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dimanche 27 avril 2008

UN JOUR SUR TERRE (ALASTAIR FOTHERGILL, MARK LINFIELD, 2007)



Préparez-vous à un périple unique avec ce documentaire étonnant qui nous mène aux quatre coins du globe, en offrant des images rares et somptueuses. Initié par la BBC, cet ambitieux projet sera concrétisé après une aventure humaine de 5 années, pendant lesquelles plusieurs équipes de reportage se sont immiscées en pleine nature avec des moyens jamais vus encore pour un documentaire. L’aspect technique est indissociable des beautés révélées par ce film, et la vision globale de notre planète déjà saisissante en elle-même, l’est encore plus au vu des efforts incroyables ayant été mis en œuvre afin de donner naissance à ce film.


La beauté des séquences et l’incroyable rendu des couleurs sont dus au matériel numérique utilisé, qui confère au film une picturalité hors norme. Les textures des étendues glacées du Pôle Nord, l’immensité du désert du Kalahari, la luxuriance des forêts tropicales… Chaque région présentée possède un aspect qui lui est propre, mais chacune possède cette puissance évocatrice qui nous replace à notre si petite échelle d’être humain. Cette immense balade est baignée dans un souffle constant qui ne peut que fasciner; la beauté simple et pure du monde tel qu’il a rarement été vu.
La séquence de la Salto Angel au Venezuela est à ce titre incroyable et vertigineuse, filmée grâce au procédé de Cinéflex, qui consiste en une caméra pouvant tourner sur 360 degrés, et fixée à l’avant d’un hélicoptère. D’une maniabilité sans précédent, cette caméra donne véritablement l’impression de voler, et la liberté de mouvement qu’elle permet se ressent énormément dans ce film. Une autre géniale invention est la cinébulle créée par le Français Dany Cleyet-Marrel, qui est en fait une montgolfière sans nacelle, remplacée par deux sièges et une caméra. Destinée au départ à glisser sur la canopée, elle a été largement utilisée dans Un Jour sur Terre pour donner vie à des séquences aériennes de toute beauté.


L’utilisation d’une caméra à très grande vitesse permet de décomposer des séquences de manière incroyable, notamment lors de l’attaque d’un félin qui attrape sa proie en 5 secondes. Le procédé utilisé distend l’action et en accentue la dimension dramatique de manière très significative. Le fait de pouvoir décortiquer à l’envie des séquences trop rapides pour l’œil nu est complètement fascinant, et celle avec les requins blancs est réellement impressionnante.
La magie qui se dégage de ce film est corrélée à ces innovations techniques, mais ces outils sont là pour montrer à quel point notre planète est étonnante et vulnérable. Le message écologique qui ressort du film est à la fois discret et efficace, et ce voyage à travers les continents, même s’il est un nouveau cri d’alerte, est avant tout un tour du monde hallucinant. Les images époustouflantes qui se succèdent pendant 1h30 sont parmi les plus belles qu’il m’ait été donné de voir. De la migration des éléphants aux aurores boréales, des chutes Victoria à l’Himalaya, Un Jour sur Terre est une véritable invitation au voyage, qui vous laissera une impression de sérénité et de calme, tout en n’omettant pas le caractère si fragile de toute cette diversité.

lundi 14 janvier 2008

INTO THE WILD ( SEAN PENN, 2007)



Sorti le 9 janvier 2008

En adaptant le roman de Jon Krakauer relatant la véritable histoire de Christopher McAndless, Sean Penn relève un défi considérable. Mais l’auteur de The Indian Runner et de Crossing Guard est déjà bien aguerri pour tenter de relater l'incroyable périple de ce jeune homme en rupture avec la société, et l’attrait du réalisateur pour les personnages hors norme lui permet d’éclairer avec une sincérité touchante cette personnalité si particulière. La sensibilité du réalisateur donne naissance à un film confrontant la beauté humaine à celle de la nature en évitant l’écueil du pathos facile, et Into the Wild s’avère une œuvre à la fois complexe et délicate.
Si Emile Hirsch était quasiment inconnu jusqu’ici, le film de Sean Penn sera une véritable révélation. En endossant ce rôle particulièrement difficile, Hirsch utilise tout son potentiel afin de recréer ce héros à la naïveté désarmante et à la force intérieure hors du commun. Totalement investi dans cette aventure (il ira jusqu’à perdre les vingt kilos nécessaires au réalisme de la situation), Emile Hirsch, avec son faux air de DiCaprio, emplit son personnage d’une humanité à la fois belle et tragique.



Sean Penn propose un récit déconstruit, multipliant les sauts temporels afin d’éclairer progressivement le spectateur quant à la personnalité de Christopher. En rompant la chronologie linéaire, il met à jour les fractures cachées de l’esprit de son héros, et les éléments du passé apparaissent comme des strates révélatrices. La construction s’avère très intelligente, puisqu’elle avance peu à peu, en affleurant parfois les idées, en étant plus directes sur d’autres, mais en laissant toujours le soin au spectateur de saisir le sens parfois caché des événements. C’est en tout cas une des constantes du cinéma de Penn, le fait de ne jamais tomber dans le sensationnel, mais au contraire de rester humain et réaliste.
Christopher McAndless a donc choisi d’entreprendre un voyage qui le mènera jusqu’en Alaska, et il faut lui reconnaître un courage et une volonté extraordinaires. Son besoin de se sortir du carcan social et des obligations inhérentes à sa condition (il sortait juste d’une fac et avait tout pour devenir un yuppie), ainsi que son envie de se soustraire à l’influence de ses parents, lui ont forgé une envie indéfectible de parcourir l’Amérique à la manière des vagabonds du début du siècle, tel le jeune héros de la touchante nouvelle de Jack London, Le Renégat. Il s’agit pour Christopher de quitter son monde d’apparence, et de s’évader afin de se découvrir lui-même. C’est accompagné de ses auteurs de prédilection comme London ou Tolstoï qu’il va arpenter le bitume, descendre les courants et traverser les champs de tout le pays. Avec toujours ce but ultime, l’Alaska. Le lieu où il saura enfin qui il est. Le personnage de Christopher peut être mis en parallèle avec celui de Timothy Treadwell, l’homme qui a vécu 13 ans avec des grizzlys. Werner Herzog a utilisé les images tournées par Treadwell lui-même afin de monter son documentaire Grizzly Man, révélant la personnalité et les fractures d’un homme s’étant totalement affranchi de la société, rongé par les regrets et la folie. Un film très impressionnant.


Sean Penn déroule son récit avec la grâce et la lenteur nécessaire à ce genre de film, et la durée de 2h27 n’a absolument rien de rédhibitoire. Ce film traite du voyage, et par extension du temps lui-même, puisque c’est l’élément qui permettra à Christopher de poursuivre sa quête intérieure. Les multiples rencontres qu’il va faire sont autant de connexions qu’il acceptera un moment, avant de continuer sa route. Le couple de hippies vivant dans le désert campé par Catherine Keener et Brian Dierker, le vieillard solitaire joué par Hal Holbrook, la jeune chanteuse qui n’est pas indifférent à son charme (Kristen Stewart), ou encore le sympathique et bourru Wayne, que joue l’excellent Vince Vaughn. Autant de personnages fascinés par Christopher, mais auxquels il ne s’attachera qu’un moment, avant de se focaliser à nouveau sur son but ultime.
La mise en scène somptueuse de Sean Penn rend à merveille la magie de tous ces fragments de vie, et la magnificence des décors naturels fait écho aux métamorphoses intérieures de Christopher. Into the Wild est un film simplement beau, traversé par un amour pur et ancestral, celui-là même que recherche le jeune aventurier. Un amour débarrassé des pressions de l’apparence, et mis à nu jusque dans une scène finale grandiose et intimiste. Sean Penn a mis au monde un film magistral et poignant, et se pose comme un réalisateur indispensable dans le paysage du cinéma américain.