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lundi 30 juin 2008

DIARY OF THE DEAD- CHRONIQUE DES MORTS VIVANTS (GEORGE A. ROMERO, 2007)


Sorti le 25 juin 2008

Je ne suis pas particulièrement fan de la série des Morts vivants de Romero, mais l’avant-dernier épisode m’avait paru plutôt sympathique. La perspective de voir le sujet traité à la manière Blair Witch avait de quoi être enthousiasmante, et augurait d’un renouveau certain du film de zombie.
Et Diary of the Dead n’est rien d’autre qu’un énième film gore sans originalité ni crédibilité, où les protagonistes semblent sortir tout droit d’un bon vieux slasher des 90’s à la Scream, l’effet nostalgique en moins. S’il n’y a pas un personnage réussissant à capter l’attention du spectateur, il est alors très difficile de dérouler un récit correct, même si la forme se veut différente. C’est bien simple, la bande de cinéastes amateur fuyant à travers le pays dans un van ressemble à la bande à Scoubidou, avec à peine une touche de frisson en plus.


La psychologie reste engluée dans un schéma de base ultra-classique flirtant souvent avec le ridicule, ce qui handicape déjà grandement le film de Romero. Et c’est d’un bavard! On se croirait dans un pensum sur l’utilisation de la caméra, et les tentatives d’explications sur l’impossibilité du réalisateur de la lâcher sont d’une lourdeur vraiment impressionnante. Le ridicule surgit à de nombreuses reprises, et les dialogues interminables finissent par ôter le peu d’espoir qui subsistait après un pré-générique déjà limite.
Romero fait dans l’horreur intelligente, en préférant se concentrer sur la dénonciation de la perte d’objectivité face à la démocratisation de l’information (tiens, c’est original!) que sur une histoire qui possédait des atouts pour être bien flippante. Le résultat est un film sans rythme enchaînant les dialogues sans intérêt, ponctué de temps à autre d’une courte scène permettant au maquilleur Andy Schoneberg de montrer son talent. Et il en a, mais l’ensemble est tellement dilué dans une sorte de soap ridicule que l’effet est rapidement atténué (la fin dans la baraque à Victor Newman renforce bien cette impression!).


Le coup de la caméra à l’épaule à déjà été fait par d’autres, et en largement mieux. Balaguero, Plaza, Myrick, Sanchez, Reeves… Ces auteurs utilisaient leur objectif afin de créer une tension palpable et novatrice, tandis que Romero essaie vainement de faire sortir quelque chose de sa caméra en pensant que plus il insiste sur le procédé, plus ça va marcher. Au lieu de jouer dans la subtilité et de rappeler simplement à quelques reprises que tout ceci est filmé par les personnages du film, il le dit pendant 1h30 sans discontinuer, laissant même ses chers morts-vivants au second plan. Cloverfield, [REC] ou encore Le Projet Blair Witch savaient doser leurs effets, et savaient quand passer le relais pour simplement rendre flippant ce qui se passait dans le cadre. Romero ne la joue pas de la même manière, et son film s’en ressent. Diary of the Dead n’est qu’une ombre infime de ce qu’il aurait pu être, se sabotant lui-même par le jeu des références qui tombe littéralement à plat tellement c’est absurde (la répétition de la scène de la momie est à ce titre incroyable…). C’est très très lourd, et Papy Romero en a apparemment gardé sous le coude pour un second Diary…

dimanche 29 juin 2008

BIG BABY (CHARLES BURNS, 1999)


Charles Burns est l’auteur réputé de l’excellente série Black Hole, mais son travail ne s’arrête heureusement pas là. Avec Big Baby, il met en scène un enfant au visage étrange, qui semble ne pas avoir d’âge. D’emblée, l’ambiance est très spéciale, caractérisée par une tonalité sombre qui sera développée dans les multiples récits.
Big Baby est l’histoire caractéristique du jeune garçon que personne ne croit quand il dit voir des choses mystérieuses. Le petit Tony Delmonto ne parvient pas à persuader ses parents de l’existence du monstre qui sort de la piscine de son voisin, ni de l’invasion extra-terrestre qui se prépare. Et Charles Burns se place à la hauteur de l’enfant, qui ne fait que décrire une réalité tangible que les autres ne soupçonnent pas. On est projeté en plein EC Comics, avec des monstres hideux et des aliens repoussants, et le graphisme éthéré de Burns est à la fois un hommage à ces vieux comics, et constitue également un démarcage très intéressant sur les fantasmes enfantins.
Big Baby est une exploration de la psyché enfantine, qui met en exergue les peurs profondes et les désirs latents qui existent à cet âge-là. Le processus appliqué à ce Big Baby est sensiblement le même que celui que l’auteur utilisera pour l’élaboration de Black Hole, qui traitera cette fois de la psychologie adolescente. L'oeuvre de Charles Burns semble suivre cette volonté d’extérioriser les pensées profondes de ses protagonistes, en créant un univers où se matérialise le subconscient.

Quand Bib Baby se retrouve dans la caverne où les monstres séquestrent leurs prisonniers, il s’agit du monde réel dans lequel évolue Tony. L’épidémie dont il essaie en vain de parler à ses parents est le précurseur de la fameuse peste qui fera des ravages chez les adolescents de Black Hole, et elle est tout ce qu’il y a de plus réelle dans le monde de Tony.
Un monde à l’atmosphère résolument étrange, où les adultes ne sont pas forcément plus responsables que les enfants. Le voisin de Tony est particulièrement gratiné, et sa notion du couple est terrifiante et doublée d’une dose de comique pessimiste. Charles Burns gratte les couches sédimentaires de la psyché humaine, et livre une vision à la fois absurde et sombre de la civilisation, vue par un enfant qui ne semble pas vouloir grandir. Son physique particulier ajoute une couche de malaise, et il semble presque être lui-même un extraterrestre. Sa représentation symbolise sa solitude et l’incompréhension des adultes, et il préfère explorer son univers plutôt que de perdre son temps à essayer d’expliquer les dangers qui guettent.


Stylisé dans un beau noir et blanc, le récit onirique de cet enfant particulier est très représentatif du talent de son auteur, et même s’il n’atteint pas le sommet d’un Black Hole, il est une lecture fortement recommandable.

samedi 28 juin 2008

DAVID BORING (DANIEL CLOWES, 1998)


Paru initialement dans le magazine Eightball, cette histoire tragi-comique a pour héros le personnage David Boring, qui est à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte. L’auteur, Daniel Clowes, lui fait subir une aventure très particulière, dans laquelle la nonchalance du jeune homme sera mise à rude épreuve.
Le graphisme fait immédiatement penser aux vieilles bandes des années 50-60, avec leur style épuré et leur graphisme noir et blanc délicat. David Boring est une plongée dans l’adolescence américaine teintée d’une forte dose de nostalgie. Le travail de Daniel Clowes est remarquable, autant dans sa conception picturale que dans sa structure narrative. La combinaison de ces deux éléments crée une vraie ambiance, faite de déprime et d’espoir. David Boring est un gars plutôt calme, pas vraiment extraverti, et qui essaie d’aller de l’avant tout en étant agrippé par un passé très fort. Ses rencontres, ses erreurs, ses moments de bonheur, tout ça est écrit avec un mélange de réalisme et de fantaisie, qui sont parfaitement dosés pour parvenir à faire de David Boring une œuvre étrange et envoûtante, de celles qui font intervenir le passé et le subconscient sans pour autant faire étalage d’un savoir encyclopédique.
Tout est dans l’atmosphère, rendue encore plus atypique par un noir et blanc hors du temps, qui grise ce présent déjà pas très joyeux. Un choix judicieux qui augmente encore l’intensité du récit, lequel se hasarde sur des éléments étranges, sur des interactions étonnantes entre les personnages, et qui apparaît finalement comme une sorte de rêverie crépusculaire où l’émotion se glisse de manière subtile.


Avec un personnage qui prend des photos intimes de toutes ses conquêtes, une coloc lesbienne qui se spécialise dans les aventures impossibles, ou encore une mère castratrice, le sexe est un élément primordial du récit qui se veut une exploration des fantasmes. Les attirances interdites et les envies intimes sont exprimées de manière directe, et les personnages de David Boring ne font finalement que suivre ce que leur dicte leurs instincts. On peut penser à Nowhere de Gregg Araki, car même si l’aspect visuel est complètement différent, le propos est sensiblement le même, à savoir celui d’une adolescence esseulée qui comble ses manques comme elle peut.
David Boring est un titre essentiel dans cette approche mélancolique de l’adolescence, et la netteté des situations évoque invariablement quelques expériences bien personnelles vécues par l’auteur lui-même. La recherche de l’amour parfait par David est une sorte de chimère, qui repose pourtant sur des éléments bien concrets. Daniel Clowes remonte en fait jusqu’à l’origine de cette perception, qui déterminera toute la vie de David. Une approche à la limite de la psychanalyse, mais démontrée avec talent par un auteur capable de traiter de ce sujet avec subtilité.

vendredi 27 juin 2008

HOT ROD (AKIVA SCHAFFER, 2007)



Rod Kimble est un jeune cascadeur un brin décalé qui persévère depuis de nombreuses années dans cette passion dévorante et dangereuse, toujours à la recherche du grand frisson. Lorsqu’il apprend que son beau-père est atteint d’une maladie qui ne lui laisse plus que quelques jours à vivre, Rod décide de tenter le tout pour le tout et de passer à l’étape supérieure afin de réunir les fonds nécessaires à l’opération…
Et là, vous vous dites: oh non, encore un de ces films à message qui grouille de bons sentiments à la guimauve. Héhé… Et bien je vous conseille de jeter tout de suite vos deux rétines sur ce film, car Hot Rod est une pure tuerie qui pulvérise littéralement toute les comédies existantes! Hot Rod est une date dans l’histoire du cinéma, Hot Rod est une légende, Hot Rod est le Graal du film comique!

La première scène est tout simplement hilarante, et place d’emblée le spectateur dans le délire du réalisateur Akiva Schaffer et de la scénariste Pam Brady. Mais le plus incroyable, c’est que le rythme ne baissera jamais durant l’intégralité du film, ce qui est une performance unique en son genre! Le mérite en revient à la scénariste (qui a notamment œuvré sur South Park) dont le script dément est une suite de fulgurances totalement dingues! Aidé par une mise en scène inventive qui joue sur les ellipses et le montage inventif, Hot Rod est en plus interprété par une bande d’acteurs aussi dynamiques que talentueux. La conjonction parfaite de tous les éléments en somme, et ce film est tout simplement LA comédie parfaite, le nouveau mètre-étalon qui met la barre extrêmement haut…


Les scènes d’anthologie se suivent à un rythme infernal, et l’histoire de ce jeune homme qui veut à tout prix réussir pour gagner l’amour de son beau-père est énorme! Dès qu’un moment menace de devenir touchant, il est très vite rattrapé par des gags vraiment inventifs et une approche comique dévastatrice! Qu’il s’agisse de la love-story en puissance, des nerds qui font partie de l’équipe de Rod, des combats homériques avec son beau-père, tout est étudié au millimètre pour que l’impact soit le plus précis possible, et le résultat est inversement proportionnel aux réussites de Rod. Andy Samberg est génial dans le rôle de ce personnage aussi entêté qu’attachant, et tout comme Jorma Taccone qui joue son frère et le réalisateur, ils font partie du gratin du Saturday Night Live.


Un mot encore sur la musique, qui colle à la perfection aux images très Hell’s Angels du film, et qui annonce le retour en grâce du groupe Europe! Le travail sur le son est excellent, et les séquences sont indissociables de cet habillage sonore qui donne une dimension supplémentaire à l’humour qui inonde ce film. Tout simplement énorme…
Hot Rod est une expérience réellement surprenante, qui donne tout son sens à l’expression « mourir de rire »; un conseil, si vous buvez une bière en matant ce film, mettez sur pause…