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jeudi 10 janvier 2008

X-MEN 2099 (JOHN FRANCIS MOORE, RON LIM, 1993)


C’est à la fin de l’année 1992 qu’apparaît l’univers de 2099, un futur alternatif de l’univers Marvel standard. Orchestrée par Stan Lee, cette réalité suit la genèse d’un nouvel âge d’or héroïque, qui verra se lever de nouveaux héros rappelant très souvent leur prédécesseurs du 20ème siècle. Lee se donne donc une bouffée d’air en échappant à la fameuse continuité régissant l’univers classique, la fameuse Terre 616. Il crée un monde régi par les corporations où il traite de l’écologie, de la culture cyperpunk et des ravages des sociétés totalitaires. Un monde froid et hostile dont l’une des influences majeures est le Blade Runner de Ridley Scott, et dont les nouveaux héros vont tenter de renverser la situation…
Le premier à apparaître est Spider-Man, version mexico-irlandaise du célèbre Tisseur, qui va tenter de s’élever contre la redoutable société Alchemax. Suivra Ravage, cadre lambda transformé en justicier façon Snake Plissken lorsqu’il va se rendre compte des exactions perpétrées par les consortiums. Le redoutable Fatalis débarque lui aussi dans cet univers 2099, et il semble bien que ce soit l’original ayant combattu les Fantastiques. Mais sa mémoire est défectueuse et il va tenter de se rappeler ce qui lui est arrivé tout en essayant de reprendre le contrôle de la Latvérie dont il était le souverain au vingtième siècle. Un nouveau Punisher surgit également, et comme son prédécesseur, il est prêt à employer des méthodes radicales afin d’éradiquer le crime qui gangrène la population.



C’est vers la fin de la première année d’existence de ce monde qu’apparaissent les X-Men, menés par le mystérieux Xi’An Chi Xan qui prône des valeurs similaires à son alter-ego du 20ème siècle, Charles Xavier. L’équipe qu’il tente de mettre sur pied se compose d’individus aux personnalités variées, dont la leader Krystalin évoque beaucoup la Tornade des X-Men classiques. Le véloce Meanstreak emprunte son pouvoir à Vif-Argent et son look à Gambit, tandis que Serpentina et ses longs bras rappelle le Mr Fantastic des Fantastiques. Skullfire peut générer une redoutable dose d'énergie et apparaît comme l'élément le plus explosif du groupe. Il y a encore Bloodhawk, qui suite à des expérimentations interdites se transforme en monstre volant, Cerebra dont le nom évoque immanquablement l’ordinateur détecteur de mutants du Professeur X, ou encore Metalhead, variation futuriste du redoutable Colossus.



Cette armée en construction va devoir lutter pour la survie de son espèce, et va se retrouver face à l’hostilité du reste de la population. Un point de départ identique aux premiers X-Men, mais c’est surtout face aux organisations gouvernementales et industrielles que va se faire cette lutte acharnée, poursuivant ainsi une thématique forte de l’univers 2099. Par contre, la prise de parole de Xi’An devant ses semblables ressemble furieusement à une réunion de secte et son message en sort amoindri. Mais à part cette fraternité exacerbée, X-Men 2099 se pose comme une variation captivante sur le futur des mutants. L’après-Xavier est certes désolé et rude, mais l’espoir reste solide.


mercredi 9 janvier 2008

LA PEUR AU VENTRE (WAYNE KRAMER, 2006)


Le polar hard-boiled est un sous-genre du film policier dont l’origine se trouve dans le cinéma asiatique.Les œuvres de John Woo comme A toute épreuve (1992, dont le titre original est Hard-Boiled, tout simplement) ou celles de Tsui Hark comme Time and Tide (2000) mettent en scène des gunfight bien tendues et sanglantes. Le cinéma ricain n’a pas manqué de voir l’impact de ce cinéma, et s’est évidemment empressé de débaucher les réalisateurs hong-kongais afin de se réapproprier ce style.
La Peur au Ventre était présenté comme un condensé parfait de ce genre particulier, mais les attentes sont rapidement déçues. Si la scène d’ouverture est plutôt réussie (une transaction de drogue qui dérape et qui tâche), le scénario s’avère relativement pauvre et redondant. Joey Gazelle (Paul Walker) est chargé de faire disparaître une arme, qui tombe entre les mains d’un copain de son fils. C’est le début d’une nuit de folie pour Joey, qui se met à la recherche du gamin et qui doit éviter les gangsters russes, les membres de la Mafia pour qui il bosse et qui se mettent à douter de lui, les flics, les Afro, etc…



Le gros problème de La Peur au Ventre est justement ce côté condensé qui apparaît comme complètement exagéré. Les situations deviennent donc vite caricaturales, avec des tentatives ratées pour caractériser les personnages à la manière d'un Scorsese, et en même temps se doter d’une esthétique gentiment sombre et crasseuse. Les personnages sont desservis par un scénario qui accumule les clichés et qui met le gamin face à des problèmes multiples en dépit du bon sens. Il croise donc un clochard toxico, rencontre un vieux mac violent, atterrit chez un couple de pédophiles, etc… Un concentré bien improbable pour quelques heures nocturnes passées dehors, et qui réduit rapidement tout le suspens qui pouvait émerger.



La réalisation de Wayne Kramer est symptomatique des dérives du polar urbain, avec des changements de focale, une caméra portée et des couleurs désaturées censées immerger le spectateur, mais qui sont finalement des tics nerveux bien inutiles. Kramer n’est pas aussi précis qu’un Joe Carnahan dont le travail pictural est bien plus élaboré dans le genre (voir son oldies Narc ou son fun et ultra-efficace Mi$e à Prix ), et la comparaison inévitable se fait au détriment de La Peur au Ventre. Il faut toutefois reconnaître une mise en scène différente et un malaise très bien créé lors de la capture du gamin par le couple de pédophiles. Leur appartement très coloré, avec leur pièce spéciale pour enfants remplie de jouets et munie d’une caméra, va confronter le spectateur à une réalité rarement évoquée frontalement au cinéma, et le jeu immonde du couple va forcément mettre mal à l’aise. Cette partie du film crée un suspens de qualité, qui réduira paradoxalement encore plus le reste du film, puisque Kramer ne parviendra pas à retrouver le même impact que dans cette séquence angoissante.
Même si Paul Walker est plutôt crédible dans son rôle de petite frappe nerveuse, le côté factice du scénario ne permet pas de faire de ce film le polar ultime qu’il dit être. Et ce n’est pas la compensation par une surenchère de violence gratuite et sombrant dans le ridicule lors de la scène finale qui vont faire pencher la balance dans l’autre sens. La Peur au Ventre reste donc une tentative très vaine de recréer une ambiance poisseuse et une dynamique haletante.


mardi 8 janvier 2008

MARVEL BOY (GRANT MORRISON, J.G. JONES, 2000)


Grant Morrison est un hyperactif dont les qualités de scénariste dans l’univers du comics ne sont en fait qu’une partie de l’iceberg, puisqu’il est aussi magicien, scénariste de cinéma, DJ, écrivain… Un touche-à-tout totalement iconoclaste, dont la personnalité riche et déjantée accouche de créations surprenantes. Le seul titre de The new Adventures of Hitler devrait suffire à vous faire une idée des transgressions qu’il se permet et qui font bien grincer des dents…
Débarqué dans les années 80 chez DC, le scénariste écossais démarre sur Animal Man qui lui permet de se faire une solide réputation. Il s’occupe ensuite de la Doom Patrol, passe sur Batman avec Arkham Asylum et Gothic… En 1996, il reprend notamment la fameuse Justice League of America dont il fait exploser les ventes, puis après un désaccord artistique, Joe Quesada le motive pour entrer chez Marvel en lui laissant carte blanche sur plusieurs séries. La première fait suite à la volonté de Quesada de créer un nouveau personnage emblématique du millénaire qui s’annonce. Ce sera Marvel Boy, guerrier kree issu d’une dimension parallèle et déterminé à venger la mort de ses équipiers, tués par le mégalomane Dr Midas.



Cette mini-série en 6 épisodes est un bon exemple de la complexité des récits de Morrison, qui se plaît à multiplier les fausses pistes et les clins d’œil dans un récit terrestre aux dimensions cosmiques. Il ne craint pas de bousculer l’ordre établi, et rase la moitié de New York dès le 2ème épisode en écrivant Fuck you en lettres de feu! Un humour corrosif qui fait partie de l’arsenal du scénariste et qui densifie ce récit centré sur la vengeance.
Le monde dans lequel débarque Noh-Varr pourrait presque être une terre alternative, puisque les protagonistes sont pour la plupart des nouveaux venus et que le SHIELD n’est pas dirigé par Nick Fury. La première apparition de Midas prête à confusion, puisqu’il est vêtu d’une des premières armures d’Iron Man. Et la fille du redoutable Docteur au look typiquement SM ne manque pas de piquant. Son nom est Oubliette et sa tenue a été choisie par papa. Leurs relations ne sont pas expliquées davantage…



L’idée des Bannermen , croisements génétiques entre Captain America et Hulk, est symptomatique du besoin de Morrison de tout mélanger, de revisiter et de reconfigurer le matériau de base. Le troisième épisode centré sur un consortium annihilant littéralement le libre arbitre des humains tel un virus est aussi une idée géniale, et la critique sévère de la société de consommation ne s’embarrasse pas de trop de tact. L’individu réduit à sa plus simple expression de contenant rappelle bien évidemment l’excellent Invasion Los Angeles de John Carpenter. Le principe utilisé par Morrison est celui d’une intelligence extraterrestre nommée Hexus et qui n’est qu’une idée abstraite pouvant absorber les corps et les esprits à la manière de la sale bête de Hidden. Hexus se duplique à l’infini pour absorber les mondes, et il finit par se dévorer lui-même, se survivant à travers des spores qui se propageront ailleurs. Un concept relativement fouillé et qui permet d’entrevoir les idées tordues fusant de l’esprit vif de Morrison.
Les références sont toujours utilisées avec beaucoup d’intelligence, et cette mini évoque diverses perceptions du réel tout en suivant le fil conducteur de la vengeance du guerrier kree. Cette première aventure parue en 2000 devait ouvrir la voie à des suites, mais mis à part une rencontre avec les Jeunes Vengeurs et les Fugitifs en 2006 ainsi qu’une apparition chez les Illuminati, Marvel Boy se fait plutôt discret. Encore une preuve de la fécondité de Morrison qui change constamment de matériau? En tout cas, l’aventure relatée ici se suffit à elle-même et donne sacrément envie de découvrir les autres travaux du bonhomme!


vendredi 4 janvier 2008

DJANGO (SERGIO CORBUCCI, 1966)



Jusqu’aux années 60, le western est un genre indéniablement américain, d’un point de vue cinématographique ou culturel. Les films de John Ford, Howard Hawks ou Nicholas Ray relatent cette période du XIXème siècle connue sous le nom de Conquête de l’Ouest, et légitimant souvent cette avancée territoriale en montrant des cow-boys représentant le Bien face à des Indiens belliqueux et barbares. Mais ces représentations symbolisées par la figure de John Wayne s’essoufflent lentement, et le renouveau va venir du continent européen, où la distanciation avec cette période va permettre une approche moins lisse et plus graphique du genre.
Orchestrée par des metteurs en scène comme Sergio Leone, Sergio Corbucci ou Tonino Valerii, ces transpositions vont redonner un second souffle au genre en modifiant ses codes et en proposant une vision moins historique mais à la portée cinématographique plus prononcée. C’est le cas du célèbre Django de Sergio Corbucci, qui reprend la thématique-clé du justicier solitaire, anti-héros mystérieux venu de nulle part.

Franco Nero excelle dans ce rôle mythique, et impose Django comme un personnage incontournable. Le physique longiligne, le visage mal rasé, le regard hypnotique: c’est la description archétypale du héros léonien apparu sous les traits de Clint Eastwood dans Pour une poignée de Dollars, et c’est la figure qui va traverser le genre jusqu’à la fin des années 70. Franco Nero n’a rien à envier à Eastwood, et joue de son magnétisme pour donner vie à ce mystérieux Django. Il est frappant de constater à quel point son visage ressemble à celui de Terence Hill, qui deviendra lui aussi une figure emblématique du genre à partir de la fin des années 60. Franco Nero va faire de son personnage un justicier à la limite du fantastique, ne cédant jamais à la peur et capable de se tirer des pires situations.
Les 6 scénaristes (!) ont mis sur pied un récit se déroulant juste après la fin de la guerre de sécession, Django portant encore son pantalon nordiste. Il va se retrouver entre des Mexicains tentant de mettre sur pied une révolution, et des Sudistes encapuchonnés prônant la suprématie de la race blanche. C’est à la naissance du Ku Klux Klan que l’on assiste, menée par un leader froid et bestial. Sa première apparition est radicale, puisqu’il fait sortir des Mexicains d’un enclos, et qu’il les laisse tenter de s’enfuir avant de les tuer au fusil. Une scène forte qui a probablement inspiré Mel Gibson pour son Apocalypto


Les idées scénaristiques ne manquent pas, et la plus frappante est le cercueil que Django traîne toujours avec lui, marquant à la fois le passé qui s’accroche à lui, mais qui se trouve également être son moyen de survie. Une astuce scénaristique simple et redoutablement efficace, tournant en dérision les notions de mort et de religion.
La mise en scène découle évidemment de l’imagerie établie par Sergio Leone, avec ses plans si particuliers où les personnages se fondent dans le décor (la scène finale où Django ne fait plus qu’un avec la croix du cimetière) ou les plans iconiques du héros dont le chapeau masque le visage. Un univers pictural marquants, aux codes bien ancrés qui ne manqueront pas d’être repris dans le cinéma américain, mais aussi dans le comics, avec notamment le génial Preacher de Garth Ennis et Steve Dillon.
Django aura connu un tel succès que plus de trente fausses suite verront le jour, tentant de capitaliser sur le succès du nom. Seule une suite officielle sera tournée en 1987, sobrement intitulée Le grand Retour de Django et réalisée par l’obscur Ted Archer. Mais si vous ne devez vous en faire qu’un, essayez celui-ci…