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samedi 6 septembre 2008

LA CREATURE DU MARAIS (WES CRAVEN,1982)


La Créature du Marais est l’un des premiers films de Wes Craven, dans lequel il démontrait son amour des vieux films d’horreur et des EC Comics. En effet, ce film est un hommage appuyé à tout un pan de la culture populaire américaine avec ses monstres grotesques et ses méchants mégalomanes. Wes Craven joue la carte de la nostalgie et du respect en écrivant une histoire de mutation biologique sur fond de recherche scientifique, le tout se déroulant dans des marais bien étouffants comme on les aime!
Les noms des protagonistes sont déjà des indications quant à la nature référentielle du récit, puisqu il sont très imagés. La gentille scientifique s’appelle Cable, et le vilain riche s’appelle Arcane. Ca sent bon le manichéisme et les caractères antagonistes, et c’est justement ce que l’on trouvait dans les années 50! Craven applique une vieille recette avec toute la minutie d’un cinéaste impliqué, et on se retrouve en face d’une bande volontairement régressive. Le costume cheap de la bestiole, un ennemi qui est un clone raté de Rambo, un scientifique passionné… Tous les ingrédients sont présents pour offrir une œuvre référentielle qui tient largement la route, et qui nous offre une version très sympathique de La Belle et la Bête.



La réalisation de Craven revient constamment à la source comics avec ses fondus enchaînés variés (dans l’esprit du Hulk d’Ang Lee) et ses plans bien théâtraux où la bête hurle au plus profond des marais. L’atmosphère s’enrichit ainsi de la substance préexistante, et La Créature du Marais s’inscrit dans la droite ligne des films de monstres d’antan avec une modestie et un amour du genre qui ne peut qu’augmenter le capital sympathie du film.


Le casting est solide et permet à Adrienne Barbeau de camper encore une fois une femme de poigne après New York 1997, et elle joue à fond son personnage de Cable. L’excellent Ray Wise (la géniale série Twin Peaks!) joue le malheureux scientifique, et Louis Jourdan se délecte de son rôle de salopard ultime! Il joue Arcane avec un mélange de froideur et de fausse sympathie qui fait de lui un être immédiatement détestable, et il ne fait qu’augmenter ces traits de caractère au fur et à mesure. Une prestation remarquable…
Ce récit adapté du comics Swamp Thing évoque invariablement le Man-Thing de Marvel (créé 2 ans plus tard), autre créature légendaire hantant le bayou. Un film avait d’ailleurs vu le jour, et quoi qu’en disent les critiques, il est plutôt réussi, même s'il lui manque la dimension nostalgique de celui de Craven.

dimanche 31 août 2008

ALIAS 1: LE PIEGE (BRIAN MICHAEL BENDIS, MICHAEL GAYDOS, 2001)


Motivé par les critiques de Matt Murdock (je ne sais pas comment mettre les liens, mais allez tout en bas de cette page pour avoir le lien sur son site, ça vaut le coup d'oeil) , je me suis lancé dans la série Alias publiée chez Marvel à partir de novembre 2001. Rien à voir avec Jennifer Garner, cette Alias étant une boîte d’investigations. La seule salariée d’Alias s’appelle Jessica Jones, et est une ancienne super-héroïne ayant décrochée (oh, un jeu de mot subtil!) pour se lancer dans une carrière de détective privé.
Brian Michael Bendis aime le polar, c’est connu. Et il inaugure la collection Max avec ce récit aux tonalités sombres et aux machinations tordues, où la pauvre Jessica se lance dans une affaire extrêmement louche. Le récit réserve des zones d’ombre et des surprises écrites avec beaucoup de soin par un auteur talentueux. On est immergé dès le début dans cette histoire que Bendis traite avec beaucoup de sérieux, mais aussi avec une certaine dose d’autodérision. Le regard qu’il porte sur l’univers Marvel est celui d’un véritable connaisseur bénéficiant d’un redoutable sens critique, ce qui donne à son œuvre une dimension particulière. Un petit exemple de dialogue entre un flic et Jessica lors d‘un interrogatoire: « Dites, les Fantastiques… Vous les avez déjà rencontrés? Je les adore. -Non. -Non? -J’ai croisé le grand type orange. -La Chose. -Oui. -Il est béton. Sans jeu de mots. -Oui. Bon, si on… -Il est comment? -Grand et orange. Je peux retourner vivre ma vie? »



L’autre atout considérable de cette série est le dessin de Michael Gaydos, qui évoque beaucoup le style épuré de John Paul Leon, notamment sur Les nouvelles Aventures de Cyclope et Phénix. Gaydos choisit des tonalités très ternes en faisant varier les bleus et les rouge, captant immédiatement l’atmosphère que Bendis souhaite imprimer à la série. La vie nocturne, la fumée des cigarettes, les bars déserts… On est dans un véritable polar, qui bénéficie d’une mise en scène remarquable. Gaydos modifie constamment sa mise en pages, passant du simple champ-contrechamp au découpage d’image (Jessica sur les escaliers, l’image coupée en 4 cases, symbolique de la dégradation de son moral), où utilisant le procédé très cinématographique du zoom avant. De prime abord, l’austérité des dessins peut rebuter, mais leur richesse visuelle se dévoile très rapidement, et en fait un élément essentiel de la série, qui perdrait beaucoup de poids si elle était racontée de manière plus classique.



Bendis fait en plus appel aux connaissances des lecteurs, en remettant au goût du jour le personnage de Man Mountain Marko, le colosse apparu pour la première fois dans Amazing Spider-Man 73 de juin 1969, et qui est un vilain de seconde zone que ça fait bien plaisir de revoir! Luke Cage et Matt Murdock (pas celui du blog, l'autre...) passent également faire un tour…
Alias est l’une des séries les plus captivantes du moment chez Marvel, et si vous appréciez les bons polars, plongez-y!

samedi 30 août 2008

KISS KISS, BANG BANG (SHANE BLACK, 2005)



Après une fructueuse carrière en tant que scénariste (L’Arme fatale 1 et 2, Le dernier Samaritain, Last Action Hero…), Shane Black sort de l’obscurité et met en scène son premier long métrage. S’appuyant sur une trame très film noir, il écrit un scénario étrange et drôle en collaboration avec Brett Halliday, l’auteur du bouquin à la base du film (Bodies are where you find them).
L’humour subtil qui imprègne Kiss Kiss bang bang est un mélange de burlesque et de mots d’auteur bien sentis, et c’est à une aventure plutôt originale que nous convie le réalisateur. La complexité de l’intrigue rejoint les grands noms du polar littéraire comme Dashiell Hammett, Raymond Chandler ou James Ellroy. Le récit se déroule en effet dans une ambiance étouffante, de celles qui laissent entrevoir que les emmerdes ne vont pas tarder. Et quand elles se pointent, Robert Downey Jr. est prêt à morfler!


Eh oui, le génial Robert Downey Jr. est de la partie! Son aisance et son naturel apportent tout ce qu’il faut d’humanité au personnage d’Harry Lockhart, loser magnifique qui va passer tout son temps à essayer de se sortir de situations très dérangeantes… A ses côtés, Val Kilmer est très bon dans le rôle d’un détective à la personnalité bien directe, et la belle Michelle Monaghan joue non pas la femme fatale, mais une jeune femme pétillante qui n’a pas froid aux yeux.
L’intrigue policière démarre lentement, après des présentations plutôt originales avec un narrateur s’adressant directement au spectateur afin de le guider dans ce récit loufoque. Shane Black égratigne bien le petit nuage hollywoodien dans lequel Lockhart évolue malgré lui, ce que lui permet évidemment sa solide expérience du milieu. Lockhart navigue dans ce monde si étrange pour lui, et qui risque de causer sa perte…


Au-delà de l’enquête, c’est surtout l’histoire de cœur entre le loser et la belle qui est intéressante, les deux personnages originaux offrant des moments bien sympathiques. Les tentatives de séduction de Lockhart, la vitalité d’Harmony font de cette tentative de relation quelque chose d’original et d’amusant.
La mise en scène de Shane Black joue beaucoup sur cette ambiance polar, et son histoire de petites frappes et de détectives en herbe est bien dynamique. Les dialogues sont aiguisés et sonnent comme une marque de fabrique sans que cela paraisse factice, et le résultat de tous ces éléments est un film agréable et inventif. On pourrait le rapprocher du Payback de Brian Helgeland, qui ô surprise, est lui aussi un premier film (noir) pour un scénariste réputé. Comme quoi, le genre offre de nombreuses possibilités!

vendredi 29 août 2008

DOBERMANN (JAN KOUNEN, 1997)


Jan Kounen a connu son heure de gloire avec le succès de ce premier long métrage adapté de l’oeuvre éponyme de Joël Houssin. Tant sur le fond que sur la forme, Dobermann est un délire sous acide confrontant une bande de braqueurs anarchistes à une police complètement dépassée par l’ampleur des événements. Le côté totalement allumé est la marque de fabrique du film, et les acteurs se lâchent dans un environnement et des scènes souvent décalées et explosives.
Mais Dobermann tourne assez rapidement à la caricature, et ses personnages bien posés (le cureton illuminé, le petit teigneux, la gitane burnée jouée par Monica Bellucci…) montrent assez rapidement leurs limites. Passée une exposition sympathique, les personnages se mettent rapidement à tourner en rond, englués dans un scénario de braquage qui va les confronter à une équipe de flics désemparés.



Mais un flic a compris comment régler le problème, c’est le pourri Cristini, joué par un Tchéky Karyo très inspiré. L’inspecteur va jouer avec les mêmes armes que le Dobermann et sa bande, et l’ultra-violence va régner sur la ville. Tchéky Karyo est véritablement malsain dans ce rôle de psychopathe, et il efface aisément la prestation de Vincent Cassel dans le rôle-titre.
En matière d’action, Kounen tente des expériences plus ou moins réussies, et son film se veut un actioner tout ce qu’il y a de plus bourrin, ce qui est le cas. La scène du motard est par exemple bien inventive, et démontre cette propension du réalisateur à délivrer un produit bien B. Mais même si le propos est sincère, la redondance et la gratuité des séquences ne permet pas de capter l’attention très longtemps. Dobermann est un film survitaminé qui se la joue tendance et sans limites, mais son impact n’est au final pas très fort.



Seuls les passages avec Cristini permettent de donner de l’ampleur aux scènes, en y injectant toute la froideur et la violence d’un Tchéky Karyo habité. Le malaise qu’il crée à plusieurs reprises permet de donner de la consistance au film, qui se retrouve sinon simplement réduit à son visuel cut et nerveux. La mise en scène de Kounen joue sur un registre post-Tarantino qui était de bon augure à l’époque, et qui pouvait faire passer la pilule. Mais au final, Dobermann est bien plus maladroit et creux que ce qu’il laissait paraître. Dans le genre film qui défouraille et qui troue vraiment le cul, je ne saurai que trop vous conseiller le génial Shoot-em up de Michael Davis, qui est un exemple parfait de mise en scène d’action non-stop ponctué d’idées scénaristiques étonnantes. Et tiens, Monica Bellucci est encore de la partie…