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vendredi 8 août 2008

WANTED (MARK MILLAR, J. G. JONES, PAUL MOUNTS, 2003)


Sorti le 13 juillet 2008

Attention, vous êtes en face d’un monument du comics contemporain, et la lecture de ce Wanted risque fort de vous marquer à vie! Bon, j’exagère un tout petit peu, mais ce récit du génial Mark Millar dépasse largement des frontières qui ont rarement été atteintes, voire jamais en ce qui concerne la fin…
L’histoire paraîtrait presque classique: un jeune homme que rien ne semblait prédisposer à une carrière de surhomme se voit propulsé du jour au lendemain dans le monde des encapés, laissant derrière lui sa misérable petite existence sans relief. Ca, c’est du déjà vu un peu partout, mais le traitement qu’adopte Millar est tout simplement jouissif! Jugez plutôt: le jeune super-loser Wesley Gibson va être contacté par la Fraternité pour endosser le costume de feu son père, le plus grand super-vilain de la Terre. Et il semblerait que les gènes de Wesley n’aient pas altéré cette propension au massacre et aux gunfights…
C’est à une véritable renaissance que l’on assiste alors, et rien ne sera épargné au lecteur en terme de violence et d’outrages: bastons, tueries aléatoires, crash d’avion sur une tour… Wesley s’amuse comme un petit fou dans sa nouvelle vie qui lui permet de donner libre cours à toutes les formes de transgressions en toute impunité, la Fraternité étant couverte pour tous ses actes… Le jeune homme découvre une forme de liberté radicale et explosive, qui fait de Wanted une œuvre résolument subversive et corrosive. Evidemment, sauver la planète n’est pas le but premier de la Fraternité, et c’est tant mieux pour le lecteur qui découvre une histoire s’aventurant dans des zones inexplorées du mythe des surhommes.


Le dessin de J. G. Jones et la colorisation de Paul Mounts rendent à merveille toutes les excellentes idées de Millar, et créent un univers visuellement très riche et complexe. L’allure du bad guy Tas-de-Merde est éloquente,et Mister Rictus est vraiment sinistre… Les perles scénaristiques sont nombreuses, comme les références à des super-vilains de chez Marvel par exemple (cherchez bien, vous verrez le Vautour, le Shocker ou encore le Maître de la Haîne!). Mais c’est dans la construction inventive de son récit que Millar met l’essentiel, laissant filer cette aventure vers des directions réellement étonnantes. Un exemple avec le personnage de Johnny deux-Bites, qui doit obéir au boss qui se trouve dans son slip! Ou la révélation sur ce qui est arrivé aux super-héros en 1986...


Wanted est l’exemple parfait du comics riche et inventif, de ceux qui vous triturent encore les méninges longtemps après que vous en ayez tourné les dernières pages. Et quelles dernières pages! Le lecteur se les prend directement en pleine gueule, et rarement l’interactivité entre l’auteur et le consommateur aura été aussi franche et directe! Après, il y a ceux qui apprécieront et ceux qui détesteront, mais je trouve cette fin géniale et courageuse, et les vérités qu’elle souligne n’en sont pas moins réelles…
Wanted est une pure tuerie du premier au sixième épisode, et constitue une oeuvre maîtresse dans l’industrie galopante du comics. La rage et l’irrévérence qui l’habitent sont des éléments primordiaux donnant à cette histoire un impact monumental, et Mark Millar peut sans peine être considéré comme l’un des auteurs les plus talentueux du moment aux côtés de Garth Ennis, Warren Ellis et Paul Cornell… Reste juste à voir si l’adaptation ciné par Timur Bekmambetov (l’atroce Night Watch!) ne va pas ternir ce joyau…

mercredi 6 août 2008

L’INCROYABLE HULK (LOUIS LETERRIER, 2008)


Sorti le 23 juillet 2008


Les exécutifs de Marvel ont décidé de purement et simplement oublier le film d’Ang Lee, au vu de ce qu’ils appellent un échec commercial (avec 245 millions de dollarsà travers le monde, le terme est tout relatif...). Exit donc l’équipe originelle, c’est à une refonte du géant vert que l’on a droit. Techniquement, L’incroyable Hulk est une suite puisque l’action reprend là où s’était arrêté celle de Hulk, mais le générique nous montre une genèse différente du monstre vert. Le personnage est nettoyé de toute trace de son passage dans les mains d’Ang Lee, et le procédé s’apparente bien a du steampunk pour rester poli!
Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner, c’est une idée plutôt réjouissante, et le charisme de l’acteur permet de donner corps à ses peurs enfouies dans une première partie très Jason Bourne. Comme dans le film d’Ang Lee, le colosse de jade n’apparaît pas tout de suite, et l’intrigue à base de chasse à l’homme est plutôt bien développée.


Mais passée cette première partie, un fait significatif se fait ressentir: le long métrage d’Ang Lee revient sans cesse en tête, et la comparaison entre les deux films est obligatoire. Et malheureusement, celle-ci se fait au détriment de la nouvelle équipe. Il n’y a qu’a voir comment sont traitées les relations entre les personnages; à peine esquissées chez Leterrier, elles étaient approfondies dans un schéma psychanalytique chez Ang Lee. La richesse de l’écriture de James Schamus n’a rien a envier à la pâleur de celle de Zak Penn, et L’incroyable Hulk déroule son récit avec une absence d’enjeux dramatiques évidents. La relation entre Bruce et la belle Betty Ross n’atteint pas le quart de l’intensité amoureuse développée dans Hulk, et la mise en scène y est pour beaucoup: là ou Ang Lee maîtrisait le registre intimiste et émotionnel d’une manière plus qu’évidente, Leterrier survole tout ça et préfère se concentrer sur les scènes d’action. Avec la série des Transporteur et Danny the Dog à son actif, il est vrai qu’il est davantage spécialisé dans l’imagerie dynamique, ce qui n’est pas une critique en soi. Mais l’absence de fond conséquent porte préjudice à cette suite qui s’en retrouve réduite à enchaîner des morceaux d’action sans puiser dans le registre émotionnel.


Visuellement, Hulk n’est pas aussi expressif que dans le film d’Ang Lee. Le personnage est certes réussi, mais il manque toujours cette pointe d’humanité que Lee a mis en avant dans son œuvre, et qui lui donne cette aura si particulière. Ici, Hulk combat un adversaire de poids en la personne de l’Abomination (Tim Roth est plutôt bon!), et les fanboys devraient se réjouir de ce clash des titans, seul petit bémol au premier film, qui lui n’offrait pas de véritable ennemi au géant vert. L’Abomination s’annonce bien effrayant, mais le combat tant attendu ne débouche au final que sur une démonstration de SFX informatiques qui ont vite fait de fatiguer la rétine. Tout comme pour le reste du film, l’impact n’est pas viscéral, mais purement visuel et superficiel.
Bref, si Marvel pouvait à son tour faire oublier ce deuxième opus et rappeler Ang Lee pour un troisième épisode, ce serait une solution plus que satisfaisante. Il faut rappeler que l’association Eric Bana- Jennifer Connely faisait des étincelles, et qu’Edward Norton et Liv Tyler ne parviennent pas à les égaler. Et Hulk est simplement l’un des meilleurs films de super-héros qui ait vu le jour.

samedi 2 août 2008

HOOD (BRIAN K. VAUGHAN, KYLE HOTZ, 2002)


Sorti le 10 juillet 2008


Panini sort une petite vieillerie qui n’avait pas eu droit de sortie à l’époque, et profite de la prise d’importance du personnage dans les pages des Nouveaux Vengeurs pour revenir à ses origines.
Des origines sous forme d’une mini-série en 6 chapitres, dans laquelle le jeune Parker Robbins met la main sur des objets lui conférant des pouvoirs plutôt sympathiques… Ce Hood poursuit donc la lignée Max en mettant en avant un récit bien adulte, où le héros n’en est pas vraiment un. Ce Parker Robbins (notez l’allusion évidente au célèbre Spidey) est plutôt du genre bad guy des bas-fonds, et il survit grâce à des coups minables tout en poursuivant une existence qui ne le comble pas du tout. L’atmosphère n’est pas très joyeuse, mais le récit de Vaughan distille des touches d’humour régulières plutôt bienvenues. On est pas chez le Punisher de Garth Ennis par exemple, et l’apprentissage de Robbins est plutôt marrant, surtout quand il découvre la cape d’invisibilité (qu’est-ce que vous feriez en premier vous, hein?)…
Le personnage de Robbins est donc un loser pas vraiment méchant, qui va se retrouver dans des situations bien tendues après avoir volé les pierres de sang d’un trafiquant notable. Il va avoir les bad guys aux trousses, mais aussi les fédéraux, ce qui va considérablement réduire sa marge de manœuvre…


Kyle Hotz est spécialisé dans le dessin horrifique (Cold blooded, Evil Ernie), et il confère à Hood une ambiance nocturne particulièrement travaillée, dans laquelle les volutes de fumée et la puissance visuelle de la cape participent pleinement à la dramatisation de l’ensemble. Le récit est imprégné de cette atmosphère mi-polar mi-fantastique qui s’avère réussie, et donne aux débuts de Hood une dimension précise.
Ce personnage fantomatique flottant dans les airs joue sur les anachronismes, puisqu’il shoote ses ennemis avec deux bons gros flingues! Ce paradoxe entre la violence naturelle et le devenir mystérieux que lui promet son nouvel accoutrement fait de Hood un personnage en pleine construction, et Parker Robbins ne semble pas encore bien savoir ce qu’il veut faire de ses pouvoirs.


Pour ses débuts dans le monde du crime, il va être confronté au Constrictor, au Shocker et à Jack O’Lantern, et l’affrontement a de la gueule. Les dialogues de Vaughan donnent du relief à un récit balisé, et son sens de l’humour tient bien la route. Exemple: « C’est Max Dillon. - « Celui de Drugstore Cowboy »? - Pas Matt Dillon, attardé. Max Dillon. Electro. » Et le Shocker qui donne des conseils conjugaux c’est plutôt sympa aussi!
Sans être exceptionnel, Hood est un comics rythmé et intéressant, qui marque les débuts d’un nouveau personnage appelé à faire une grande carrière chez les super-vilains…

vendredi 1 août 2008

WISDOM 1: RUDIMENTS DE SAGESSE (PAUL CORNELL, TREVOR HAIRSINE, MANUEL GARCIA, 2007)


Sorti le 26 juin 2008

Créé en 1995 par le génial Warren Ellis, le personnage de Pete Wisdom apparaît pour la première fois en 1995 dans les pages d’Excalibur, déclinaison britannique des X-Men. On ne peut pas dire qu’il soit un personnage au capital sympathie immédiat, mais son cynisme et son humour british en font un héros très particulier dans le monde Marvel. Il n’est pas sans rappeler X-51 du groupe Nextwave, avec ce côté imperturbable et distant mâtiné d’un humour à froid bien senti.
12 ans après ses débuts dans l’univers Marvel, Pete a enfin droit à sa mini-série qui va le plonger dans des tourments tout ce qu’il y a de plus britanniques, puisqu’il va être confronté à des fées dissidentes, à un dragon maléfique, à une horde de Jack l’Eventreur, à des tripodes tout droit sortis de La Guerre des Mondes… Son affectation au MI 13, cellule travaillant en parallèle du MI 6, est loin d’être de tout repos!
Il bénéficie d’une force de frappe considérable puisqu'il est à la tête d’un groupe solide composé de personnalités bien diverses. Il y a là Tink, une fée échappée de la dimension d’Avalon; Captain Midlands, un militaire pur et dur; Maureen Raven, une clairvoyante qui effectue ici sa première mission; et John le Skrull, qui est une copie conforme de John Lennon et qui appartenait au groupe des Skrull Beatles, composé d’un certain Ringo, d’un Paul et d’un autre Peter! Une excellente trouvaille du scénariste Paul Cornell qui s’adonne à un délire bien british! Il est à noter que Cornell est réputé pur son travail sur Dr Who, dont il a écrit des épisodes télé et des nouvelles.



Wisdom est un récit qui avance avec classe et dynamisme, le groupe du MI 13 étant assez hétéroclite pour offrir des situations bien fantaisistes et décalées. J’adore particulièrement le John Lennon qui s’en va-t-en guerre et qui parle de paix et d’amour comme l’original! Les interactions entre les différents protagonistes offrent des moments bien barrés que ne renierait pas Warren Ellis! Un petit exemple avec les recommandations de Wisdom juste avant d’intervenir dans le royaume d’Avalon: « Si vous rencontrez le roi Arthur: ne l’attaquez pas. Ne lui demandez pas son aide, ne rejoignez pas la table ronde. Ne mangez rien. Ne retirez rien de quoi que ce soit. N’épousez rien. » Juste derrière lui, un dessin avec un gâteau barré, et un autre avec une épée dans un rocher, barrée elle aussi…



Brillant, coloré, inventif, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire cette série en 6 épisodes menée de main de maître par un scénariste de talent, aidé par les dessinateurs Trevor Hairsine et Manuel Garcia qui complètent efficacement le tableau. Le design est vraiment beau (certaines planches font penser à du Preacher), et les récits sont captivants. Wisdom est une grande réussite dans le genre récit malin et rusé, et vient encore enrichir une collection Max qui décidément enchaîne les perles (Punisher, Alias…). Paul Cornell est encore un auteur à suivre…