown fait appel à un ami, qui lui annoncera la victoire de L’Orphelinat. Merde, c’est râté pour [REC], qui repartira quand même avec un prix du jury partagé avec Teeth, un prix du jury jeune et un prix du public. Vive le public. Sinon les paupières commencent à se faire lourdes, mais ça devrait encore aller pour la belle Mandy Lane…





All the Boys love Mandy Lane commence comme un teen movie ultra classique, présentant une belle jeune fille que tous les garçons du lycée convoitent. La belle est filmée amoureusement par un Jonathan Levine qui la déifie, et la sensualité qui se dégage de son film est intense. Mandy Lane est la figure même de la fille simple et inaccessible, en tout cas pour les lourdeaux qui ne veulent que coucher avec elle.
Après une présentation typique avec soirée piscine et litres de bière, le ton se fait tout de suite moins engageant lors de la première mort. C’est là que l’on perçoit cette atmosphère pourtant déjà présente, et composée à la fois d’innocence et de fatalité.


Jonathan Levine réalise ici son premier long, et y instille une ambiance où la mort côtoie la nostalgie. Ces images de Mandy avec les champs en arrière-plan convoquent une sorte de tranquillité primale, et ce retour à la nature qui amènera le sang est riche de cette atmosphère intemporelle appliqué par Levine, et qui s'insinue jusque dans les moindres détails. Ce que fait le réalisateur, c’est recréer la période parfaite du lycée (les mecs sont (presque) tous beaux et les nanas canons) et de tout changer en dynamitant l'ensemble. All the Boys love Mandy Lane est la version tragique d’American Pie, celle qui aurait été croisée avec Bowling for Columbine. L’effet est d’autant plus dévastateur que le script de Jacob Forman est astucieux, sans pour autant sombrer dans l’excès de zèle qui plombe souvent le slasher. Forman et Levine se concentrent sur l’adolescence même, avec son lot de frustrations et de questionnements, et c’est de là que naît la substance même du mal qui va ronger le groupe. Une lointaine filiation pourrait être faite avec le Black Hole de Charles Burns, l’aspect tragique omniprésent semblant partagé par les deux artistes.
All the Boys love Mandy Lane est une œuvre à l’ambiance étrange, un peu à la Virgin Suicides, et qui s’inscrit soudain dans le gore avec des massacres bien bourrins et originaux. La chasse est lancée, et les survivants seront peu nombreux. Un film étonnant, aussi beau que trash.




Ça y est, notre fantastique journée s’achève vers 22h30, et nous quittons les Vosges en essayant d’éviter les petites filles qui traversent les routes perdues de montagne. Après la qualité du programme de ce dimanche, c’est certain que nous reviendrons l’année prochaine, et peut-être même pour tout le festival…


vendredi 1 février 2008

GERARDMER 2008: SEANCE 4: [REC] (JAUME BALAGUERO, PACO PLAZA, 2007)



Enfin un peu de répit après le très bon End of the Line, et nous avons 1h30 avant le début de [REC]. C’est le moment de manger un morceau et de se poser un peu. Nous trouvons un petit bar sympathique où l’on peut s’offrir des gaufres et regarder Les Aventures de Jack Burton- dans les Griffes du Mandarin, que demander de plus? L’ombre de Carpenter plane encore sur le festival… On se détend bien, et on se dit que ce n’est pas la peine de se presser, vu le peu de monde qu’il y a aux séances. Mais [REC] étant le film le plus attendu, on préfère jouer la précaution et vite reprendre la voiture pour arriver avec une demi-heure d’avance. Et quand on arrive devant le Casino, le stress: la foule est très nombreuse, et il faut encore garer la voiture. Je dépose la mauvaise troupe et part à la recherche d’une place, que je trouve enfin à un kilomètre de là. Je tape un sprint jusqu’à la foule, et je suis coupé de mes potes. Le stress est intense, puisqu’on se trouve à hauteur du panneau marqué « A partir de ce point, vous n’êtes pas sûr d’assister à la séance ». Encourageant. La foule a peur de ne pas pouvoir se faire peur. Puis ça avance par petites vagues, je vois Jimmy, Reb Brown et Mother Firefly entrer dans le hall, et je ne tarde pas à les rejoindre. Ça est, j’ai du mal à y croire mais on y est...



Sortie le 23 avril 2008


Angela, une journaliste spécialisée dans les reportages nocturnes, tourne une émission sur la vie des pompiers de Barcelone. Accompagnée de son cameraman Pablo, elle va passer de longues heures à attendre qu’une intervention soit requise. Mais dès que la sirène retentit, c’est le branle-bas de combat, et tout le monde embarque pour se rendre dans un immeuble de la ville. Des gens auraient entendu leur vieille voisine hurler. Arrivée sur place, l’équipe croise les occupants dans le hall, et monte en direction de l’appartement de la vieille. Angela avait peur de ne rien filmer d’intéressant cette nuit. Elle ne va pas tarder à regretter ses paroles…
Jaume Balaguero est réputé pour sa maîtrise de l’espace et son sens du cadre, qui ont donné naissance à des œuvres comme Darkness ou Fragile. Paco Plaza a réalisé l’estimé Les Enfants d’Abraham, centré sur une secte religieuse. Les deux réalisateurs espagnols s’unissent cette fois-ci pour changer radicalement de sujet, et en profitent pour modifier le fond et la forme. Exit la belle image et le montage au cordeau, c’est à une expérience bien plus réaliste que l’on va assister. La technique déjà éprouvée sur l’excellent Le Projet Blair Witch est à nouveau utilisée, et il ne s’agit aucunement d’un artifice ou d’une tentative de récupération du public. L’utilisation de la caméra en mode intradiégétique (c’est-à-dire que tout ce qui est vu à l’écran est filmé dans l’histoire elle-même) augmente la tension du récit de plusieurs degrés. L’aspect documentaire, lorsqu’il est correctement utilisé, fait des merveilles, et c’est bien le cas ici. Même si les merveilles en questions sont plutôt horribles…


Il est très difficile de parler de ce film sans dévoiler ce qui s’y passe. On peut dire que l’utilisation du lieu unique (l’immeuble) rend la situation d’autant plus claustrophobe que la menace peut venir de partout. Les différents étages sont autant de degrés à gravir dans la peur, et quelles peurs! Autant Le Projet Blair Witch est un chef-d’œuvre d’épouvante suggestive, autant [REC] en est son pendant démonstratif. La petite fille du trailer qui a lançé le buzz sur internet n’est qu’une partie d’un ensemble à vous laisser blanc de peur. L’intelligence de Balaguero et Plaza est de tout concentrer sur une durée très courte (le film ne fait qu’1h20) et d’enfermer le spectateur dans cet immeuble en ne lui laissant pas la possibilité de sortir. La tension est permanente, et dans les quelques rares moments de calme, on ne peut pas s’empêcher de scruter l’arrière-plan et les côtés.


Plus encore que dans un film classique, la notion de champ et de hors-champ est capitale, puisqu’ils se superposent ou s’éloignent ici du fait de la tension de celui qui tient la caméra. Les mouvements désordonnés et les plans furtifs sont donc nombreux, et intensifient l’impact de ce qui se trouve dans le cadre par leur aspect aléatoire. Lorsque la caméra capte ce qui se trouve au bout du couloir, cette forme qui semble avancer lentement, c’est le cameraman, et par extension le spectateur, qui se trouvent finalement dans la même configuration, et qui voient leur taux d’adrénaline monter en flèche.
Malgré le buzz médiatique sur internet, rien ne peut vous préparer à cette expérience. La peur va s’agripper à vous, et elle ne vous lâchera plus avant la fin. C’est bien simple, je n’ai jamais eu aussi peur au cinéma. Alors n'hésitez pas à tenter l’expérience hautement éprouvante de [REC]!