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lundi 30 juin 2008

DIARY OF THE DEAD- CHRONIQUE DES MORTS VIVANTS (GEORGE A. ROMERO, 2007)


Sorti le 25 juin 2008

Je ne suis pas particulièrement fan de la série des Morts vivants de Romero, mais l’avant-dernier épisode m’avait paru plutôt sympathique. La perspective de voir le sujet traité à la manière Blair Witch avait de quoi être enthousiasmante, et augurait d’un renouveau certain du film de zombie.
Et Diary of the Dead n’est rien d’autre qu’un énième film gore sans originalité ni crédibilité, où les protagonistes semblent sortir tout droit d’un bon vieux slasher des 90’s à la Scream, l’effet nostalgique en moins. S’il n’y a pas un personnage réussissant à capter l’attention du spectateur, il est alors très difficile de dérouler un récit correct, même si la forme se veut différente. C’est bien simple, la bande de cinéastes amateur fuyant à travers le pays dans un van ressemble à la bande à Scoubidou, avec à peine une touche de frisson en plus.


La psychologie reste engluée dans un schéma de base ultra-classique flirtant souvent avec le ridicule, ce qui handicape déjà grandement le film de Romero. Et c’est d’un bavard! On se croirait dans un pensum sur l’utilisation de la caméra, et les tentatives d’explications sur l’impossibilité du réalisateur de la lâcher sont d’une lourdeur vraiment impressionnante. Le ridicule surgit à de nombreuses reprises, et les dialogues interminables finissent par ôter le peu d’espoir qui subsistait après un pré-générique déjà limite.
Romero fait dans l’horreur intelligente, en préférant se concentrer sur la dénonciation de la perte d’objectivité face à la démocratisation de l’information (tiens, c’est original!) que sur une histoire qui possédait des atouts pour être bien flippante. Le résultat est un film sans rythme enchaînant les dialogues sans intérêt, ponctué de temps à autre d’une courte scène permettant au maquilleur Andy Schoneberg de montrer son talent. Et il en a, mais l’ensemble est tellement dilué dans une sorte de soap ridicule que l’effet est rapidement atténué (la fin dans la baraque à Victor Newman renforce bien cette impression!).


Le coup de la caméra à l’épaule à déjà été fait par d’autres, et en largement mieux. Balaguero, Plaza, Myrick, Sanchez, Reeves… Ces auteurs utilisaient leur objectif afin de créer une tension palpable et novatrice, tandis que Romero essaie vainement de faire sortir quelque chose de sa caméra en pensant que plus il insiste sur le procédé, plus ça va marcher. Au lieu de jouer dans la subtilité et de rappeler simplement à quelques reprises que tout ceci est filmé par les personnages du film, il le dit pendant 1h30 sans discontinuer, laissant même ses chers morts-vivants au second plan. Cloverfield, [REC] ou encore Le Projet Blair Witch savaient doser leurs effets, et savaient quand passer le relais pour simplement rendre flippant ce qui se passait dans le cadre. Romero ne la joue pas de la même manière, et son film s’en ressent. Diary of the Dead n’est qu’une ombre infime de ce qu’il aurait pu être, se sabotant lui-même par le jeu des références qui tombe littéralement à plat tellement c’est absurde (la répétition de la scène de la momie est à ce titre incroyable…). C’est très très lourd, et Papy Romero en a apparemment gardé sous le coude pour un second Diary…

samedi 24 mai 2008

L’AU-DELA (LUCIO FULCI, 1981)



Avec une production moyenne de 3 films par an, Lucio Fulci est l’un des réalisateurs italiens les plus prolifiques. Mais il est surtout l’un des plus réputés de sa période (1960-1980) avec Dario Argento et Mario Bava. L’horreur est un genre en plein essor à cette époque, et la particularité de ces auteurs est d’apporter une touche véritablement esthétique à leurs films. La révolution du giallo (qui signifie jaune, en rapport avec la couleur des couvertures des romans dont ils s’inspiraient) et l’émancipation de la terreur vont donner naissance à des œuvres très caractéristiques.



Cet Au-delà s’inscrit parfaitement dans la continuité, avec une histoire d’hôtel abandonné bâti sur l’une des sept portes de l’Enfer. Jeune fille aveugle, chambre maudite, crucifixion… Tous les éléments classiques de l’horreur italienne se conjuguent avec un sens efficace de la mise en scène, qui est nettement plus picturale que viscérale. Même si l’angoisse est présente, L’Au-delà est surtout une démonstration technique étonnante; le travail sur les prothèses et les effets visuels est impressionnant, surtout pour un film qui a plus de 25 ans! Ce film contient des séquences classiques, notamment la scène surréaliste avec les araignées, qui est à la frontière du documentaire et de l’horreur! Les dépeçages et autres énucléations sont d’un réalisme étonnant, et Fulci s’attarde sur les détails avec une précision chirurgicale. Son sens du détail allonge les scènes sans pour autant tomber dans une surenchère malsaine, mais toujours dans un esprit réellement artistique. La scène de la morgue avec le sang qui se répand telle de la lave en fusion rejoint un surréalisme à la Bunuel, et dégage une atmosphère désespérée agrémentée par la musique entêtante de Fabio Frizzi.


La composition des plans s’apparente au travail d’un peintre, et Fulci joue sur les couleurs et les arrière-plans pour donner naissance à une œuvre fantasmagorique. L’Au-delà n’est pas un film d’épouvante qui vous fichera les foies de votre vie, mais il possède une identité visuelle forte qui en fait tout l’intérêt. La particularité de ce film est qu’il se passe à la Nouvelle-Orléans, et que Fulci y applique sa recette italienne si particulière. Un mélange curieux, même si la prédominance des qualités italiennes prend nettement le pas sur l'ambiance sudiste .
Lucio Fulci enchaîne les séquences en variant les plaisirs (ou les tortures selon le point de vue) dans une histoire de zombies au rythme lent, mais traversée de fulgurances gores. Les visions cauchemardesques auxquelles le réalisateur nous convie semblent tout droit sorties des enfers, et le titre du film n’est pas usurpé, même si l’incursion proprement dite dans l’au-delà est relativement fugace. Fulci convoque des aspects religieux sous-jacents mais forts, notamment lors de la flagellation et de la crucifixion. Son film dégage une sorte d’angoisse religieuse, de culpabilité toute catholique, et de punition démoniaque. Les zombies semblent presque inoffensifs, mais ils créent un sentiment diffus de malaise qui perdure pendant tout le film.
Sans être un chef-d’œuvre de l’horreur transalpine, L’Au-delà en est un digne représentant, dont l’esthétisme très travaillé est représentatif des productions de l’époque.

samedi 12 avril 2008

28 SEMAINES PLUS TARD (JUAN CARLOS FRESNADILLO, 2007)


Les zombies ont la côte en ce moment, tout comme les réal ibériques, alors quoi de mieux que de confier la suite du réussi 28 Jours plus tard à un gars prénommé Juan? Le résultat est un spectacle trippant et flippant de haute volée, une claque cinématographique qui nous fait regretter que les zombies n’aient pas appris à courir plus tôt…Les puristes noteront qu’il s’agit en fait de contaminés, puisque les sprinters ne sont pas réellement morts. Mais l’effet est le même, et les hordes de types débraillés et ensanglantés qui courent dans les rues de Londres sont tout ce qu’il y a de plus déchaînées!
Point de départ: l’épidémie qui a ravagé Londres 28 semaines plus tôt semble éradiquée, et le gouvernement décide de repeupler une partie de Londres. La vie reprend donc son cours sous l’œil orwellien de l’armée. Caméras omniprésentes, soldats en faction à chaque coin de rue, snipers en alerte sur tous les toits… Ca ressemble à un cauchemar mais c’est le mal nécessaire pour assurer un retour à la normale. Mais le virus ne va pas tarder à refaire surface, et les nouveaux habitants vont se retrouver pris au piège…
Après une intro d’une radicalité et d’une cruauté incroyable, Fresnadillo ne lâchera plus son spectateur. Les éléments mis en place dans cette séquence à la fois gore et d’une beauté visuelle rare vont être prépondérants pour la suite du film, et les notions de culpabilité et de survie sont traitées avec un réalisme s’éloignant totalement des standards débilitants ayant trop souvent cours dans le film apocalyptique (les héros ridicules à la Resident evil 2 sont donc proscrits). Robert Carlyle (encore lui!) joue un rescapé qui va tenter de reconstruire une cellule familiale, et le jeu de l’acteur est d’une justesse étonnante qui fait de son personnage un être meurtri et aimant, caractéristique des paradoxes finalement humains qui sommeillent en nous et qui sont trop souvent bannis des films. Les personnages des enfants sont eux aussi incarnés par deux très bons acteurs, Mackintosh Muggleton et Imogen Poots, qui j’espère feront parler d’eux un jour! Leur jeu apporte des nuances et un réalisme cetrains, et participe beaucoup à la réussite du film.


Visuellement, 28 Semaines plus tard est une bombe atomique qui fait le lien avec le précédent film de Danny Boyle, mais qui fonctionne également de manière autonome. Loin de plagier son prédécesseur, Fresnadillo prolonge le cauchemar en utilisant à fond les ressources techniques mises à sa disposition, et on se retrouve dans un univers désespéré qui n’est pas sans évoquer les clips de Cunningham pour Aphex Twin, aussi radical que maîtrisé. L’imagerie militaire omniprésente censée préserver la population va basculer dans l’horreur pure, et les séquences hallucinantes de mitraillages et de destruction massive possèdent un potentiel monstrueux! Toujours secondée par une réelle dimension psychologique et émotionnelle, la mise en scène de Fresnadillo est d’une maîtrise rare, optant pour un montage à la limite du lisible lors de certaines scènes d’attaque, mais qui s’en retrouve du coup encore plus terrifiantes à cause de ce manque de compréhension et de cette perte de repère spatial. Il met en image la panique dans ce qu’elle a de plus pur et viscéral, n’hésitant pas à traiter du mouvement de foule irrépressible et de l’effet dévastateur du phénomène d’inconscient collectif. Il s’agirait presque d’une sorte d’étude des masses en milieu hostile en fait, et l’aspect social renforce encore davantage le propos du film!



Un mot sur la musique, qui est tout simplement sublime! John Murphy est un génie qui crée un score immersif à souhait, mêlant des accents oniriques teintés d’un pessimisme du plus bel effet, transcendant des scènes déjà énormes visuellement. L’intro avec Carlyle courant dans les prés avec les infectés à ses basques est tout simplement une des plus belles scènes que j’ai pu voir dans le domaine du fantastique, et la partition de Murphy y est d’une beauté à pleurer…
La scène très choquante des snipers sur les toits symbolise elle aussi cette sensation de déchéance humaine, et son aspect révoltant est d’autant plus fort que la situation est devenue totalement incontrôlable. Enorme tant d’un point de vue humain que gore, 28 Semaines plus tard est une réussite totale qui risque de vous donner des cauchemars, mais qui mérite amplement d’être considéré comme l’un des meilleurs films désespérés de ces dernières années…



samedi 5 avril 2008

UNDEAD (MICHAEL SPIERIG, PETER SPIERIG, 2003)


Un film de zombie tourné en Australie par des jumeaux Allemands, ça vous tente? Alors c'est parti pour une petite péloche éminemment sympathique, premier film convocant tout un pan du cinéma horrifique pour joyeusement bousculer les conventions et réinterpréter tout ça avec du style et du fun!
Berkeley, petit village australien sans histoire… Jusqu’à ce qu’une pluie de météorites transforme ses habitants en zombies dévoreurs de cervelle fraîche! La survie s’organise pour la poignée de quidams piégés par cette horde sauvage… Tourné avec un budget limité, ce film de genre ne dépareille pourtant pas par rapport à la production actuelle et assume son statut double de film d’horreur parodique. Le soin apporté à la réalisation par les Spierig Brothers permet d’optimiser au maximum les décors et les situations, en dynamisant les scènes par des effets et des cadrages originaux. On n’est pas dans de l’horreur MTV (ciao le cafouillage d‘un Blade II illisible), les frangins prenant bien soin d’impliquer le spectateur en utilisant un découpage structuré, ce qui permet notamment aux acteurs de s’en donner à cœur joie.




Le personnage de Marion (qui est un homme en fait) est un croisement entre un Amish et un cowboy solitaire, joué par un Mungo McKay tout en retenue dans les scènes dialoguées (on se croirait dans un Django), et qui se lâche lors de gunfights bien barrées où les zombies en prennent pour leur grade! Ces scènes sont tournées avec un sens de la dérision assuré et sont des moments de pur délire visuel, jouant à fond sur l’image classique du justicier solitaire et indestructible. Les multiples armes que Marion sort d’on ne sait où participent activement à un carnage en règle destiné à assurer la sécurité du groupe…
Le groupe d’ailleurs, parlons-en: un flic petit chef à moustache teigneux à souhait, une apprentie fliquette qui ne peut pas respirer sans sa ventoline, une ex-miss pêche désireuse de quitter ce trou paumé, un couple de jeunes qui attend un enfant… Ma préférence (après le ténébreux Marion) va pour le flic qui jure et qui hurle tout le temps, essayant vainement de rester le leader du groupe alors qu’il flippe complètement. Les interactions entre les différents protagonistes donnent lieu à des échanges bien sentis et des dérapages sympathiques, et le scénario est parsemé de petites phrases bien marrantes qui achèvent de faire de ce film un bon petit B bien fun. L’humour est omniprésent dans ce film, et la pluie acide sert ici d’élément narratif destiné à faire se déshabiller les donzelles, ce qui est très astucieux…


Visuellement, le film est d’une facture très correcte, avec un éclairage de qualité où domine l’aspect fin du monde. Et les effets de maquillage sont franchement bons, avec des hommages bien trash à Brain Dead et autre Nuit des Morts-vivants. D’ailleurs Undead est une relecture du film surestimé de Romero, et ne se prive pas de le rappeler dans la longue séquence de la maison assiégée.
Contrairement à d’autres comédies horrifiques qui se la jouent trop référentielles pour être crédibles, ce Undead possède une vitalité propre qui permettra aussi aux néophytes d’y trouver leur compte. En fait, le rythme régulier du film et l’efficacité de ses scènes prouve la cinégénie des frangins et leur potentiel. Loin de n’être qu’un énième zombie flick, Undead surprend par sa fin qui se détourne des conventions, et notamment par une scène aérienne du plus bel effet… La résolution va vers quelque chose de totalement différent, et permet de terminer sans que ce soit bâclé.
Undead constitue une petite surprise efficace alliant la volonté de deux bouffeurs de péloche et une imagerie soignée et crade qui nous ramène au bon vieux temps de la VHS qui se déchire, avec son lot d’horreurs bien grotesques… Une très bonne surprise!


mardi 1 avril 2008

PLANETE TERREUR (ROBERT RODRIGUEZ, 2007)


Le concept de départ du dyptique Grindhouse est alléchant: rendre hommage aux films d’exploitations des années 70, lorsque les drive-in proposaient des double-programmes bourrés de sexe, de violence et de langage fleuri. Des films de mec en somme, avec toute leur subtilité essentielle comme peuvent en attester des titres comme Shaft, Femmes en Cage ou Cannibal Holocaust. Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ont donc respecté le concept, Tarantino réalisant le premier segment intitulé Boulevard de la Mort (Kurt Russell traquant ses victimes au volant de son bolide fou), et Rodriguez s’offrant une relecture du film de zombies avec Planète Terreur.
Le film du texan sent à plein nez les années 70 et 80, et l’hommage rendu aux bandes d’antan est réalisé avec une vraie déférence et une envie sincère de recréer cette époque. La dégradation physique de la pellicule avec l’ajout de grain et de voile participe entièrement à ce souci d’authenticité, similaire au craquement du vinyle que cherchent à reproduire certains artistes electro (DJ Shadow par exemple). Thématiquement, le film se place dans la lignée des histoires délirantes de l’époque, avec ici une contamination transformant les gens en zombies.


Mais le petit plus qui fait la différence réside dans l’organe on ne peut plus viril et sexuel ajouté au personnage de Cherry (Rose McGowan sexy à mort!), qui se retrouve affublée d’une mitraillette à la place de sa jambe amputée. L’image est marquante à souhait, et ce simple visuel suffit à attirer le spectateur (mâle en l’occurrence). On pense évidemment au Sex Machine d’Une Nuit en Enfer (de Rodriguez évidemment) avec Tom Savini (qui joue dans Planète Terreur évidemment) équipé d’un flingue sortant de sa braguette! Et on pense aussi au prochain The Machine Girl de Noboru Iguchi avec sa lycéenne en mini-jupe qui se fait greffer une mitrailleuse à la place du bras, amputé lui aussi! Du gore en perspective pour ce long métrage apparemment complètement barré, dont vous pouvez voir la bande-annonce sur le site de Mad Movies!


Planète Terreur joue donc sur la surenchère, et mêle l’absurde au gore dans un souci de complémentarité entériné par un casting trois étoiles, que je ne dévoilerai pas puisque plusieurs protagonistes n’apparaissent pas au générique… En tout cas c’est du lourd, et Rodriguez s’en sort bien avec tout ce beau petit monde, chacun semblant prendre un malin plaisir à se retrouver embourbé dans cette histoire de ville contaminée faisant la part belle aux horribles effets de maquillage de la paire Nicotero-Berger, déjà à l’œuvre sur la série Les Maîtres de l’Horreur. Planète Terreur est un film bien crade, avec des monstres qui se font exploser la tronche dans des gerbes de tripes avec des sons bien dégueu, offrant aux spectateurs des équarrissages bien jouissifs comme lors de la traversée de l’hôpital, où Freddy Rodriguez saute littéralement dans tous les sens pour latter du zomblard! Et la musique très carpenterienne n'est pas un hasard, puisque des emprunts ont été fait directement à New York 1997, et que Big John devait initialement composer lui-même le score!
Le réalisateur soigne bien son scénario, en créant des personnages types mais en ajoutant des dialogues bien sentis qui font la différence. Planète Terreur se veut une relecture mouvementée des films grindhouse, et dans ce sens est réussi. Un seul bémol peut-être: le film, aussi fun soit-il, aurait pu aller encore bien plus loin avec le potentiel qu’offrait le personnage-clé de Cherry, sympathiquement piqué dans la mythologie du v-cinéma nippon. Et oui, Rose McGowan n’est pas la première à distribuer la mort avec sa jambe! Par contre impossible de remettre la main sur cet obscur film... Le jeu des références est amusant, mais à mon avis, The Machine girl sera bien plus radical! On prend les paris?

vendredi 1 février 2008

GERARDMER 2008: SEANCE 4: [REC] (JAUME BALAGUERO, PACO PLAZA, 2007)



Enfin un peu de répit après le très bon End of the Line, et nous avons 1h30 avant le début de [REC]. C’est le moment de manger un morceau et de se poser un peu. Nous trouvons un petit bar sympathique où l’on peut s’offrir des gaufres et regarder Les Aventures de Jack Burton- dans les Griffes du Mandarin, que demander de plus? L’ombre de Carpenter plane encore sur le festival… On se détend bien, et on se dit que ce n’est pas la peine de se presser, vu le peu de monde qu’il y a aux séances. Mais [REC] étant le film le plus attendu, on préfère jouer la précaution et vite reprendre la voiture pour arriver avec une demi-heure d’avance. Et quand on arrive devant le Casino, le stress: la foule est très nombreuse, et il faut encore garer la voiture. Je dépose la mauvaise troupe et part à la recherche d’une place, que je trouve enfin à un kilomètre de là. Je tape un sprint jusqu’à la foule, et je suis coupé de mes potes. Le stress est intense, puisqu’on se trouve à hauteur du panneau marqué « A partir de ce point, vous n’êtes pas sûr d’assister à la séance ». Encourageant. La foule a peur de ne pas pouvoir se faire peur. Puis ça avance par petites vagues, je vois Jimmy, Reb Brown et Mother Firefly entrer dans le hall, et je ne tarde pas à les rejoindre. Ça est, j’ai du mal à y croire mais on y est...



Sortie le 23 avril 2008


Angela, une journaliste spécialisée dans les reportages nocturnes, tourne une émission sur la vie des pompiers de Barcelone. Accompagnée de son cameraman Pablo, elle va passer de longues heures à attendre qu’une intervention soit requise. Mais dès que la sirène retentit, c’est le branle-bas de combat, et tout le monde embarque pour se rendre dans un immeuble de la ville. Des gens auraient entendu leur vieille voisine hurler. Arrivée sur place, l’équipe croise les occupants dans le hall, et monte en direction de l’appartement de la vieille. Angela avait peur de ne rien filmer d’intéressant cette nuit. Elle ne va pas tarder à regretter ses paroles…
Jaume Balaguero est réputé pour sa maîtrise de l’espace et son sens du cadre, qui ont donné naissance à des œuvres comme Darkness ou Fragile. Paco Plaza a réalisé l’estimé Les Enfants d’Abraham, centré sur une secte religieuse. Les deux réalisateurs espagnols s’unissent cette fois-ci pour changer radicalement de sujet, et en profitent pour modifier le fond et la forme. Exit la belle image et le montage au cordeau, c’est à une expérience bien plus réaliste que l’on va assister. La technique déjà éprouvée sur l’excellent Le Projet Blair Witch est à nouveau utilisée, et il ne s’agit aucunement d’un artifice ou d’une tentative de récupération du public. L’utilisation de la caméra en mode intradiégétique (c’est-à-dire que tout ce qui est vu à l’écran est filmé dans l’histoire elle-même) augmente la tension du récit de plusieurs degrés. L’aspect documentaire, lorsqu’il est correctement utilisé, fait des merveilles, et c’est bien le cas ici. Même si les merveilles en questions sont plutôt horribles…


Il est très difficile de parler de ce film sans dévoiler ce qui s’y passe. On peut dire que l’utilisation du lieu unique (l’immeuble) rend la situation d’autant plus claustrophobe que la menace peut venir de partout. Les différents étages sont autant de degrés à gravir dans la peur, et quelles peurs! Autant Le Projet Blair Witch est un chef-d’œuvre d’épouvante suggestive, autant [REC] en est son pendant démonstratif. La petite fille du trailer qui a lançé le buzz sur internet n’est qu’une partie d’un ensemble à vous laisser blanc de peur. L’intelligence de Balaguero et Plaza est de tout concentrer sur une durée très courte (le film ne fait qu’1h20) et d’enfermer le spectateur dans cet immeuble en ne lui laissant pas la possibilité de sortir. La tension est permanente, et dans les quelques rares moments de calme, on ne peut pas s’empêcher de scruter l’arrière-plan et les côtés.


Plus encore que dans un film classique, la notion de champ et de hors-champ est capitale, puisqu’ils se superposent ou s’éloignent ici du fait de la tension de celui qui tient la caméra. Les mouvements désordonnés et les plans furtifs sont donc nombreux, et intensifient l’impact de ce qui se trouve dans le cadre par leur aspect aléatoire. Lorsque la caméra capte ce qui se trouve au bout du couloir, cette forme qui semble avancer lentement, c’est le cameraman, et par extension le spectateur, qui se trouvent finalement dans la même configuration, et qui voient leur taux d’adrénaline monter en flèche.
Malgré le buzz médiatique sur internet, rien ne peut vous préparer à cette expérience. La peur va s’agripper à vous, et elle ne vous lâchera plus avant la fin. C’est bien simple, je n’ai jamais eu aussi peur au cinéma. Alors n'hésitez pas à tenter l’expérience hautement éprouvante de [REC]!



vendredi 28 décembre 2007

WALKING DEAD (ROBERT KIRKMAN, TONY MOORE, 2003)


Entamée en octobre 2003 aux éditions Image Comics, cette série signée Robert Kirkman et Tony Moore surfe sur le revival horrifique qui bat son plein depuis le succès du 28 Jours plus tard de l’Anglais Danny Boyle. Entre L’Armée des Morts, Resident evil: Apocalypse, Le Territoire des Morts ou le tout frais Je suis une Légende, le mythe du zombie se refait une petite santé.
La scène d’ouverture similaire au film de Boyle (mais également à la dernière scène de Resident evil) voit un flic sortir du coma dans un hôpital totalement désert. Symbolique d’une renaissance douloureuse, elle permet au lecteur de plonger en même temps que son héros dans un monde déjà dévasté. Un procédé très gameplay, qui a l’avantage de ne pas donner trop d’infos en même temps mais de ménager un certain suspens. La découverte des zombies par Rick donne lieu à quelques scènes d’horreur bien gores, atténuée cependant par l’utilisation du noir et blanc de Tony Moore. L’imagerie est plus crépusculaire que sanglante, et le travail sur les dégradés de noir ainsi que les jeux d’ombre rend le dessin captivant.


Mais passée cette introduction, le récit se déroule de manière relativement mécanique, et on a la désagréable impression de suivre le fil du scénario sans que le travail sur l’émotion permette d’en oublier la construction. Rick rencontre des survivants dans ce monde apocalyptique, mais chacun semble être doté d’une fonction précise, à laquelle n’est malheureusement couplée aucune émotion. La psychologie est donc sommaire, et cette légèreté aurait pu être rachetée par des traits d’humour, mais le tout reste malheureusement trop sérieux. On assiste donc à une succession de scènes nécessaires (incursions dans la ville infestée, attaque du camp par des zombies) avec un certain détachement, comme si le sort des personnages importait peu, et que tout était concentré sur l’intérêt graphique. Un peu comme un jeu vidéo pas très prenant, qui propose de passer différents niveaux sans trop se soucier de la véracité des personnages. Ce qui peut encore passer sur console, où l’immersion est à la fois visuelle et sonore, mais qui est beaucoup plus délicat dans un comics.



Quelques passages ou allusions possèdent un certain potentiel, comme le jeune Glenn qui s’aventure tous les jours dans la ville, le vieux qui vit avec deux jeunes femmes dans son camping-car, la réaction du survivant qui a été mordu… Quelques petits éclairs qui font onduler la surface trop lisse de ce comics, mais qui ne suffisent pas à le rendre captivant.
Walking Dead emprunte donc tout ce qu’il peut à l’imagerie classique du zombie, mais ne parvient pas à le transfigurer par un traitement personnel ou original. La thématique de la survie post-apocalyptique ne véhicule aucun message précis, comme c’est souvent le cas dans les films,qui en profitent pour égratigner la société de consommation. Ce premier volume contenant les 6 premiers épisodes laisse donc le lecteur sur sa faim...

jeudi 20 décembre 2007

JE SUIS UNE LEGENDE (FRANCIS LAWRENCE, 2007)



Sorti le 19 décembre 2007


Richard Matheson est un touche-à-tout qui nous aura donné un nombre considérable de romans et nouvelles, de scénarii pour la télévision et le cinéma. Son style descriptif que certains qualifieraient de rudimentaire donne d’emblée une texture très cinégénique à ses écrits, et il n’est pas étonnant de voir Hollywood s’emparer de ses histoires. Je suis une Légende est la troisième adaptation du roman éponyme, après The last Man on Earth (Ubaldo Ragona) en 1964 et Le Survivant (Boris Sagal) en 1971. Will Smith succède ainsi à Vincent Price et Charlton Heston dans cette aventure post-apocalyptique où un homme seul tente de survivre aux créatures nocturnes qui hantent une New York déserte. Mais il doit aussi se protéger de la folie qui le guette dans son immuable solitude…
La matière du roman est propice à des visions dantesques édifiées aux moyens de CGI puissants, et voir une New York complètement dépeuplée et envahie par la végétation est un spectacle qui tient à la fois de l’absurde et de l’onirique. Voir des cerfs courir sur la 5ème avenue ou un troupeau de lions en pleine ville est assez surréaliste, même si les images de synthèse sapent par moments la véracité de l’instant par leur caractère trop factice. C’est dans cet environnement crépusculaire que vit quotidiennement Robert Neville, rescapé de l’épidémie qui a décimé la population 3 ans plus tôt.




Les scénaristes Akiva Goldsman et Mark Protosevich ont gagné du temps en faisant de Neville un scientifique militaire, alors qu’il devait apprendre de lui-même comment mener ses expériences dans le roman. Car Neville est immunisé contre le virus, et il souhaite trouver un vaccin qui mettra un terme à cette maladie. L’aspect aseptisé du sous-sol est en contradiction totale avec la tranquillité des étages, et ce dédoublement est à mettre en rapport avec la lente érosion de sa personnalité. La solitude et le désespoir percent chaque jour davantage la carapace que Neville s’est forgée, et le point de départ du récit est justement prétexte à une étude comportementale face à une situation de crise. Ce qui est abordé tout au long du film, mais qui aurait pu aller encore plus loin. Tout comme dans le roman, les scènes de complicité avec le chien donne toute leur dimension à l’humanité qui habite encore Neville, et dans les deux versions, leur écriture est admirable. La prestation de Will Smith est d’ailleurs incroyable et captivante dans ces moments-là. Il est de toute façon excellent durant tout le film, mais il est lentement pris au piège de la linéarité du récit, piège qui guettait déjà le roman. L’alternance des journées passées à se procurer des provisions et à tenter de joindre d’autres personnes, et les nuits à attendre derrière les volets blindés que les cris cessent et que le jour se lève. Une dynamique particulière se met en marche en fonctionnant sur ces deux états, dynamique simple parfois accentuée par des éclats de noirceur, comme la première incursion en territoire ténébreux, angoissante et claustrophobe à souhait.






Mais ce qui frappe le plus dans ce film, c’est son côté sombre, à la limite du déprimant. C’est plutôt particulier pour un film de studio de cette envergure, et même si l’on adhère pas forcément à ce genre d’ambiance, il faut reconnaître qu’elle est menée efficacement. Je suis une Légende est un film éprouvant, et les scènes chocs avec les infectés sont bien flippantes. Visuellement très réussies, ces créatures de l’ombre sont parmi les plus cauchemardesques que l’on ait pu voir au cinéma (merci qui? L’incontournable Tatopoulos, évidemment!). Le bémol que l’on peut faire par rapport à ces créatures est l’absence de confrontation entre Neville et le chef de meute, comme c’était le cas dans le roman et dans Le Survivant. Il n’est donc pas nommé ici (Ben Cortman initialement) et ne cherche pas à tenter Neville ou à le rendre fou. Une thématique inexplorée donc, mais Lawrence à préféré conserver l’aspect purement animal de ces créatures.
Situé dans un même registre que 28 Jours plus tard avec lequel il est impossible de ne pas le comparer (même si la genèse du Matheson dure depuis plus d’une quinzaine d’années), Je suis une Légende est un film solide et éprouvant, et prouve encore une fois que Will Smith est un putain d’acteur!