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vendredi 15 août 2008

STEAK (QUENTIN DUPIEUX, 2007)



Vendu comme une comédie loufoque dans la lignée de La Tour Montparnasse infernale, Double Zéro et Les Dalton, Steak en est en fait relativement éloigné. Alors que dans les trois premiers films, c’étaient Eric & Ramzy qui menaient la danse, Steak est avant tout un film de Quentin Dupieux. Le célèbre musicien plus connu sous le nom de Mr. Oizo s’essaie au long métrage dans une veine totalement absurde, créant un univers fort dans lequel il utilise à bon escient les deux comiques.
Steak est une sorte de comédie satirique teintée d’une touche de rétro-futurisme bien personnel, et instaure d’emblée une ambiance atypique que le réalisateur ne lâchera plus jusqu’à la fin. C’est dans ce monde étrange que Blaise sort de 7 années d’internement, et qu’il redécouvre un monde qui a bien changé depuis. Il retrouve son "ami" Georges qui tente d’intégrer le clan des Chivers, les gars les plus « in » du coin.


Tourné au Canada, ce film bénéficie de l’ambiance particulière de ce pays, et la mise en scène exploite bien les multiples possibilités visuelles. Il y a quelque chose de cronenbergien dans ce film, avec cette ambiance sourde qui fait en fait de ce film autre chose qu’une comédie loufoque. D’ailleurs le terme Chivers fait explicitement référence au Frissons de Cronenberg, dont le titre original est Shivers. Quentin Dupieux a bien intégré tout un pan de la culture américaine, et son film navigue à travers les genres. Les références à La Nuit des Masques sont nombreuses, avec notamment les bandages de Ramzy suite à sa chirurgie esthétique du visage qui le font ressembler à Michael Myers, ou encore ces plans contemplatifs de ces rues de banlieue baignant dans un calme automnal. Dupieux se la joue aussi film de fac, ou emprunte aussi une ambiance à la Crystal Lake.


Le steak du titre fait référence à cette nouvelle mode consistant à se refaire le visage, et souligne l’absurdité de la suprématie physique qui gangrène la société. Georges y succombe afin d’échapper aux brimades de ses camarades, et Blaise va tenter lui aussi de s’intégrer dans cette société qu’il ne comprend pas.
Eric & Ramzy sont idéals dans le rôle de ces inadaptés sociaux, et Steak est en cela une continuité pour les deux humoristes. Leur jeu délirant s’accorde bien avec la vision crépusculaire de Dupieux, et fait de ce film une œuvre tragi-comique relativement bien travaillée.
Les scènes surréalistes se suivent au son d’une excellente musique signée Mr. Oizo. Le jeu ridicule auquel joue les Chivers, leurs beuveries au lait, le kidnapping sympathique… Autant de moments étranges qui désignent Dupieux comme un véritable auteur. Son univers atonal n’est pas forcément évident pour tous, mais il est assez riche et crédible pour fonctionner.


jeudi 14 août 2008

MARVEL MEGA 6 ET 7: CODE OF HONOR (CHARLES DIXON, 1997)


Après le mythique Marvels signé Kurt Busiek et Alex Ross, il fallait bien continuer l’évocation de la mythologie Marvel. Marvels entreprenait de faire redécouvrir tout un pan de l’histoire de l’univers créé par Stan Lee, et prenait pour personnage principal Philip Sheldon, un journaliste qui était en première ligne pour suivre la révolution qu’allait être l’apparition de ces êtres à super-pouvoirs. L’épopée Marvels brassait 20 années de combats homériques et de lutte entre le Bien et le Mal.
Le succès de la mini-série de Busiek et Ross ne pouvait pas rester sans suite, et Code of Honor explore la période sombre des années 80 en utilisant les mêmes techniques que sur Marvels. La tâche incombe à Chuck Dixon de revisiter les événements majeurs du Marvel Universe, vus cette fois-ci à travers les yeux de Jeffrey Piper, jeune flic noir tout juste promu. Dixon est aidé par divers dessinateurs (Tristan Shane, Brad Parker, Bob Wakelin, Derick Gross et Paul Lee) pour donner corps à l’obscurité régnant dans les rues de New York.
Les peintures étonnantes qui illustraient Marvels apportaient une touche de réalisme inédite, et permettaient de replonger de manière immersive dans l’âge d’or des héros. Le procédé étant efficace, il est à nouveau utilisé sur Code of Honor, dont la mise en scène s’en trouve grandie. Visuellement, c’est vraiment très beau, avec cette touche de réalisme dans les traits des visages et dans le choix des plans.



Quel personnage utiliser pour signifier la déchéance et le danger de la métropole new-yorkaise des années 80? Le Punisher est tout indiqué pour endosser ce rôle, et Jeffrey Piper va se retrouver face à lui à plusieurs reprises. La confrontation entre une vision claire de l’ordre et une version plus radicale de la justice va bien faire comprendre l’évolution des mentalités, et la perte de l’innocence qui avait suivi le décès de Gwen Stacy. Après ce tragique événement dans le monde Marvel, plus rien n’allait être comme avant, et les combats manichéens allaient devenir bien plus subtils.
Code of Honor déroule donc un récit dont la construction est similaire à celui de Marvels, et qui brasse aussi de multiples années à travers le regard parfois émerveillé, parfois craintif d’un humain « normal ». L’effet de nouveauté en moins, Code of Honor se suit comme un guide historique de l’univers Marvel. Les apparitions de Daredevil, du Caïd, le mariage de Vision et de la Sorcière rouge, le retour des héros après les Guerres secrètes, Inferno… Autant d’événements relatés par Chuck Dixon afin de se remémorer les différentes étapes de cet univers.


Le problème de ce genre de récit, c’est qu’il survole rapidement tout un pan historique sans laisser le temps de s’y plonger complètement. En fait, il donne très envie de retourner aux comics originaux afin de redécouvrir intégralement les différentes événements relatés. L’approche maladroite de Dixon quant à la vie privée de Jeffrey plombe un peu le récit, puisque ses problèmes conjugaux sont un peu tirés par les cheveux. Mais Code of Honor reste une lecture agréable permettant aux néophytes de s’y retrouver dans la chronologie Marvel, et aux connaisseurs de redécouvrir d’un autre point de vue les événements cataclysmiques qui ont secoué New York dans les années 80.

mardi 12 août 2008

LA ROUTE (CORMAC McCARTHY, 2006)


Précédé d’une solide réputation, ce récit post-apocalyptique s’est en plus vu attribuer le prix Pulitzer 2007, récompense inattendue pour une œuvre plutôt axée série B. McCarthy devait redéfinir le roman de fin du monde grâce à une écriture directe et une histoire épurée. Alors qu‘en est-il au final?
Je sors extrêmement déçu de cette lecture, qui semble faire du vide son contenu même. L’histoire de ce père et de son jeune fils traversant des contrées désolées sans véritable but s’annonçait particulièrement excitante, et les possibilités de ce genre d’exercice sont nombreuses. Mais Cormac McCarthy se concentre uniquement sur cette route donnant son nom au roman, qui est le fil conducteur de la survie de ces deux êtres. Deux êtres dont on apprendra peu, et dont les émotions affleurent rarement. Pour narrer cette histoire de déshumanisation, McCarthy utilise un procédé radical consistant à parer au plus pressé, à ne pas essayer de faire de belles tournures de phrases, et à se concentrer sur l’âpreté de la situation. Le principe est plaisant, mais l’utilisation qu’en fait McCarthy n’est pas des plus réjouissantes. L’aspect épuré de l’écriture devient très vite pesant, et les phrases du genre « Il avait un magazine dans la poche de son pantalon et il le sortit et en arracha quelques pages et en fit une torche puis il prit son briquet et l’alluma et la lâcha dans l’obscurité » est plutôt lourd, et ce bouquin bat des records dans l’utilisation du mot « et ». Ces longues phrases répétitives et lancinantes amènent vite à saturation, et malheureusement le récit en lui-même n’est pas plus captivant…
Le père et le fils errent vers une hypothétique mer qui semble plus être un Graal qu’un véritable but, et les différents épisodes qu’ils vivent sont eux aussi répétitifs. Les rencontres sont brèves et sans émotion, et le seul intérêt véritable du bouquin réside dans la précision lors de la recherche de nourriture et de matériel. Ce qui là aussi va rapidement devenir lassant… La Route s’articule sur un récit simpliste (épuré selon les critiques), qui ne parvient pas à faire jaillir l’étincelle nécessaire pour que l’on s’accroche aux personnages. La déception est de taille, l’auteur étant relativement réputé (il a écrit Non, ce Pays n’est pas pour le vieil Homme, transposé à l’écran par les frères Coen).


Il y a des similitudes avec le Walking Dead de Robert Kirkman, même si les zombies sont absents du bouquin de McCarthy. Les deux œuvres s’aventurent dans un registre SF en y appliquant les passages obligés, mais l’émotion ne prend pas à cause d’une absence de caractérisation. Qui est toute volontaire chez McCarthy, cela dit. Mais tout cela se déroule dans une atmosphère brumeuse à la limite de la rêverie, et le résultat est que le lecteur se trouve mis à l’écart de l’action au lieu d’y plonger totalement.
La Route est un récit de fin du monde d’où est banni tout aspect spectaculaire, ce qui n’est pas forcément un mal en soi; mais les choix narratifs de l’auteur et l’absence de propos autre que celui de la solitude et de l’errance ont vite fait de saper toute la bonne volonté du lecteur…

dimanche 10 août 2008

PIEGE EN EAUX PROFONDES (ANTHONY HICKOX, 2005)


Anthony Hickox a connu son heure de gloire à la fin des années 80 et au début des années 90, avec des œuvres comme la série des Waxwork ou un épisode d’Hellraiser. Malheureusement cette époque est révolue, et il en est réduit à tourner des actioner mous du gland avec un Steven Seagal plus très porté sur le coup de tatane.
Les choses commençaient plutôt bien, et Hickox se la jouait même Tony Scott avec des décadrages et une lumière plutôt stylisée. Le genre de truc qu’on voit très rarement dans une production de ce genre, ce qui était de bon augure. Mais la suite du film va vite faire déchanter, et la mission dont je ne me rappelle même pas le but va voir une équipe de repris de justice se battre contre… Ben j’ai carrément oublié en fait, et je crois que c’est ce qui se passe aussi dans le film, où des soldats sont victimes de manipulations du cervelet. Bon, on a regardé ce film juste après Delta Force 2, la comparaison n’est pas facile pour Seagal; mais franchement, ce film est une bonne grosse daube comme on en faisait à la pelle dans les années 80, le charme en moins. Ca fait toujours plaisir de voir qu’il y a des artisans respectueux du travail de leurs aînés, et prêts à perpétuer des traditions ancestrales.


Bref, Piège en Eaux profondes (les traducteurs se sont pas foulés, le truc sort en DTV, on va lui donner un nom qui rappellera l’heure de gloire de Seagal: Piège à grande Vitesse, et le tour est joué. Et en plus, les fans de Bruce Willis tomberont peut-être dans le panneau: Piège en Eaux troubles. Bravo les mecs!) est franchement difficile à regarder, et le fun mensonger du début est très vite rattrapé par une chape de plomb bien pesante.
Surprise, Vinnie Jones est de la partie! L’excellent acteur british vient faire le mariole dans le rôle d’un soldat pur et dur à qui on la raconte pas, et même lui ne parvient pas à sortir le film de l’ennui. Sinon il y a bien un gars qui s’appelle Steven Seagal qui joue dedans, mais son charisme n’est pas ce qui se fait de mieux… Un détail sympa pour ceux qui oseraient tout de même affronter la vision de ce film: observez bien l’éclairage des plans sur Seagal, vous allez voir qu’il a sa lumière à lui, et que même s’il discute avec un gars qui est en lumière neutre, il bénéficiera lui d’une lumière plus tamisée. Un choix artistique destiné à renforcer l’aura du combattant? Non, juste une obligation pour cacher le double menton de Steven! C’est super marrant, et on dirait vraiment Marlon Brando dans Apocalypse now.



Mais où sont donc passés Nico, Désigné pour mourir et autre Justice sauvage? Steven Seagal n’a plus la pêche d’antan, et c’est bien dommage! Encore un film passoire, le genre de truc dont on se rappelle pas deux minutes après l’avoir vu. J’ai vraiment l’impression d’avoir été zappé par les Men in Black…