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jeudi 6 mars 2008

UN SECRET (PHILIPPE GRIMBERT, 2004)


Ce titre aussi direct qu’énigmatique pose d’emblée le récit comme un cheminement, celui qui va conduire le personnage principal assailli de doutes vers une vérité inavouable. Ce jeune garçon chétif s’inventant un frère fictif afin de pallier à ses angoisses va grandir peu à peu lors de ses discussions avec sa vieille voisine, qui va lui révéler la véritable histoire de sa famille.
Le récit va suivre une évolution semblable à celle qu’un patient pourrait faire en se rendant chez un psychanalyste, ce qui n’est pas un hasard puisque l’auteur lui-même en est un. A cette différence que le jeune narrateur (dont le prénom n’est jamais cité) ne va pas évoluer en vidant son sac à un inconnu, mais il va grandir en écoutant une vieille connaissance faire entrer en lui une histoire hors norme et à laquelle il est inextricablement lié. Une sorte de renversement des valeurs psychanalytiques, mais corroborant le fait qu’un individu ressent toujours les non-dits et les secrets, et que ceux-ci trouvent toujours un moyen de se répercuter dans leur existence, comme mus par une volonté propre de sortir du néant et de l’oubli afin de pousser celui qui en souffre à chercher cette vérité.
Ce titre si mystérieux est accrocheur par sa simplicité même, et la lecture de ces paragraphes très courts se fait avec aisance. Le style est plutôt simpliste, mais la prétention romancière de Philippe Grimbert semble secondaire. Cette absence même de style laisse le champ libre au récit, qui commence comme une histoire d’enfant solitaire pour aller vers une véritable tragédie familiale. Les mots sont directs, et Grimbert évoque ce clan avec une certaine naïveté, qui devient de plus en plus touchante. Le père Maxime et la mère Tania, tous deux athlètes de haut niveau aux corps parfaits, parents de ce petit enfant si chétif à la poitrine creuse; la vieille voisine Louise par qui tout sera révélé; le grand-père Joseph, la grand-mère Martha… Tous vivent sous le regard du petit garçon qui, inexplicablement, se sent à une certaine distance d’eux. Les longues discussions avec Louise vont peu à peu lui faire découvrir qui ils sont vraiment, et vont lui permettre de prendre sa véritable place parmi eux.



Un Secret est une révélation, qui va se faire au gré des courts chapitres, en évoquant les histoires personnelles des protagonistes, et en les racontant à la lumière de la période très précise où elle a lieu. L’impact de l’Histoire sur les histoires, qui vont s’en trouver bouleversées à jamais. Il est difficile d’évoquer ce roman sans en dévoiler les thèmes, mais ceux-ci font partie du secret et je n’en parlerai donc pas. Simplement, si vous découvrez un jour ce roman qui traite à la fois avec pudeur et frontalité d’un lourd secret, rappelez-vous bien ceci, qui n’est d’ailleurs aucunement mentionné, ni en préface, ni en épilogue: il s’agit simplement de l’histoire vraie de Philippe Grimbert.

mercredi 5 mars 2008

LOLITA MALGRE MOI (MARK WATERS, 2004)






Après avoir passé sa jeunesse en Afrique avec ses parents zoologistes, Cady Heron change radicalement de vie lorsqu’elle s’installe en Illinois. Et après avoir survécu à la jungle, elle va découvrir un univers encore plus impitoyable: le lycée, et plus particulièrement un gang de filles affectueusement nommées les Siliconées. Va-t-elle résister à ce monde inconnu et cruel auquel elle va devoir faire face?


Le titre peut faire peur. Le résumé peut faire peur. Le message peut faire peur. Et pourtant, ce film que l’on pourrait sans peine critiquer sans l’avoir vu pour le traiter de comédie prépubère débilitante vaut plus que cela. Sans être un film inoubliable, Lolita malgré moi (le titre n’aide pas en même temps) est assez surprenant, dans le sens où il sonne relativement juste et qu’il est traité avec un sens de l’humour affirmé. Un gang de pétasses, une nouvelle arrivante qui ne connaît absolument rien aux mœurs des jeunes de son âge, et un environnement lycéen classique. Le pari n’était pas gagné, mais le traitement de la scénariste Tina Fey (qui joue la sympathiquement décalée prof de math) se ressent de son appartenance au Saturday Night Live. Lolita malgré moi (je hais ce titre, vraiment) n’est pas une grosse farce potache à la Sex Academy, mais est toutefois relevé par des gags bien sentis qui en font une comédie adolescente rythmée permettant au propos finalement humaniste du film de bien passer, sans alourdir le récit par un pathos trop prononcé (quioque la fin aurait gagnée à être un poil raccourcie).
La corde raide est bien plus dangereuse qu’on ne croit dans les teen movies, et la frontière entre une Girl next Door du meilleur acabit et une Big Party ennuyeuse à mourir est mince. Quels sont les ingrédients d’une bonne comédie adolescente, me direz-vous? Tout d’abord, ne pas prendre les jeunes pour des cons et ne pas leur servir des pseudo-films jouant la carte de la vulgarité en croyant être fun et drôle. Au lieu de cela, offrir des personnages auxquels ils peuvent s’identifier, avec leurs doutes et leurs désirs, et filer un scénario réaliste et drôle. Ce n’est pas toujours facile de réunir ces conditions, mais Lolita malgré moi est la preuve que ça marche.


Lindsay Lohan est très crédible dans ce rôle de fille déracinée, qui cache malgré tout un fort potentiel. Les bimbos sont jouées avec conviction par de jeunes actrices motivées, et le tout est emballé par une réalisation discrète mais gentiment rythmée. Le nœud du scénario joue sur l’infiltration de Cady dans la bande des Siliconées afin de pourrir la vie de leur meneuse, laquelle a auparavant fait échouer la tentative de Cady de sortir avec le beau Aaron. Une histoire de vengeance donc, qui sera menée avec beaucoup (trop?) d’implication par une Cady qui se prend rapidement au jeu. Avec ses amis Janis et Damian (qui a un air de Vince Vaughn adolescent), qui sont totalement hors du clan des Siliconées, Cady va mettre en place un plan machiavélique afin de se venger, mais tout ne se passera pas comme prévu…
Les seconds rôles sont bien écrits (mention particulière pour le proviseur (joué par Tim Meadows, excellent!), le contexte de guerre féminine est bien fun et donne lieu à quelques scènes étonnantes (merci le bus!), et le film véhicule une grosse dose de bonne humeur bien communicative, qui permet de montrer que teen movie ne rime pas forcément avec film pourri.


lundi 3 mars 2008

WHITE TIGER 1: L'INSTINCT DU HEROS (TAMORA PIERCE, TIMOTHY LIEBE, 2007)



Sorti le 28 février 2008

Après avoir partagé les aventures de Daredevil dans sa série éponyme, Angela Del Toro rejoint la cour des grands avec une mini-série en 6 épisodes. Sortie il y a un an aux Etats-Unis, elle est publiée aujourd’hui en France dans la collection 100% Marvel.
Le précédent White Tiger était l’oncle d’Angela, qui lui a apparemment légué ses amulettes magiques. Hector Ayala étant décédé, sa nièce décide de reprendre le flambeau. Ses motivations sont multiples, puisqu’elle souhaite venger son partenaire du FBI assassiné, honorer la mémoire de son oncle, et aussi protéger son quartier de Hell’s Kitchen, tout comme le faisait son mentor Daredevil… Un Daredevil bien mystérieux qui va croiser à plusieurs reprises la route d’Angela…
Ecrit par Tamora Pierce, romancière spécialisée dans l’héroic fantasy, et son mari Timothy Liebe, ce White Tiger décline un univers féminin fait d’initiation et d’humour. La première partie relatant les débuts de White Tiger possède de fortes connotations visuelles avec Catwoman, et intègre le personnage dans l’univers des super-héros en lui donnant des talents de gymnastes certains, agrémentés d’une touche de magie provenant des amulettes. La suite verra une héroïne en pleine ascension, se découvrant des pouvoirs insoupçonnés et très utiles dans son combat contre le crime. Avec pour toile de fond un trafic de passeports et de cartes vertes, c’est à un ennemi puissant et dangereux qu’est confrontée Angela en la personne de Cobra. Piet Voorhees (référence à Vendredi 13?) s’est transformé en Cobra après que son oncle Klaus, alias King Cobra, lui ai injecté son venin irradié. White Tiger reste donc une grande histoire de famille, et l’opposition entre les neveux respectifs va se faire en plusieurs rounds bien menés. Mais Angela ne sera pas seulement confronté au Cobra, puisqu’elle va aussi trouver sur sa route le terrible Lézard, et même Deadpool! En fait avec ce dernier ce ne sera qu’une amorce de combat, puisque Deadpool, dans sa soif de justice (!), confond White Tiger avec la Chatte noire…



Aidée par Daredevil, Angela va tenter de mettre fin à ce trafic de papiers d’identité qui recouvre quelque chose de bien plus gros. Elle va combattre un clan de yakusas qui ne fait pas dans la dentelle, et qui n’hésite pas à sacrifier ses propres alliés si le besoin s’en ressent. Le personnage de Sano Orii est en ce sens une représentation typique du yakusa intraitable et sans pitié. Angela va devoir jongler entre son enquête personnelle et son nouveau boulot en tant que garde du corps pour jeunes stars (pas les sœurs Olsen, n’en déplaise à Deadpool!). Rythmées et plaisantes, les aventures de cette nouvelle White Tiger nous font découvrir un personnage fort et sexy (la combinaison moulante d’un blanc immaculé est plutôt agréable!). Le côté progressif de ces pouvoirs est intéressant, car il permet une montée en puissance qui se fait parallèlement à son expérience.
Le dessin du Français Phil Briones met bien en valeur les courbes d’Angela, et propose un graphisme fun et des cadrages travaillés qui dynamisent cette nouvelle série. Les quelques dessins poseurs, comme Angela avec son sabre, donnent une touche de puissance supplémentaire au récit, et son style accompagne bien le scénario de Pierce et Liebe.
White Tiger est donc une série accrochante, et ce ne sont que les prémices d’aventures bien palpitantes à venir…


samedi 1 mars 2008

MEURTRES SOUS CONTRÔLE (LARRY COHEN, 1976)


Avec son compère de longue date William Lustig, Larry Cohen a roulé sa bosse des 70’s aux 80’s en proposant toujours des histoires basées sur un principe relativement simple: le bébé assassin du Monstre est vivant et de ses 2 suites, L’Ambulance mystérieuse, un homme coincé dans une cabine téléphonique (le scénario de Phone Game est de lui)… Cohen se base systématiquement sur un principe de départ d’où va découler tout le reste, et ce Meurtres sous Contrôles (titre passe-partout qui ne rend absolument pas hommage au God told me to original) n’échappe pas à la règle. Une série de meurtres hasardeux perpétrés par différents protagonistes a lieu à New York, et à la question de savoir pourquoi ils ont tué, tous les assassins répondent: « Dieu me l’a demandé » . Un point de départ déroutant et mystérieux, qui va confronter un flic catholique à des questionnements métaphysiques d’autant plus profonds qu’ils semblent bien avoir des répercussions personnelles…



Un New York très 70’s dans sa photographie granuleuse et ses personnages allant du hippie au flic taciturne, et une atmosphère de plus en plus glauque, due à l’avancement d’une enquête qui s’éloigne de la piste des crimes gratuits pour aller vers une interrogation dramatique de l’impact de la religion sur les masses. Mais même ce résumé ne suffit pas à ouvrir toutes les pistes que lance Cohen avec cette extrapolation sur ces meurtres. Cohen semble avoir été touché par les vagues de crimes qui ont secoué New York dans les années 70, et il en a tiré une sorte de réponse mystique, comme s’il avait besoin de trouver une raison à ces meurtres purement gratuits. Le cinéma, à l’image du théâtre antique, possède des vertus cathartiques qui ont guidé Larry Cohen a échafauder un scénario complexe mêlant de nombreuses thématiques dans un souci de donner une idée de ce qui peut se passer dans la tête d’un tueur, et il va même plus loin, puisque ses idées flirtent avec le fantastique pur en apparaissant comme réelles.



C’est dans une aventure très étrange qu’est plongé Peter Nicolas (Tony Lo Bianco qui traîne sa gueule de cinéma depuis les années 60 sans discontinuer), obnubilé par cette phrase répétée par les tueurs qui n’ont aucun lien entre eux, « Dieu me l‘a demandé». Empêtré dans ses histoires de cœur entre une femme avec qui il ne vit plus mais qu’il voit encore, et une amie qu’il voit régulièrement, il va être confronté à ses propres actes et toute son existence va être totalement chamboulée par les révélations qu’il va faire sur ces cas sordides. Le flic désabusé du début semble sombrer dans la folie, mais les apparences sont encore trompeuses...
Volontairement nébuleux, Meurtres sous Contrôle peut être vu comme une source d’inspiration à la série Aux Frontières du Réel, avec ses multiplications de pistes et ses révélations ouvrant sur quelque chose de plus grand et de plus secret. Un film étrange à l’ambiance très sombre et aux propos morbides, qui malgré quelques longueurs (notamment dans la vie personnelle de Peter Nicholas) reste une œuvre marquante à la réalisation intéressante. Comme souvent chez Cohen, le film vaut surtout pour le scénario, qui conserve ici toute son originalité 30 ans après.