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lundi 9 juin 2008

DREAMERS 1: REBIRTH (METAPAT, MICK, JULL, 2007)


Sortie en novembre 2007, cette BD signée Metapat, Mick et Jull (respectivement au scénario, à la couleur et au dessin) est une tentative de SF à la française plutôt efficace. Si l’on est habitué à voir des œuvres américaines traiter les sociétés futuristes avec une assurance consommée (Minority Report au ciné, DMZ en comics…), la France entretient un rapport plus délicat avec la SF. La discrétion d’un Eden Log en salles montre bien le caractère plus confidentiel qui caractérise le genre.
Ce Dreamers semble issu de la même mouvance ayant donné naissance à des œuvres comme Renaissance (Rebirth?) de Christian Volckman, et les trois artistes évoluent sur cette vague sans opportunisme, mais en créant un monde réaliste et concret. Si l’on sent évidemment une inspiration typiquement américaine derrière le scénario, Metapat y substitue progressivement une atmosphère plus personnelle avec l’évolution de l’enquête policière qui est le nœud de l’intrigue.
Alain Smillie est un flic chargé d’élucider une série de meurtres étranges qui pourraient bien avoir un lien avec le vol d’un tableau célèbre. La SF revêt des habits de polar pour un mystère qui semble dépasser les capacités des policiers, et qui n’intéresse pas que ces derniers… L’écriture est maîtrisée, et même si les dialogues sont parfois un peu light, le récit progresse efficacement en ne déchirant pas d’un coup sec le voile du mystère. Le rythme imposé par Metapat permet de poser des bases rapides et de faire grandir l’intérêt du lecteur pour cette enquête.



Les couvertures annoncent un univers très coloré, et la première planche ne dément pas. La qualité du travail de Mick fait des merveilles, et donne un relief très dynamique aux dessins de Jull. Ce dernier crée un univers foisonnant où les innovations technologiques du scénario prennent vie avec une grande subtilité. Un exemple avec les torches des inspecteurs, aussi efficaces qu’inventives!
Ma surprise est venue lorsqu’un des protagonistes parle du « port de Colmar », et surtout lorsque j’ai appris le nom du tableau dérobé, qui est le Retable d’Issenheim. Je suis alors revenu en arrière pour contempler l’architecture de la ville, et un élément indéniable m’a assuré que cette histoire se déroulait bien en Alsace, et plus précisément dans la région de Mulhouse! Evidemment le récit a pris une dimension parallèle ensuite, puisqu’il se déroulait dans des lieux connus et qu’il contient des private jokes assez fines (la A38!). Mais Dreamers ne se contente pas de capitaliser sur les lecteurs régionaux, et inscrit son récit dans un environnement assez stable et abouti pour offrir une œuvre de SF française plutôt réussie. Et tout le mal que l’on puisse souhaiter à ses auteurs, c’est de poursuivre dans cette brèche et de nous offrir un second tome qui éclaircira le mystère, ou qui le prolongera davantage…

vendredi 6 juin 2008

JCVD (MABROUK EL MECHRI, 2008)


Sorti le 4 juin 2008


J’ai beau essayer, je n’arrive absolument pas à comprendre les critiques élogieuses qui ont été faites sur ce film. J’ai vraiment l’impression que ça fait partie de la campagne marketing…
JCVD, ou la mise en abyme d’une icône déchue en quête de renouveau. Le point de départ était intriguant, avec Van Damme dans son propre rôle pour une satire de son parcours. Sauf que l’auto-parodie annoncée n’est rien d’autre que du bluff, et que le film n’a rien de la déconstruction d’un mythe, de la dédramatisation du statut de star, ou encore de l’accessibilité d’un homme face à des anonymes. JCVD est un film totalement étrange, mais qui rate le véritable intérêt qu’il aurait dû avoir (et sur lequel était basé la campagne de promo), à savoir la mise à nu de ce personnage si autre qu’est Jean-Claude Van Damme.


Les teasers sur le Net promettaient un film au ton décalé et à l’approche sincère et subtile. Le résultat est tout autre, puisque tout le film ressemble à une vaste improvisation sans véritable but. C’est ce qu’on appelle communément un pétard mouillé, et ce n’est pas une scène avec un Jean-Claude qui pleure qui va changer la donne. La faiblesse du scénario est très loin de l’OVNI annoncé, et les choix dramatiques de Frédéric Bénudis et Mabrouk El Mechri sont pour le coup très étranges. Il était clair que JCVD n’allait pas être une comédie pure, et le côté thriller était annoncé. Mais pour le coup, on se demande bien ce que vient faire Van Damme là-dedans, puisque le réalisateur ne semble pas avoir réussi à choisir entre le film de genre pur et dur et la parodie. La construction de JCVD est très clairement celle d’un polar, et tout le récit tourne autour du braquage d’une poste. Et mis à part 2-3 dialogues et 1 ou 2 situations, ce film n’a rien de drôle. L’humour qui émanait des teasers était couplé à une sorte de tristesse qui leur donnait de la consistance, mais cette ambiance se retrouve très peu dans le film lui-même.


JCVD est un non-événement, caractérisé par l’absence quasi-totale d’enjeux dramatiques. Je dis quasiment, car il y a bien un moment où ça décolle lors de la libération d’un otage, et quelque chose de fort semble se mettre en place. L’effet dure peut-être 10 secondes avant qu’un monologue lacrymal coupe en plein dans la montée de la tension. Le sabotage pur et simple orchestré par El Mechri laisse quand même dubitatif, et un parallèle pas franchement sympathique me vient à l’esprit: Les Clefs de Bagnole de Laurent Baffie, « film » à la limite de l’expérimentation qui se sabordait lui aussi, avec encore plus d’acharnement. JCVD n’en est pas très loin, sauf qu’un élément surnage par-dessus toute cette vacuité: la mise en scène d’El Mechri, qui est tout ce qu’il y a de plus soignée, et qui nous gratifie de plan-séquence vraiment bien foutus. La fin démontre une vraie maîtrise du thriller pour El Mechri, ce qui est d’autant plus regrettable, puisque le film reste constamment dans cette veine bâtarde qui lui nuit complètement. Tant de moyens mis en place pour si peu de propos, c’est du gâchis pur et simple.
Que dire de plus? Je suis prêt à parier que Sex and the City recèle plus d'intérêts que ce JCVD, et jamais j'aurai pensé écrire ça...

mercredi 4 juin 2008

CONAN L’INTEGRALE VOLUME 1: 1970-1971 (ROY THOMAS, BARRY WINDSOR-SMITH)


Champomy! 100ème article!


Créé par Robert E. Howard en 1932, Conan est un personnage emblématique de l’héroïc fantasy, qui se déclinera au fil des décennies sur différents supports. Personnifié par Arnold Schwarzenneger dans Conan le Barbare (1982) et Conan le Destructeur (1984), il vit ses aventures transposées dans l’univers du jeu vidéo, dans différentes séries télévisées, et il donna surtout naissance à plusieurs séries de comics.
C’est en octobre 1970 que Marvel publie la première aventure du guerrier cimmérien. Ecrite par Roy Thomas et dessinée par Barry Windsor Smith, Conan the Barbarian plonge le lecteur dans un temps oublié, l’âge hyborien. Situé entre la destruction de l’Atlantide et le Moyen-Age, il est fait de sauvagerie et de magie, de cruauté et de fantastique.
Conan est un guerrier adolescent qui se distingue par sa force et sa fougue, et qui est appelé à un grand avenir. Le tout début de ses aventures met en place le personnage dans des récits inspirés des écrits de Robert E. Howard, comme La Tour de l’Eléphant qui fut un des grands succès de l’auteur américain. L’introduction dans ce monde possédant des similitudes avec Le Seigneur des Anneaux est intéressante, mais la faiblesse de ces premières aventures provient des histoires elles-mêmes qui, passée la nostalgie initiale et l’ambiance barbare, se répète assez rapidement.


Le personnage même de Conan est assez artificiel, et il est simplement là pour contrer les menaces diverses et variées existant en Cimmérie. Une approche assez archaïque du héros barbare donc, qui n’est malheureusement mis en valeur que pour ses prouesses au combat, sans entrer ne serait-ce qu’un peu dans la psychologie du personnage. L’intérêt se dilue donc rapidement, même si les sorciers, les démons et les dragons qu’il croise apportent une touche fantasy réussie.
Les dessins de Windsor Smith sont agréables, et allient la force à une certaine forme de naïveté. Nous sommes au début des années 70, et même si l’ambiance se veut barbare, le trait n’est ni trop sombre ni trop sanglant. Ce qui est davantage un problème au niveau du récit, puisque Conan traverse les épreuves sans trop de risques, et qu’il ressemble à un barbare plutôt bien élevé! Une édulcoration du personnage initial destinée à gagner les faveurs d’un public plus jeune, mais qui fait malheureusement défaut au héros.


Qu’il traverse des déserts ou qu’il combatte des hommes-bêtes, l’aspect fantaisiste fonctionne parfois, mais la plupart du temps n’est pas assez développé pour convaincre totalement. Ce sera à parti de 1974 et la série Savage Sword of Conan que le ton deviendra plus adulte, sous le crayon de Roy Thomas et la plume en noir et blanc de John Buscema.
Depuis 2003, c’est Dark Horse Comics qui publie les aventures du barbare, et Conan poursuit ses combats…

lundi 2 juin 2008

DOMINO (TONY SCOTT, 2005)



Ce film de Tony Scott partait avec un sérieux handicap, puisqu’il était surtout réputé pour être un bidouillage visuel ahurissant, qui voyait le réalisateur british expérimenter les limites du cut et de la multiplication des plans. L’histoire elle-même était censée passer au second plan, alors qu’en est-il vraiment?
Le style Tony Scott peut rebuter, et sa filmographie est loin d’être uniforme. J’étais resté sur un mauvais souvenir avec Man on Fire qui m’a beaucoup déçu, justement à cause de son aspect visuel qui selon moi desservait le propos du film. C’est avec une certaine crainte que j’ai donc visionné ce Domino, mais mes doutes se sont rapidement envolés. Ca démarre comme Tueurs-nés avec un mélange de violence et d’esthétique clip, mais il y a derrière tout ça un point de vue intelligent qui évite de sombrer dans l’outrance. La photographie très tranchée du film le place définitivement en-dehors de tout réalisme, et Tony Scott adapte la vie de la vraie Domino Harvey en se permettant des approximations et des passages totalement inventés qui donnent au film un cachet très particulier. Le scénario mélange allègrement vérité et fiction, avec un gimmick sympa qui est celui de l’émission de télé-réalité (Tueurs-nés, encore?) dans laquelle sont engagés les trois mercenaires.


Un scénario malin signé Richard Kelly (le réal de Donnie Darko!) et Steve Barancik, et la patte de Kelly est bien présente sur ce film qui s’avère relativement barré dans son concept! Pour preuve, la participation de deux stars des années 90, Brian Austin Green et Ian Ziering, qui cartonnaient à l’époque dans la série ado Beverly Hills! Vous rajoutez encore Jerry Springer dans son propre rôle (comme David Silver et Steve Sanders hein!), les chanteurs Macy Gray et Tom Waits, Christopher Walken, Mena Suvari et vous vous rendrez compte du degré assez anarchique du film!
Domino narre la vie aventureuse d’une ex-mannequin reconvertie en chasseuse de prime, accessoirement fille de l’acteur Laurence Harvey (qui jouait dans Un Crime dans la Tête de John Frankenheimer, l’original donc) et de Paulene Stone, vedette des podiums dans les années 60 (jouée ici par Jacqueline Bisset). Domino est un garçon manqué, rebelle à toute forme d’autorité et décidée depuis toujours à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Sa soif d’aventure va lui faire laisser tomber sa carrière toute tracée de mannequin, pour rejoindre un groupe de mercenaires spécialisé dans les chasses à l’homme.


Le parcours totalement atypique de Domino Harvey est servi par l’excellente interprétation de la sublime Keira Knightley, qui vaut quand même mieux que les pirateries auxquelles elle nous a habituée dernièrement. Sa sensualité renversante et son charisme font de Domino l’archétype de la femme burnée, ce qui ne manque pas de créer des tensions au sein de l’équipe. Une équipe réduite puisque composée du leader Ed Moseby, joué par le revenant Mickey Rourke, aussi génial que ravagé; et le Latino Choco, interprété par le très bon Edgar Ramirez. Le trio de choc est embarqué dans une affaire bien complexe (merci Kelly!) à base de faux permis et de détournement de fonds, un récit qui mènera le spectateur sans que celui-ci devine les tenants et aboutissants avant la fin du film. L’exercice est en cela réussi, même si la galerie de personnages aurait gagné à être encore plus travaillée. On n’atteint donc pas le niveau d’un Mi$e à Prix, mais les situations sont assez savoureuses pour que l’on s’y attarde.
Visuellement, Tony Scott délivre un film bien plus lisible que ce que je redoutais, et la stylisation de sa mise en scène n’a rien de gratuit, puisqu’elle accompagne le côté azimuté des missions du trio. Ca n’atteint pas la perfection fun d’un Shoot’en up, mais c’est assez fou pour garantir la satisfaction du spectateur!
En définitive, Domino est une bande d’action bien barrée qui mérite le coup d’œil!